Asie - L'Asie et le Kosovo
À l’exception de la Chine, la guerre du Kosovo n’est pas au cœur des préoccupations des gouvernements et des médias asiatiques qui, après quelques jours, ont cessé de traiter du sujet en première page. La guerre du Golfe avait directement affecté les pays de la région, menacés dans leurs approvisionnements en pétrole et par les pertes d’emplois et de revenus de centaines de milliers de nationaux qu’il avait fallu rapatrier. Cette fois, la crise économique en Asie et les problèmes intérieurs concentrent leur attention. Ainsi, lorsque Richard Hecklinger, le nouvel ambassadeur américain en Thaïlande a reçu un groupe de journalistes, la seule question qui lui ait été posée sur cette action militaire est venue d’un journaliste russe. Les nations à population musulmane sont tiraillées entre un discours généralement antiaméricain et leur solidarité avec les Kosovars.
Avec la Russie, la Chine a été le pays le plus virulent pour condamner l’opération de l’Otan contre le pouvoir de Milosevic. Dès le lendemain de l’attaque, le gouvernement de Pékin exigeait l’arrêt immédiat des bombardements, tandis que l’éditorial du Quotidien du Peuple condamnait ce qu’il appelait « une invasion » et depuis, les termes les plus durs, comme celui de barbarie, sont constamment employés. Les raisons invoquées pour condamner furent assez classiques : ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain, violation de la Charte de l’Onu, violation par l’Organisation de sa propre Charte. En fait, trois raisons ont poussé Pékin à cette virulence. Depuis la fin de la guerre froide, les grandes affaires du monde ne se traitant plus bilatéralement entre Washington et Moscou, le rôle de l’Onu était devenu prédominant, même si les Américains avaient l’habitude de dire au Conseil de sécurité : « Voilà ce que je vous demande de me demander de faire ». Seul membre du Tiers-Monde disposant d’un droit de veto, la Chine en tire un prestige et un instrument diplomatique sans égal. Si un pays, ou un groupe de pays, peut lancer des opérations militaires de cette envergure sans se faire mandater par le Conseil de sécurité, la Chine perd tout l’avantage de son statut de membre permanent.
La deuxième raison de l’hostilité chinoise tient dans le principe qu’il est inacceptable que des forces étrangères puissent intervenir militairement dans un pays pour soutenir les revendications d’autonomie ou d’indépendance d’une catégorie ethnique ou religieuse. L’accepter au Kosovo, c’est l’accepter dans le principe. Dans ces conditions, pourquoi pas un jour à ses dépens à Taiwan, dans la région musulmane du Xinjiang ou au Tibet ? Pékin n’avait déjà pas apprécié que les républiques d’Asie centrale de l’ex-URSS obtinssent leur indépendance sur ces critères, craignant, à juste titre, un effet de contamination au Xinjiang.
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