Asie - Malaysia : fausse victoire pour Mahathir
Mohamad Mahathir, au pouvoir depuis dix-huit ans, a donc remporté, comme prévu, les élections anticipées du 29 novembre 1999. L’opposition n’a pas atteint son objectif de faire passer le nombre de députés soutenant son action en dessous de la barre symbolique des deux tiers qui permet de modifier la Constitution. Cependant, malgré toutes les manœuvres politiques, de nombreux députés du Front national (Barisan Nasional), coalition de quatorze partis menée par l’United Malays National Organization (Umno) du Premier ministre, n’ont été élus que de justesse, tandis que quatre ministres et huit vice-ministres ont été battus. Abandonné massivement par son électorat malais, le Front national, qui est passé de 65 % à 56 % des voix, n’a dû sa victoire qu’au soutien massif des minorités ethniques, en particulier des Chinois, au détriment du parti chinois d’opposition, le Democratic Action Party (DAP), qui perd son rôle de leader de l’opposition au profit des islamistes du Parti Islam Se-Malaysia (Pas).
L’Umno, fondée pour défendre les intérêts des Malais, au pouvoir depuis l’indépendance en 1957, est depuis toujours particulièrement bien implantée dans les zones rurales aux populations malaises ou de minorités ethniques politiquement moins éduquées et plus influençables. Une des astuces du gouvernement pour lui assurer plus de députés consiste à « surreprésenter » ces régions au Parlement. Ainsi, la circonscription reculée de Hulu Rajang, au Sarawak Bornéo, avec 16 085 électeurs inscrits, a droit à un député au même titre que celle d’Ampang Jaya, près de Kuala Lumpur, très urbanisée, qui en avait 98 954. Dans un même État, certaines circonscriptions ont droit à un député pour une population cinq fois moins nombreuse que dans les zones urbaines. Ces populations rurales sont plus faciles à acheter ou à influencer. Ainsi, lors des élections locales au Sabah, le 12 mars 1999, les premières depuis le limogeage, en septembre 1998, d’Anwar Ibrahim, l’ancien dauphin de Mahathir (1), ce dernier était allé menacer les électeurs de supprimer l’aide fédérale à cet État arriéré s’ils ne votaient pas pour ses candidats.
À ces pratiques coutumières, le Premier ministre, craignant le mouvement de sympathie envers Anwar dont l’opposition tout entière a fait son symbole au point de le désigner comme son Premier ministre en cas de victoire, a cette fois-ci multiplié les ruses et sorti la grosse artillerie. Bien que l’échéance normale du renouvellement de la Chambre des représentants, ou Chambre basse (Dewan Rakyat), soit en juin 2000, il l’a anticipée brutalement de six mois. Le 11 novembre, il a prononcé la dissolution de l’Assemblée nationale, puis la commission électorale a fixé la date des élections au 29 novembre, ne laissant que neuf jours à l’opposition pour faire campagne. Depuis le succès de la majorité gouvernementale au Sabah, Mahathir était tenté de précipiter les événements avant que l’opposition n’eût le temps de s’organiser.
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