Politique et diplomatie - Le sommet atlantique de Bruxelles
Le sommet atlantique qui vient de se réunir à Bruxelles, du 28 au 29 mai, avait été décidé il y a plusieurs mois à l’initiative du Premier ministre britannique, Harold Wilson. Le point de vue du Premier britannique était, qu’en prévision de la conclusion au sommet de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) prévue pour l’été ou pour l’automne, après l’accord donné par les présidents Gerald Ford à Vladivostok et Valéry Giscard d’Estaing à Rambouillet (1), il importait que les membres de l’Alliance atlantique fassent au préalable le point. L’objectif de M. Wilson n’était sans doute pas de coordonner les positions des membres de l’Alliance en vue de la cérémonie de clôture de la CSCE, puisque par hypothèse celle-ci ne pouvait avoir lieu qu’une fois l’accord intervenu à Genève au sein de la conférence des 35. Si tel avait été son objectif, cette proposition eut d’ailleurs provoqué des réserves de la part de la France, pour qui l’intérêt de la CSCE demeure qu’elle rassemble des pays — de l’Est, de l’Ouest ou « neutres » — parlant à titre individuel. L’objectif britannique était sans doute plutôt d’obtenir, avant que ne se conclue avec une certaine solennité la CSCE, avant que ne commence peut-être une nouvelle étape dans la voie de la détente et de l’entente avec l’Union Soviétique et ses alliés, la réaffirmation de la solidarité et de la cohésion des membres de l’Alliance atlantique. Cet objectif reste en effet prioritaire pour les travaillistes au moins autant que pour les conservateurs. Et cette réaffirmation était considérée comme nécessaire à Washington tout autant qu’à Londres.
La France, elle, était en droit de penser qu’une telle assemblée de chefs d’État ou de gouvernement, qui ne pouvait manquer d’apparaître comme un événement international d’importance, ne pourrait guère faire plus qu’énoncer des généralités et répéter ce qu’on avait déjà dit à Ottawa. Il ne fallait en effet pas attendre de ces entretiens l’affirmation de visées nouvelles. On pouvait par contre s’attendre à ce que soit renouvelé l’effort déjà tenté par le secrétaire d’État des États-Unis, Henry Kissinger, pour mieux assurer la coordination dans tous les domaines, autour de Washington, des politiques des alliés des États-Unis. Aussi, les responsables de la diplomatie française ne voyaient-ils pas dans les circonstances actuelles d’intérêt réel à une manifestation spectaculaire dont les résultats eussent été minimes ; ils y voyaient par contre un danger dans la mesure où l’on pouvait penser que les États-Unis s’y efforceraient de réduire la marge de manœuvre et la capacité d’initiative propre des Européens à l’heure où certains pensent que de telles initiatives sont nécessaires. Il me semble que ces raisons sont celles qui expliquent — et justifient — la décision française de ne pas participer au sommet, c’est-à-dire l’absence de M. Giscard d’Estaing aux délibérations officielles de l’Alliance. La France était représentée à cette session par son ministre des Affaires étrangères, Jean Sauvagnargues.
Il est vrai qu’entre le moment où les invitations furent lancées et celui où la conférence s’est tenue, des événements s’étaient produits qui donnaient plus de sens à la réunion de Bruxelles. L’accomplissement dramatique du retrait américain en Asie du Sud-Est, marqué par la chute de Phnom Penh puis de Saigon, donnait aux entretiens du chef de la Maison Blanche et des chefs d’États européens une nouvelle dimension. L’occasion était en effet ainsi offerte immédiatement après les secousses vietnamienne et cambodgienne de faire au plus haut niveau un tour d’horizon, d’envisager les conséquences et d’apaiser les appréhensions. Certains en concluaient que le chef de l’État eût pu, compte tenu de ces nouvelles données, revoir la position arrêtée antérieurement et décider qu’il participerait au Conseil atlantique de Bruxelles. Il ne l’a pas fait, pour des raisons diverses : les motifs qui avaient déterminé son abstention demeurant valables malgré les circonstances nouvelles intervenues dans le contexte international. Par contre, le Président de la République a eu l’occasion de rencontrer ses partenaires européens et le Président Ford au dîner offert par le roi Baudoin, le 29 mai 1975, à l’occasion de la session du Conseil. Par ce geste, M. Giscard d’Estaing a marqué la volonté qu’il a, non seulement de courtoisie mais de contacts fréquents et amicaux avec les États-Unis, tout en manifestant son intention de rester fermement attaché aux principes sur lesquels est fondée la politique extérieure de la France.
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