Politique et diplomatie - Seattle : naissance d'une société civile mondiale ?
L’échec des négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 1999 a été présenté comme le premier grand succès de la société civile mondiale. Pour la première fois, semble-t-il, des organisations non gouvernementales (ONG), qui se veulent les porte-parole de cette société, ont réussi une mobilisation massive, paralysant pendant quelques jours la ville de Seattle — où se déroulaient les négociations — et amenant le maire à décider un couvre-feu. Surtout, ces manifestations vigoureuses des ONG auraient obligé les gouvernements à renoncer à lancer un nouveau cycle de libéralisation des échanges. Selon une imagerie largement répandue, notamment par une télévision plus attirée par le spectacle que par l’aridité des dossiers, les peuples, grâce aux ONG, avec, à sa tête le nouveau Robin des bois, José Bové, se seraient unis victorieusement pour faire reculer l’hydre de la mondialisation, cette machine des multinationales pour uniformiser notre planète.
Qu’en est-il réellement ? Au-delà du manichéisme des représentations — des populations se soudant pour la défense du bien contre le mal, qu’incarneraient les grandes entreprises et l’OMC —, que d’interrogations : sont-ce vraiment les ONG qui ont bloqué la négociation ou ne sont-elles que des manipulateurs d’apparences, la véritable partie se jouant toujours entre les États ? Que sont ces ONG ? Représentent-elles la société mondiale ou ne sont-elles que des structures s’autoproclamant responsables des intérêts de notre planète ? Constituent-elles un bloc porteur d’une vision cohérente ou ne sont-elles qu’une nébuleuse hétéroclite, rassemblée moins par des buts précis que par un rejet émotionnel de la globalisation ? Ces ONG sont-elles à égalité avec les États ?
La problématique de la société civile mondiale est bien aujourd’hui une affaire capitale : à la fois au-dessus, en dessous et à côté des États, se dessine une nouvelle classe politique, celle d’individus ou de groupes tissant des liens transnationaux, transétatiques de plus en plus denses, confirmant que la vie internationale n’appartient plus, si elle l’a jamais fait, exclusivement aux États. Pour clarifier cette problématique, le plus simple est d’évaluer les deux thèses extrêmes, l’une étatiste pour laquelle seuls importent toujours les États, l’autre idéaliste pour laquelle les ONG s’imposent comme un nouveau pouvoir. À partir de cette évaluation, il peut être possible de mieux caractériser ce que serait cette fuyante société civile mondiale.
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