Afrique - Émeutes et vide juridique au Togo
En 1968, à Addis-Abeba, un ami africain, devenu depuis directeur de l’une des plus importantes institutions du continent nous affirmait : « Quand on a le pouvoir, on ne le lâche pas ». À Lomé, le général Eyadéma en est manifestement convaincu. Plus d’un quart de siècle d’autocratisme façonne le goût de la poigne, car lorsqu’en 1967 il instaure au Togo le premier régime militaire d’Afrique pour mettre fin à un record d’instabilité politique, le lieutenant-colonel qu’il était n’avait aucunement l’ambition de se maintenir au pouvoir à perpétuité : en janvier 1969, considérant avoir réalisé l’unité nationale, il propose le retour à un régime constitutionnel. Cette initiative s’est aussitôt heurtée au refus des notables, trop avertis des dangers des luttes partisanes. Le même scénario se reproduira en novembre 1976.
Unanimement rejeté aujourd’hui par la population, il bénéficiera fort longtemps de l’estime générale, et si on peut critiquer son attitude depuis 18 mois, il serait abusif pour autant de dénigrer toute son action politique. Son obstination à se maintenir au pouvoir et l’habileté dont il fait preuve à cet effet ne constituent certainement pas le plus grave des dangers pour l’avenir du pays. Le jour où le général Eyadéma aura quitté son palais présidentiel, le Togo sera sous la menace d’une armée consciente que rien ne peut se faire contre son gré. Dans sa précipitation, la conférence nationale de l’été 1991 commit probablement une erreur en ôtant tous ses pouvoirs au président. N’aurait-il pas été préférable de lui accorder une retraite honorifique avec l’espoir que son prestige au sein de l’armée éviterait à celle-ci de verser dans la subversion ? (1)
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