Défense à travers la presse
À La Rochelle, les 21 et 22 mai 1992, la France et l’Allemagne seraient-elles parvenues à accélérer le processus envisagé à Maëstricht en vue de mettre sur pied une défense commune et non plus seulement un concept commun de sécurité ? En décidant de créer un corps d’armée franco-allemand ouvert aux autres membres de l’Union de l’Europe occidentale (UEO), nos confrères estiment que les deux pays ont franchi un pas décisif. Si nul ne trouve à y redire, nombreuses sont, en revanche, les questions d’ordre stratégique que suscite cette initiative.
De telles questions, Alain Chastagnol fait l’essentiel de son commentaire dans Le Quotidien de Paris du 23 mai 1992 :
« S’agit-il là de l’embryon d’une défense européenne ? Oui et non. Ce corps d’armée en a la vocation. Il sera employé pour la défense commune des Alliés, dans l’Otan ou au-dehors, pourra se voir confier des missions de maintien ou de rétablissement de la paix et être engagé pour des actions humanitaires. Mais il est évident que tout reste à faire : redéfinir notre stratégie, nos matériels, l’usage du nucléaire. Cette émergence d’un corps d’armée européen se fait-elle contre l’Otan ? Les chefs d’État s’en défendent. Il s’agit là du pilier européen de l’Otan, mais pour la première fois un corps d’armée échappe au commandement atlantique. Pour la première fois surtout, l’Allemagne accède à la possibilité de participer à des missions en dehors de l’Otan, ce qui l’obligera à modifier sa propre Constitution rédigée dans l’immédiat après-guerre. C’est sans doute cette motivation qui provoque l’émoi des Américains : la France joue-t-elle là à l’apprenti sorcier ? reste la question majeure. Est-ce que l’Allemagne, déjà plus grande depuis sa réunification, est « contenue » par son engagement européen ? Est-ce que François Mitterrand a assez rendu l’Allemagne européenne pour éviter une Europe allemande ? »
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