Afrique - Le Maroc sur la voie des réformes institutionnelles
Que nul imprévu ne vienne tout remettre en question, et le Maroc devrait au cours des prochains mois se doter d’une nouvelle Constitution, renouveler son Parlement de même que ses conseils communaux, et régler le dossier du Sahara occidental. Cet été sera donc décisif à plus d’un titre et le souverain aura le sentiment d’avoir fait franchir à son royaume une nouvelle étape vers la démocratie sans céder à la précipitation. Cette prudence, souvent décriée, vient de la difficulté qu’il perçoit à faire coexister dans son pays les civilisations orientale et occidentale. Il s’agit cependant là d’une préoccupation primordiale de sa part et on le constate en le voyant apparaître, selon les circonstances, en costume traditionnel de commandeur des croyants ou en simple complet veston.
Ses adversaires le jugent comme un homme au pouvoir personnel et contestent la représentativité des membres du Parlement, deux griefs qui ne sont pas sans fondement et qui ont longtemps conduit les partis d’opposition à mettre en cause la nature même du régime. Ce n’est plus le cas depuis une vingtaine d’années : il est vrai qu’aucun parti ne peut être légal s’il n’admet pas le caractère monarchique des institutions. Il ne peut donc être question de réprouver l’ascendant du souverain, dont la légitimité plonge ses racines dans la plus ancienne tradition. Libre à l’opposition de s’en prendre, parfois fort vivement, au gouvernement, le palais reste toujours en dehors de la polémique. L’instauration de ce modus vivendi indispose probablement les plus extrémistes, mais nul ne songe vraiment à s’en libérer. On l’a bien perçu lorsque le secrétaire général de la Confédération démocratique du travail, Noubir Amaoui, a été condamné à la prison moins pour avoir traité le gouvernement de bande de voleurs que pour avoir précédemment critiqué l’aggiornamento des socialistes à l’égard du trône.
Peu à peu, la vie politique au Maroc s’est établie autour de ce consensus sans pour autant que l’impatience de l’opposition ne se soit atténuée. Convaincu que peut désormais s’instaurer un dialogue sans que la monarchie ne soit contestée, le roi Hassan II envisage alors une réforme de la Constitution. Celle de 1962 instaurait une « monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale ». Trois ans plus tard toutefois, l’application d’un régime d’exception allait conférer au régime un caractère autoritaire dont il garde l’image bien qu’en 1972, lors d’une seconde révision constitutionnelle approuvée par référendum, on ait assisté au retour du pluralisme politique aux conditions que nous avons rapportées. Quelles sont les réformes qu’entend apporter le souverain ? On l’ignore, d’autant plus que leur mise au point doit demeurer de sa seule compétence. Certes, il veut associer les partis à leur élaboration, les consulter, sans s’en trouver lié, les réformes devant ensuite être soumises à l’approbation populaire. Cette procédure n’est guère du goût des partis d’opposition, qui voudraient pouvoir contribuer directement à la rédaction des textes. Leur désir est de supplanter la monarchie constitutionnelle par une monarchie parlementaire, de façon à disposer de plus de poids au sein des institutions. Il n’est nullement assuré que le souverain les suive sur ce terrain, son intention étant probablement d’insuffler plus de libéralisme dans le fonctionnement de la mécanique gouvernementale sans porter atteinte aux structures fondamentales du régime.
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