Revue des revues
La justice ne sortira pas grandie du « procès du siècle », en l’occurrence celui d’Anwar Ibrahim, président adjoint du parti au pouvoir, vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, renvoyé du gouvernement le 2 septembre 1998, exclu de l’Umno (United Malays National Organization) le lendemain, et jeté en prison trois semaines plus tard sous les inculpations de corruption et de sodomie. La chronique « Asie » du mois de novembre 1998 de notre revue avait développé les raisons politiques de ce limogeage. Dans son numéro du 23 avril 1999, Asiaweek consacre un dossier complet à ce procès qui, commencé le 2 novembre, s’est achevé le 14 avril par la condamnation d’Anwar Ibrahim à six ans de prison pour quatre motifs de corruption. Ce procès fut un véritable feuilleton, avec ses rebondissements plus ou moins scabreux, comme la présentation au tribunal d’un matelas d’hôtel sur lequel Anwar aurait eu des relations sexuelles avec l’épouse de son secrétaire particulier.
L’image de la police ne sort guère grandie de ce procès. Le jour de sa première présentation au juge, une dizaine de jours après son arrestation, de nuit, à son domicile, par un commando de plusieurs centaines d’hommes armés, l’ancien vice-Premier ministre est apparu avec un œil tuméfié et des hématomes sur les bras. Il déclara avoir été battu en prison et avoir été interdit de soins médicaux pendant cinq jours. Alors que plusieurs chefs d’État, comme Yusuf Habibie et Joseph Estrada, protestaient contre la détention et les brutalités qu’avait subies Anwar, le Premier ministre Mohammad Mahathir laissa entendre que le détenu pouvait très bien s’être blessé volontairement. Pourtant, l’inspecteur général de la police, Abdul Rahim Noor, mis en cause le 5 janvier, démissionna deux jours plus tard, avant de reconnaître, le 2 mars, avoir personnellement frappé le détenu, alors menotté et les yeux bandés, le trouvant trop insolent, faits pour lesquels le policier est actuellement inculpé.
Les charges de corruption ont reposé sur les demandes qu’Anwar a adressées à la police de faire revenir ses accusateurs sur leurs déclarations. Pour la défense, il s’agissait d’enquêter et de faire taire des rumeurs infondées. Le jour de l’ouverture du procès, le chef de la branche spéciale de la police, Mohamed Said Awang, déclara que le successeur désigné et concurrent de Mahathir lui avait demandé d’étouffer les allégations d’Ummi Hafilda Ali, sœur de l’ancien secrétaire particulier d’Anwar, Mohamed Azmin Ali, qui avait écrit au Premier ministre pour dénoncer une relation amoureuse de sa belle-sœur avec le vice-Premier ministre, et celles d’Azizan Abu Bakar, ancien chauffeur de l’épouse du détenu, qui affirmait avoir été contraint à des relations sexuelles avec le mari de sa patronne. Pressé par la défense, le chef de la branche spéciale admit qu’il était capable de mentir à un tribunal s’il en recevait la demande par une personne d’un rang plus élevé que l’inculpé. Deux adjoints du chef de cette branche sont ensuite venus à la barre expliquer par quelles méthodes d’intimidation et de déstabilisation psychique ils ont fait revenir les deux accusateurs sur leurs déclarations, selon une méthode dite de retournement, appliquée normalement et régulièrement contre les personnes menaçant la sécurité de l’État.
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