Défense à travers la presse
L’heure est à la démilitarisation : Washington et Moscou vont mettre à la casse deux ogives sur trois, la France abandonne le programme Hadès, mais simultanément l’armée nippone est admise à participer à des opérations de maintien de l’ordre hors de son territoire. Le désarmement nucléaire décidé par les présidents Bush et Eltsine est considéré par nos confrères comme accéléré mais déséquilibré.
Dans Le Figaro du 18 juin 1992, Pierre Bocev expose la situation : « Sous peine de laisser échapper une chance de redorer leur blason, Boris Eltsine et George Bush se devaient d’aboutir à un accord sur une réduction spectaculaire des arsenaux nucléaires stratégiques, l’héritage le plus voyant de la guerre froide, d’autant que les montagnes d’armements ne servent plus à grand-chose… Les coupes vont bien au-delà de ce que l’URSS et les États-Unis ont accepté l’an dernier dans l’accord START [Traité de réduction des armes stratégiques]. Au lieu d’un plafond de 6 000 têtes nucléaires de part et d’autre, les États-Unis et la Russie entendent ne garder que 3 500 et 3 000 têtes nucléaires respectivement. Malgré les protestations de bonne foi de part et d’autre, ce résultat est le fruit d’un compromis délicat dans lequel les Russes ont fait davantage de concessions que les Américains. Boris Eltsine, en effet, accepte le démantèlement de tous ses ICBM [Missiles balistiques intercontinentaux] lourds et mirvés. C’est l’arrêt de mort pour la fine fleur de l’arsenal ex-soviétique, le SS-18 à dix ogives dont le traité START ne prévoyait la destruction que pour moitié. Les États-Unis, de leur côté, ont concédé deux éléments essentiels outre l’abandon, le cœur léger sans doute, de leur programme d’ICBM mirvés, le MX, pour lequel déjà Ronald Reagan se battait sans succès au Congrès. Washington accepte pour la première fois de toucher à son propre fer de lance nucléaire, les systèmes Trident sur sous-marins. Une réduction de moitié a été retenue, ce qui va bien au-delà des concessions symboliques que George Bush semblait prêt à faire tout récemment encore ».
Jean-Paul Piérot insiste dans son commentaire de L’Humanité, du même jour, sur la signification qu’il donne à cette disparité dans l’effort de désarmement : « Le principe de parité est aboli comme un vestige de la guerre froide. Mais George Bush n’envisage pas la fin du nucléaire. Les États-Unis confortent leur position d’unique superpuissance militaire. Si l’équilibre de la terreur des années passées était lourd de danger pour la paix, le déséquilibre au profit d’un pays disposant encore de colossaux moyens de destruction massive pose de nouvelles et non moins inquiétantes questions… Américains et Russes sont également convenus de travailler à la mise au point d’un système de protection globale contre d’éventuelles attaques balistiques de pays tiers. Il s’agit de la participation de la Russie au système prévu par les États-Unis dans le cadre de leur Initiative de défense stratégique [IDS]. Cette nouvelle alliance, ou plutôt ce ralliement, vise implicitement les pays du Tiers-Monde, la division Nord-Sud supplantant désormais l’ancienne opposition Est-Ouest ».
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