L'étude de la défense sous tous ses aspects, politiques, stratégiques, économiques, juridiques, etc., n'est-elle pas une affaire passionnante ? C'est ce qu'affirmait le général de Gaulle lors de l'une de ses dernières visites à l’École militaire. Et puis cette défense ne fait-elle pas partie du « programme commun » de tous les Français ? Autant de raisons militant en faveur de l'enseignement de défense aux divers niveaux de notre système d'éducation nationale. Certains universitaires l'ont compris et l'on voit de nos jours se développer à Paris et en province des « Centres d'études de défense » grâce auxquels le fossé séparant l'armée de l'université est en train de se combler. Cet article fait le tableau actuel de l'enseignement de défense en France, et le compare aux réalisations étrangères actuelles (États-Unis, Grande-Bretagne et République fédérale d'Allemagne – RFA) sur lesquelles nous avons un retard certain.
Défense et Université : une rencontre nécessaire
Les trente années qui viennent de s’écouler depuis la fin de la seconde guerre mondiale n’ont pas été des années de paix : si l’équilibre des forces des deux super-puissances a permis d’éviter un nouveau conflit généralisé, par contre les guerres locales se sont multipliées, entretenues et parfois suscitées par des entreprises subversives. Alexandre Soljenitsyne, partiellement contesté sur ce point par Raymond Aron, a pu écrire que la troisième guerre mondiale avait déjà eu lieu et que l’Occident l’avait perdue (1). Quoi qu’il en soit, s’installant dans une détente théorique, le monde a découvert l’insécurité généralisée. Dire aujourd’hui que les formes d’agression se sont sensiblement diversifiées et les menaces singulièrement étendues est presque une banalité. Temps de paix et temps de guerre ne sont plus séparés que par une frontière au tracé imprécis. D’effort provisoire, de politique exceptionnelle, la défense s’est transformée en une nécessité permanente. Elle n’est plus seulement une action spécifiquement militaire : elle est devenue globale pour mieux faire face au caractère protéiforme des atteintes à la sécurité nationale. C’est pourquoi permanence et globalité constituent deux des principes essentiels de cette charte de la défense qu’est l’Ordonnance du 7 janvier 1959.
Mais, dans le même temps, les dissensions internes se sont faites plus vives dans nos sociétés industrielles et libérales. Tensions sociales, rivalités économiques, nationalismes idéologiques, querelles partisanes, oppositions culturelles, ont conduit à un désaccord profond non seulement sur les modalités mais aussi sur les finalités de l’action politique. Faute de pouvoir réaliser une véritable unité intellectuelle et spirituelle au sein de la nation, la recherche de points de rencontre, d’éléments-carrefours, de passerelles praticables, n’en a pris que plus d’urgence. L’étude de l’histoire comme la considération des exemples étrangers, la lecture des auteurs les plus divers comme l’observation des situations les plus contrastées, montrent que la réalité impose à toutes les constructions théoriques, fussent-elles très opposées, les mêmes points de passage obligés. Or, précisément, la défense d’une collectivité humaine ne représente-t-elle pas, en tant que bien fondamental et commun à chacun de ses membres, un de ces points irrécusables ? Parce qu’elle repose sur la constatation évidente d’un patrimoine objectif à préserver, au-delà des explications subjectives qui peuvent être proposées pour la justifier, la défense fait bien partie du « programme commun » de tous les Français.
Globale et permanente, la défense apparaît donc aussi comme une réalité communautaire essentielle. Ces deux raisons ne sont-elles pas suffisantes pour qu’elle soit considérée comme un élément indispensable de l’éducation de tout citoyen ? L’idée semble en particulier pertinente, en fonction de ce qui précède, d’inclure dans les divers degrés de notre enseignement, qui d’instruction publique s’est transformé aujourd’hui en service d’éducation, une discipline nouvelle : la défense nationale.
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