Armée de terre - Un nouveau couple aéromobile antichars : le système d'armes Gazelle/Hot - Une première en informatique : l'automatisation des centres de sélection - Réforme du système de recrutement et de formation des personnels non officiers de l'Armée de terre
Un nouveau couple aéromobile antichars : le système d’armes Gazelle/HOT
Nés après le second conflit mondial, les missiles antichars téléguidés par fil ont fait une entrée fracassante sur les champs de bataille du Vietnam et du Proche-Orient.
Lors de la guerre du Kippour, les deux tiers des chars israéliens et près de la moitié des chars arabes immobilisés ou détruits l’ont été par des armes antichars dont la plupart étaient des missiles. Les engins utilisés étaient du côté israélien, essentiellement des Nord SS.11 (Sol-sol 11) français et du côté arabe des Sager soviétiques. Selon des renseignements de source israélienne, le degré d’efficacité du missile français peut être illustré par l’équation : 1 SS.11 = 1 char.
Absent de ce dernier conflit, l’hélicoptère armé avait démontré sa capacité opérationnelle au Vietnam. L’offensive blindée nord-vietnamienne menée en avril 1972 fut stoppée brutalement dès l’intervention des hélicoptères équipés de missiles SS.11 ou TOW (Tube-launched, Optically tracked, Wire-guided). À titre d’exemple, à Kontum le bilan réalisé par un couple de deux hélicoptères armés de TOW s’établit ainsi : pour 80 missiles tirés, 65 coups au but.
Des études récentes menées à l’étranger ont montré que, dans une situation défensive sur un théâtre d’opérations européen, compte tenu de l’environnement antiaérien des unités, le taux de pertes des véhicules blindés adverses par rapport à celui des hélicoptères amis s’établirait, selon les estimations entre six et seize pour un.
Depuis plus de dix ans les Groupements de l’Aviation légère de l’Armée de terre (Alat) des forces de manœuvre sont équipés d’hélicoptères Alouette armés de missiles SS.11. Afin d’accroître la capacité antichars de ces formations l’État-major de l’Armée de terre (EMAT) vient d’adopter récemment l’arme antichar HOT (Haut subsonique optiquement téléguidé) en vue de son montage sur l’hélicoptère SA341 Gazelle.
Décidée en 1969, l’étude d’adaptation du missile HOT aux hélicoptères s’est poursuivie à partir de 1971 dans le cadre de la coopération bilatérale franco-allemande. Faisant appel à un guidage semi-automatique à l’exclusion de tout guidage manuel du missile, la mise en œuvre de cette arme de deuxième génération se réduit au maintien par le tireur du réticule de visée sur l’objectif. L’élaboration des ordres de guidage du missile est alors effectuée par un localisateur infrarouge dont l’axe est coaxial à l’axe de visée du réticule.
Conçue en vue de permettre la destruction du char de bataille adverse entre 400 m et 4 000 m, l’arme antichar HOT a démontré, lors de l’expérimentation menée par la Section technique de l’Armée de terre (STAT), sa redoutable efficacité à partir d’un hélicoptère SA341 Gazelle en vol stationnaire, en virage ou en translation rectiligne.
Le système d’armes Gazelle/HOT, dont les premières livraisons sont prévues à partir de 1976, viendra compléter et renforcer le parc des hélicoptères Alouette III/SS.11 des formations de l’Alat.
Une première en informatique : l’automatisation des Centres de sélection
En raison du caractère répétitif de ses travaux, du volume important de ceux-ci et des délais réduits dont il dispose pour les réaliser, notamment depuis la refonte du Code du Service national qui autorise tout jeune Français à choisir avec un préavis de deux mois seulement la date de son incorporation, le Service du recrutement qui s’était orienté très tôt dans la voie de l’automatisation ne cesse d’exploiter les possibilités de celles-ci.
Cependant, seules les opérations de recrutement effectuées en amont et en aval des Centres de sélection, recensement et aide à l’affectation, étaient jusqu’alors simplement automatisées. C’est à l’occasion de leur 20e anniversaire que ces Centres sont à leur tour entrés dans l’ère informatique.
Chaque année, les dix Centres de Sélection métropolitains reçoivent 430 000 jeunes Français afin de les sélectionner et les orienter. À cet effet, ils déterminent leur aptitude au Service national et fournissent au Service du recrutement, pour ceux d’entre eux reconnus aptes, les éléments permettant leur affectation dans les différents emplois et unités au mieux de leurs possibilités, de leurs desiderata et des besoins des armées.
Les opérations de sélection et d’orientation représentent une masse d’informations dont le traitement manuel, dans un laps de temps très court, a le triple inconvénient d’être dispendieux à la fois en temps et en personnel, d’être une source d’erreurs et enfin de créer une rupture dans le système automatisé existant en aval et en amont.
C’est pourquoi le Service du recrutement, sous l’impulsion et avec l’appui du général Chef d’état-major de l’Armée de terre (Cémat), a recherché en liaison avec la Délégation à l’Informatique travaillant en coopération étroite avec un certain nombre d’industriels français, un procédé permettant l’automatisation des opérations de sélection et d’orientation effectuées dans les Centres de sélection.
Les recherches ont abouti récemment à un système original présenté le 17 septembre 1974, au Centre de sélection de Vincennes, par le général Nougues, chef du Service central du recrutement, aux officiers des différentes armées et aux journalistes, en présence du général de Boissieu, Cémat, et de M. Audoin, adjoint au Délégué à l’Informatique.
Ce système est, sur le plan technologique, une innovation, et lors de sa présentation M. Audoin a pu parler de « première en informatique ».
En effet, contrairement à ce qui s’est fait le plus souvent jusqu’à présent, les techniciens se sont efforcés de créer et de fournir à l’utilisateur un ensemble correspondant à ses besoins particuliers. Il s’agit d’une approche humaine et concrète de l’informatique par opposition au gigantisme et au centralisme généralement imposés par l’ordinateur, tendance nouvelle qui s’est d’ailleurs nettement manifestée lors du dernier Salon des industries et du commerce de bureau (SICOB).
Le système extrêmement simple présenté à Vincennes est composé essentiellement de plusieurs postes de saisie de données « Saisix », encodeurs magnétiques utilisant des cassettes permettant un stockage simple et facile, et d’un calculateur numérique rapide à logique microprogrammée « Multi 20 » produit par Intertechnique.
Ce calculateur gère le système en traitant et en stockant sur disques les informations sur le recensement qui proviennent de l’amont et celles recueillies sur cassettes par le Centre de sélection. En outre, il reproduit les informations traitées, sur bandes magnétiques compatibles ordinateur en vue de leur transfert, en aval, vers le centre de traitement de l’information régional. Le « Multi 20 » utilise un disque « Microdata » modèle « 8.200/5 » construit par Intertechnique. Enfin les différents documents nécessaires à la sélection et à l’orientation sont édités grâce à une imprimante « Control Data 9320 » intégrée au système.
Cet ensemble : postes de saisie de données, calculateur et imprimante, a une capacité adaptée aux besoins d’un Centre de sélection. Par ailleurs tout en étant autonome il assure l’intégration de ce Centre au système informatique du Recrutement.
Utilisé depuis sept mois avec satisfaction au Centre de sélection de Vincennes, cet équipement sera mis en place dans les autres Centres de sélection au cours des six prochains mois.
Outre les gains de temps et de personnel qu’il permet, ce système, d’une très grande fiabilité, limite les risques d’erreur dommageables aux individus, ce qui sur le plan humain est très important. Ne constituant qu’une étape dans la voie de l’automatisation, il sera amélioré très prochainement grâce à l’introduction d’un système de lecture optique
Il convient de noter que les Armées et la Défense nationale ne sont pas les uniques bénéficiaires des améliorations apportées au fonctionnement des Centres de sélection dont les services profitent à la fois aux jeunes et au pays. Les Centres de sélection assurent d’abord une fonction d’information, nécessaire pour des citoyens qui se veulent – et c’est un bien – de plus en plus conscients et responsables. Par ailleurs, les tests psychotechniques permettent parfois de déceler des anomalies dans la formation scolaire, universitaire ou professionnelle de sujets doués mais défavorisés par leur sort social. Des « rattrapages », des promotions, dont certaines spectaculaires, ont pu être provoqués.
De plus, des études statistiques d’intérêt général peuvent être entreprises à partir de ces constatations. Elles sont très utiles aux pouvoirs publics pour décider de certaines orientations.
Enfin, les divisions médicales des centres obtiennent deux résultats très importants :
– la détection d’éventuelles affections ou carences qu’ignoraient les intéressés et leurs parents ;
– l’établissement d’un véritable bilan médical de la jeunesse française, d’un intérêt évident pour de nombreux départements ministériels et les organismes responsables de la santé publique.
Réforme du système de recrutement et de formation des personnels non-officiers de l’Armée de terre
En dehors des difficultés générales rencontrées en temps de paix, et plus particulièrement à notre époque, pour recruter des cadres militaires, il en est dont les causes sont particulières aux armées.
C’est pour cerner ces causes avec précision et rechercher des solutions propres à améliorer le recrutement qu’un groupe de travail a été constitué en 1973 par le général Cémat qui, après avoir pris connaissance des conclusions de ses études, vient de décider de réformer profondément le système de recrutement et de formation des personnels non-officiers de l’Armée de terre.
Ce groupe de travail a retenu deux causes fondamentales à la crise actuelle du recrutement. La première est l’opacité des carrières. En effet, le candidat à l’engagement, puis l’engagé, se trouvent en permanence dans l’incertitude quant à leur avancement, leur emploi, leur formation. La seconde a trait aux faiblesses du système de rémunération qui, en particulier, ne propose qu’une solde dérisoire aux engagés hommes du rang, ne tient pas compte des contraintes du service et n’offre pas de débouché satisfaisant à la carrière de sous-officier, le traitement ne progressant pratiquement plus après quinze ans de service.
Tenant compte de ces éléments, la réforme qui vient de voir le jour apporte une amélioration certaine dans la clarté de l’engagement, les garanties de carrière et la prise en compte de la spécificité militaire. Elle s’appuie sur un certain nombre de principes, sommairement analysés ci-après :
– ouverture du recrutement à toutes les ressources potentielles : il est maintenant possible de s’engager au titre d’une école de sous-officiers ou directement au titre d’un corps, en choisissant ou non une arme ou une spécialité. Des facilités sont offertes aux appelés – qui peuvent s’engager en cours de service – et notamment aux sous-officiers de réserve qui veulent soit prolonger de quelques mois leur service militaire, soit entreprendre une carrière ;
– prise en considération dès l’engagement du potentiel probable des candidats. En fonction du niveau scolaire et des résultats obtenus aux tests de sélection, les candidats se verront proposer soit une carrière de sous-officier, soit une carrière de caporal-chef spécialiste, soit un poste d’homme du rang (EVLT/TDM [Engagé volontaire à long terme/Troupes de Marine]) dans une unité d’engagés. Il est évident que les passerelles de promotion interne, qui existent depuis toujours dans l’Armée de terre resteront ouvertes. Le système d’engagement « par niveau » permettra cependant d’offrir des garanties véritables de carrière et d’éviter les promesses inconsidérées.
– offre de garanties de carrière raisonnables. En cas d’échec à la formation, le contrat est annulé ou résilié de plein droit, ce qui lui enlève tout caractère de « piège ».
L’emploi dans la spécialité choisie à l’engagement est garanti pendant une période minimale de deux ans.
Pour les sous-officiers, l’accès au statut de sous-officier de carrière sera, après une période transitoire, quasi automatique à quatre ans de service, ainsi que l’accès aux stages de perfectionnement à certaines époques de la carrière. Enfin jusqu’au grade d’adjudant inclus, une partie des promotions a lieu à l’ancienneté pour les sous-officiers de carrière.
Ces garanties sont complétées par des mesures de reconversion à la vie civile.
– amélioration du système de rémunération.
Un certain nombre de mesures ont été demandées pour le budget 1975 et les budgets suivants, et elles restent donc subordonnées aux décisions gouvernementales et au vote du Parlement.
Ces mesures ont pour but :
– de prendre en compte la « pénibilité » de l’emploi en indemnisant les sorties sur le terrain : exercices, manœuvres, séjours au camp ;
– de rendre plus attrayantes les carrières longues de sous-officier (au-delà de 15 ans de service) par un système de rémunération amélioré mettant les adjudant-chefs au même niveau matériel que certains officiers subalternes ;
– de proposer aux caporaux-chefs spécialistes particulièrement qualifiés une solde en rapport avec leur compétence par l’instauration de l’échelle IV ;
– de relever la rémunération des hommes du rang ADL (Au-delà de la durée légale [du service militaire]).
Enfin, toutes ces mesures sont complétées par une amélioration de l’action en faveur du recrutement qui se concrétisera par un effort d’information et de sincérité à l’égard du candidat à l’engagement ainsi que par un renforcement des structures et moyens spécialisés dans cette mission.
Par cette réforme, l’Armée de terre s’efforce de mieux adapter son système de recrutement et de formation aux réalités de notre époque. ♦