Maritime - France : retrait du service de l'Arromanches ; son successeur : le PH75 - États-Unis : le budget de l'US Navy pour 1973-1974 - Sud Vietnam/République populaire de Chine (RPC) : leurs marines
France : retrait du service de l’Arromanches ; son successeur : le PH75
Le porte-hélicoptères Arromanches a, le 22 octobre, achevé sa carrière après plus de 27 ans d’activité au sein de la Marine Nationale où il a tenu une place essentielle. Une cérémonie officielle a présidé, ce jour-là, à son désarmement.
C’est le 6 août 1946 que le porte-avions britannique Colossus a été prêté à notre Marine pour une durée initiale de 5 ans. Le 15 mai 1947, il est rebaptisé Arromanches en souvenir des opérations de débarquement sur les côtes de Normandie de juin 1944, au cours desquelles le port artificiel créé devant la ville d’Arromanches joua un rôle déterminant. En 1953, le bâtiment est définitivement acquis par notre Marine.
Seul porte-avions français jusqu’au prêt par les États-Unis du La Fayette (ex-Langley), puis du Bois Belleau (ex-Belleau Wood), il est engagé dès 1948 en Indochine.
En quatre séjours de 1948 à 1954, il conquiert ses titres de noblesse. Cinq citations à l’ordre de l’armée ou du corps d’armée témoignent de l’importance et de l’efficacité de son action tant dans les missions de soutien direct de nos éléments terrestres que dans celles visant à atteindre l’ennemi dans ses bases et le long de ses voies de communication et de ravitaillement terrestres, fluviales et maritimes.
Les avions des flottilles 1F, 3F, 4F, 9F et 12F embarqués à bord, participent à toutes les opérations de grande envergure. Ils concourent ainsi aux victoires d’Hoa-Binh, de Qui-Nhon, de Nasan et de La Plaine-des-Jarres et vivent jusqu’au dernier jour le drame de Dien-Bien-Phu gagnant l’estime des ultimes défenseurs du camp assiégé.
Ayant rallié la métropole en 1954, l’Arromanches participe aux opérations de Suez en 1956 puis subit une profonde refonte au cours de laquelle, en particulier, il est doté d’une piste oblique et d’un miroir d’appontage. Il sert alors à l’entraînement aux nouvelles méthodes d’appontage des pilotes des flottilles destinés à armer les futurs porte-avions Clemenceau et Foch, alors en construction.
En 1961, au moment des incidents de Bizerte, l’Arromanches est envoyé au large des côtes tunisiennes ; en fait, l’appui aérien fourni par les flottilles basées à Karouba s’avérant suffisant, ses appareils n’auront pas à intervenir.
En 1962, après la mise en service du Clemenceau et du Foch, l’Arromanches est transformé en porte-hélicoptères, rôle qu’il assurera jusqu’à son désarmement.
Son successeur sera le porte-hélicoptères inscrit au 3e plan d’équipement militaire. Désigné présentement sous le nom de PH75, ce bâtiment sera mis en chantier dans le courant du second semestre 1975 pour être, en principe, admis au service actif en 1980.
Ses caractéristiques de même que son programme militaire sont encore à l’étude. On sait cependant qu’il déplacera entre 16 000 et 18 000 tonnes et sera propulsé par une ou deux centrales nucléaires développant 90 000 CV environ et que sa vitesse maximale opérationnelle sera de l’ordre de 28 nœuds. Il sera apte à mettre en œuvre les différents types d’hélicoptère actuellement en service ou en projet et pourrait embarquer plus tard, comme l’a dit récemment l’amiral de Joybert lors d’une conférence de presse, des Avions à décollage et atterrissage courts/verticaux (Adac/Adav), analogues au Super-Harrier lorsque notre Marine retirera du service, vers 1990, les porte-avions Foch et Clemenceau.
Le PH75 sera le premier bâtiment de guerre de surface de l’Europe occidentale doté de la propulsion nucléaire et le quinzième dans le monde, l’US Navy disposant de 14 unités dont 4 sont en service : le porte-avions Enterprise, le croiseur Long Beach, les frégates W. Bainbridge et Truxtun.
Deux autres sont sur le point d’entreprendre leurs essais : le porte-avions Nimitz et la frégate California. Six sont en construction : les porte-avions Dwight Eisenhower et Carl Vinson et 4 frégates. Le Congrès, comme on le verra plus loin, a d’autre part accordé des fonds d’avance pour la construction de 2 frégates supplémentaires.
La décision de doter le PH75 de ce type de propulsion est particulièrement bienvenue compte tenu de l’amenuisement des ressources en produits pétroliers que l’on pressent d’ici une trentaine d’années. Elle marque un tournant de notre politique navale et pourrait être l’amorce d’une flotte future, tant de surface que sous-marine, en sa presque totalité nucléaire. Notre marine marchande et notre industrie ne manqueront pas par ailleurs de bénéficier largement de l’expérience acquise dans ce domaine par notre Marine nationale. [NDLR 2023 : le programme sera annulé en 1980]
États-Unis : le budget de l’US Navy pour l’exercice 1973-1974 (1)
Comme il fallait s’y attendre, le budget de la Défense, et partant celui de la Marine américaine, présenté par l’Administration pour l’exercice 1973-1974 a été remanié par la Chambre des Représentants et le Sénat.
La première a approuvé le 30 novembre 1973 un budget s’élevant à 74,5 milliards de dollars tandis que, le 13 décembre suivant, le Sénat proposait un montant de 73,2 Md $. Comme toujours, lorsqu’il y a divergence entre les deux représentations, une commission de conciliation (Conference Committee) se réunit et propose un nouveau budget tenant compte des desiderata de la Chambre et du Sénat : ce budget, d’un montant de 73,75 Md $ (soit une diminution de 3,5 Md par rapport aux demandes du département de la Défense) a été présenté à la Chambre des Représentants puis au Sénat qui l’ont approuvé le 20 décembre et l’ont envoyé à la signature du Président.
La part exacte de la Marine dans ce budget n’est pas connue mais on sait que le budget qu’avait présenté la Marine, soit 25,85 Md $, a été amputé principalement de 240 millions $ de fonds d’avance pour le développement ultérieur du programme de sous-marins stratégiques dénommé Trident, ce qui ne retardera pas la date de mise en service du prototype de ces bâtiments mais entraînera un retard dans la construction des unités suivantes.
La Conference Committee a accordé 2,72 Md $ pour les fabrications aéronautiques, ce qui permettra de commander 241 aéronefs de combat dont 50 intercepteurs tout temps Grumman F-14A Tomcat et 45 appareils anti-sous-marins (ASM) embarqués du type Lockheed S-3A Viking. Près de 3,5 Md $ seront consacrés aux constructions neuves et aux conversions. Les principaux programmes portent sur : le prototype Trident ; le porte-avions nucléaire CVN70 Vinson ; 5 Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) type 688 Los Angeles ; 7 grands destroyers ASM de 7 600 t du type Spruance.
Des fonds d’avance ont d’autre part été accordés pour la commande de matériels à long délai d’approvisionnement pour :
– le prototype des Sea Control Ships, petits porte-aéronefs de 12 000 à 14 000 t propulsés par turbines à gaz et mettant en œuvre quelques hélicoptères ASM et/ou un petit nombre d’avions à décollage court ou vertical ;
– 2 frégates nucléaires (DLGN 41 et 42), qui d’ailleurs n’avaient pas été inscrites par la Navy à son projet de budget 1973-1974 ;
– les hydroptères.
Sud-Vietnam–République populaire de Chine (RPC) : leurs marines
Les récents incidents des Paracels (19 janvier 1974) au cours desquels un escorteur sud-vietnamien et un petit bâtiment chinois ont été coulés, ont attiré l’attention sur les marines de ces deux pays.
La marine sud-vietnamienne
Elle a été considérablement renforcée ces dernières années par le transfert de la quasi-totalité de très nombreuses unités de types divers construites et armées par l’US Navy à partir de 1965 pour les opérations au Vietnam. Au total, elle comprend, compte tenu de la perte du bâtiment précité :
– 18 escorteurs de 640 à 1 766 t dont 7 ex-cutters de la Coast Guard américaine ;
– 2 dragueurs ;
– une vingtaine de navires amphibies ;
– plusieurs centaines de bâtiments de « poussière navale », mais une poussière bien adaptée aux conditions des opérations au Vietnam, tant sur les côtes que sur les fleuves.
Les effectifs de la marine sud-vietnamienne s’élèvent à environ 43 000 hommes plus quelque 12 000 Marines.
La marine chinoise
Elle est encore très hétérogène, avec des bâtiments d’origine soviétique, britannique, japonaise et américaine, auxquels s’ajoutent les constructions nationales qui prennent de plus en plus d’ampleur. C’est ainsi que des informations récentes font étal de la construction de deux SNA dont l’un serait en essais sinon déjà en service.
Les Chinois ont, par ailleurs, entrepris la construction à partir des plans que leur avait cédés l’URSS au temps où les deux nations étaient en bons termes, des destroyers et des escorteurs dont quelques-uns sont équipés de missiles aérodynamiques surface-surface :
– 3 destroyers de 3 500 t type Luta, copie des unités soviétiques du type Kottin. Leur armement comprend 2 affûts triples de missiles anti-surface dérivés du Styx soviétique, 2 tourelles doubles de 130 CA, 2 affûts doubles de 57 CA, 2 affûts doubles de 25 CA ; leur vitesse maximale est d’environ 34 nœuds. Trois autres destroyers identiques seraient en construction dans l’arsenal de Dairen ;
– une dizaine d’escorteurs de la classe Kiangnian d’environ 1 500 t à propulsion Diesel ; leur armement comprendrait 3 pièces de 100, 4 affûts doubles de 37 CA et 2 autres de 25 CA ;
– 2 à 3 escorteurs lance-missiles surface-surface d’une nouvelle classe baptisée Kian-Tung construite dans les chantiers Hutung de Shanghai.
À côté de ces bâtiments d’un tonnage relativement important, la marine chinoise a mis en service plusieurs dizaines de petits navires appartenant aux types suivants :
– Kronstadt soviétique (380 t - 1/85 - 4/37 CA) ;
– Hainan (200 t - 4/37 CA) ;
– Shanghaï (100 t - 4/37 CA) ;
– Shantung (120 t - 4/37 CA) ;
– Huchwan (hydroptères) ;
– Osa I soviétique (190 t - 4 missiles type Styx) ;
– Hola (200 t), version chinoise des Osa I ;
– Komar soviétique ;
– Hoku (100 t), version chinoise des vedettes lance-missiles soviétiques du type Komar à laquelle succéderait maintenant une classe un peu plus grande (120 t) dénommée Homa ; ces bâtiments sont dotés de 2 missiles anti-surface.
Dans la catégorie des sous-marins, outre les deux unités nucléaires dont il a été parlé précédemment, les Chinois ont monté, à partir d’éléments fournis en leur temps par l’URSS, ou construits de toutes pièces mais sur plans soviétiques :
– 1 sous-marin lance-missiles (SNLM) du type G (2 300/2 750 t : 3 missiles balistiques) ;
– 18 du type R (1 400/1 800 t ; 8 TLT de 533 ; 18 torpilles ou 36 mines) ;
– 20 du type W (1 050/1 350 t ; 6 TLT de 533 ; 14 torpilles).
Au total la marine de la RPC disposerait actuellement d’une flotte d’environ 1 500 à 1 600 unités mais lorsqu’on en retranche la poussière navale, jonques armées, petits patrouilleurs, etc., il reste comme véritables unités de combat :
– une quarantaine de sous-marins ;
– 3 destroyers lance-missiles surface-surface type Luta, plus 3 autres en achèvement ou construction ;
– une quinzaine d’escorteurs classiques ou lance-missiles surface-surface ;
– 35 à 40 patrouilleurs côtiers ;
– 25 dragueurs ;
– 70 à 90 patrouilleurs ou vedettes lance-missiles surface-surface.
L’aéronautique navale qui appartient en propre à la marine serait forte d’environ 400 appareils de types dépassés dont une cinquantaine d’aéronefs de transport et d’hydravions. Sa mission principale est la défense des côtes et la couverture aérienne des forces navales à proximité des côtes.
Les forces aéronavales seraient réparties en trois grands groupements :
– la Flotte du Nord, chargée de la défense des côtes depuis l’embouchure du Yalu jusqu’à Lienyunkang, dont les bases principales sont situées à Tsingtao et Lushun ;
– la Flotte orientale, la plus nombreuse. Basées principalement sur Shanghaï et Chou Shan, ses unités ont à charge la défense du littoral entre Lienyunkang au Nord et Chaoan Wan au Sud ;
– la Flotte méridionale, chargée de la protection des côtes depuis Chaoan Wan au Sud jusqu’à la frontière nord-vietnamienne.
Les effectifs de la marine chinoise sont estimés à environ 130 000 hommes y compris l’aéronavale (plus de 28 000 fusiliers marins). ♦