Préserver notre autonomie de décision et nos capacités techniques stratégiques
La question qui nous est posée dans cette table ronde est simple en apparence, anodine même : « Jusqu’où la France est-elle prête à aller dans les limitations de l’exercice de sa souveraineté pour participer à un système européen de sécurité et de défense ? ». À s’en tenir à la lettre de la question, il s’agirait simplement de déterminer ce à quoi nous devrions renoncer en théorie pour le bien commun. Est-il juste de poser la question de la défense de la France en ces termes ? Je ne le pense pas, essentiellement parce que s’agissant de la défense de notre indépendance nationale, nous ne saurions lâcher la proie pour l’ombre, abandonner notre autonomie de décision et d’action pour un système de coopération que chacune des parties interprète, et c’est bien naturel, en fonction de ses intérêts propres.
Tout le monde semble accepter comme allant de soi que la France ne saurait plus aujourd’hui ni demain assurer seule la défense de ses intérêts stratégiques et vitaux, vieille rengaine sur une nation moyenne pour les grandes choses… Il est cependant exact que depuis quelques années, depuis la fin de la décennie 70 sans doute, des difficultés financières récurrentes ont mis à mal les lois de programmation militaire successives. Dans un récent rapport, la Cour des comptes a stigmatisé cette « fonction » de régulation budgétaire des crédits de la défense. De telles pratiques, sous des gouvernements de gauche comme de droite, ont eu de multiples effets pervers : renchérissement du coût unitaire de production des armements, étalement des commandes dans le temps, etc. Les spécialistes parlent ici de « désarmement structurel ». De là à concevoir qu’il ne puisse plus exister des industries d’armement éminemment stratégiques dont la France doit conserver la totale maîtrise technologique, il y a un pas que je ne franchis pas.
Je veux parler ici plus particulièrement de l’arme nucléaire. Quelques bons esprits ont cru pouvoir douter de la nécessité pour la France de disposer de capacités nucléaires intactes. Le Mouvement des citoyens n’est pas de ceux qui ont critiqué la dernière campagne d’essais nucléaires dans le Pacifique. Tout au plus regrettons-nous que le centre de Mururoa soit aujourd’hui complètement neutralisé. Or, les événements récents de l’Inde et du Pakistan remettent en cause bien des certitudes nucléaires ; d’abord la première d’entre elles : la stratégie de l’endiguement, symbolisée par le traité de non-prolifération a échoué. De la Chine à Israël, et jusqu’à certains pays de la CEI, l’arme nucléaire est largement disséminée. Plus que jamais donc, la validité de la dissuasion nucléaire est confirmée. La stratégie du faible au fort peut devoir être actualisée ; l’arme atomique demeure la clef de notre défense.
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