Défense en France - La préparation du futur
La réflexion prospective a été renforcée au sein du ministère de la Défense. Elle vise désormais le long terme, voire le très long terme. En effet, les délais de développement et les durées de vie des matériels engagent l’avenir sur vingt ou trente ans. Cette réflexion doit être globale, car toutes les armées, souvent en coalition avec les forces alliées, sont mises à contribution dans les opérations militaires. Elle s’exprime enfin « au niveau du système, afin d’assurer la complémentarité, l’interaction et la cohérence des équipements », ainsi que le souligne M. Jean-Yves Helmer, délégué général pour l’armement (1).
L’organisation générale
L’architecture des systèmes de forces répond à un double souci : garantir la cohérence et l’interopérabilité de nos forces, en vue d’en accroître l’efficacité, et développer une étroite coopération entre les ingénieurs, véritables chevilles ouvrières de la préparation du futur au sein de la DGA, et leurs homologues dans les états-majors que sont les officiers de cohérence opérationnelle (OCO). Cette démarche collective se traduit par l’élaboration du Plan prospectif à trente ans (2). Les huit systèmes de forces retenus représentent les grandes missions ou fonctions de nos armées : la dissuasion, le C3R (commandement, contrôle, communication, renseignement), la mobilité stratégique et tactique, la frappe dans la profondeur, la maîtrise du milieu aéroterrestre, celle du milieu aéromaritime, du milieu aérospatial et enfin, la préparation et le maintien des capacités opérationnelles. Un OCO a été désigné pour chaque système de forces par l’EMA pour les systèmes de forces interarmées ou mettant en œuvre plusieurs composantes d’armée, ou par les états-majors d’armée, en ce qui concerne les systèmes de forces spécifiques à leur milieu. La mission et les prérogatives des OCO sont l’exact pendant de celles des architectes de système de forces. À la recherche de la meilleure réponse technique pour les seconds, se substitue celle de la meilleure réponse opérationnelle pour les premiers. La réduction des coûts, quant à elle, demeure un impératif commun aux officiers et aux ingénieurs. Enfin, M. Alain Richard a procédé le 30 octobre dernier à l’installation du Conseil scientifique de la défense en sa forme rénovée. Sa composition (3) et son mandat ont été élargis par rapport aux précédents : il a notamment été chargé d’étudier les effets à long terme des progrès scientifiques et techniques relatifs à la défense et à l’armement, ainsi que leurs conséquences en France et à l’étranger dans les domaines stratégique et opérationnel.
Le plan prospectif à trente ans
C’est un élément central de la préparation des décisions. « Il a pour ambition d’assurer le lien entre les objectifs stratégiques de la politique de défense, traduits en capacités et concepts et les besoins futurs qui nécessitent des études technico-opérationnelles, ainsi que des études amont pour préparer les décisions sur les plans d’équipement » (4). Il s’agit d’un véritable guide pour le futur, qui « s’impose comme la référence pour tous les acteurs du ministère de la Défense ». Il présente la réflexion par système de forces, afin de fournir une vision complète et cohérente de la satisfaction des missions ou des fonctions opérationnelles qui sont confiées à nos armées. Il rappelle pour chacun d’entre eux les concepts d’emploi. Il évalue l’adéquation des moyens aux capacités requises et analyse, dans chaque domaine technique, les ruptures technologiques attendues et celles qui sont à promouvoir. Le plan définit enfin les actions de mise en cohérence à entreprendre ainsi que leurs échéances. « Le long terme, au-delà de 2015, doit en effet être considéré dès maintenant, car les systèmes et les équipements dont nous serons dotés alors résulteront de technologies que nous devons identifier » (5).
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