Asie - Offensive russe en Asie
Notre chronique de mars 1995 était intitulée « Russie : adieu à l’Asie ? ». En effet, après le retrait d’Afghanistan, en 1989, puis l’éclatement de l’URSS qui avait privé la Russie de ses cinq républiques musulmanes et provoqué la fin de ses relations privilégiées avec les pays de l’Indochine, en particulier avec le Viêt-nam, ses positions en Asie avaient été très érodées. La nouvelle Russie ne regardait plus que vers l’Ouest dont elle attendait aide et transferts de technologies. La Russie de Boris Eltsine en a payé le prix fort. Elle a assisté, impuissante, à l’élargissement de l’Otan vers l’Est et à l’arrivée en force des Américains en Asie centrale (coopération économique et militaire). La seule compensation obtenue par Moscou fut son admission au sein de l’Apec (Coopération économique Asie-Pacifique). Il a fallu que les Américains viennent chasser dans le pré carré russe, en l’occurrence le monde orthodoxe, pour que Moscou ait un réflexe d’orgueil national et se cherche une zone de réplique qu’elle a trouvée en Asie. Vladimir Poutine a repris et amplifié cette démarche entamée par Boris Eltsine.
Vers la Corée du Nord
La Russie avait été particulièrement absente du règlement de la crise nucléaire, provoquée par la Corée du Nord, au printemps 1993, qui a pris fin avec l’accord entre Washington et Pyongyang à l’automne 1994. En avril 1996, le président Bill Clinton s’était rendu à Séoul où il avait lancé l’idée de réunions quadripartites entre les deux Corées, la Chine et les États-Unis pour désamorcer la tension dans la péninsule. La Russie, frontalière avec la Corée du Nord, ne fut pas invitée à participer à ces négociations. Bien que les relations entre Pékin et Pyongyang se fussent nettement refroidies depuis l’ouverture de la Chine sur l’Occident, en 1978, puis avec l’établissement des relations diplomatiques avec Séoul en 1992, la Chine est restée le seul pays qui défende encore les intérêts de la Corée du Nord. Ainsi, avait-elle freiné les ardeurs belliqueuses des États-Unis et du Conseil de sécurité pendant la crise de 1993. Elle constituait donc le seul pays acceptable par les Nord-Coréens pour équilibrer la table des négociations ; alors que la nouvelle Russie n’avait plus de point commun avec le dernier régime stalinien de la planète, et avait également établi des relations diplomatiques avec Séoul.
Dans son offensive asiatique, la Russie, en tant que pays frontalier, demande en vain que les négociations à quatre deviennent des négociations à cinq. Les bouleversements diplomatiques provoqués par l’inattendu sommet intercoréen de juin 2000 ont poussé Vladimir Poutine à une riposte immédiate. Seize mois après son élection à la direction du parti communiste, Mikhaïl Gorbatchev s’était rendu, le 28 juillet 1986, à Vladivostok, déclarer sa politique asiatique. Le sommet du G 8, à Okinawa, en juillet 2000, quatre mois après son élection, allait offrir à Poutine l’occasion de lancer une grande offensive asiatique, peu de temps après sa prise de fonctions. Elle se matérialise par un voyage comportant deux étapes dans l’Extrême-Orient russe, puis une visite à Pékin et enfin une à Pyongyang, le 19 juillet, seule visite jamais faite par un maître du Kremlin en Corée du Nord.
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