Politique et diplomatie - Armements, stratégies et politiques dans la coexistence et la rivalité
L’interprétation des faits de société, y compris ceux qui ont trait à la société internationale, doit tenir compte de l’étroit rapport qu’ils ont entre eux dans leurs divers aspects politiques, économiques et stratégiques. D’autre part, la société internationale, en raison des changements de tous ordres qui sont intervenus depuis trente ans, constitue aujourd’hui plus que jamais un « système ». L’interdépendance des divers éléments de ce système est plus immédiatement évidente dans le domaine économique. La vente par les États-Unis à l’Union Soviétique de céréales dépend de l’état du marché mondial pour ces produits, mais aussi de l’état d’esprit du Congrès et du contribuable américain qui en l’occurrence ne coïncident pas, une fois de plus, avec les intentions de l’Exécutif. C’est que, par leur importance, ces ventes contribuent à fixer le cours des céréales sur le marché, et par conséquent à déterminer le coût des produits alimentaires aux États-Unis, voire à y relancer l’inflation.
L’interdépendance qui résulte en particulier de la répartition géographique et de la circulation des produits alimentaires et des matières premières — notamment du pétrole — n’est qu’un aspect de la société internationale. Celle-ci se démultiplie en systèmes dont la cohésion interne est plus marquée que celle du système global. Le groupement atlantique : États-Unis, Canada et Europe occidentale est un ensemble qui tend à déborder le cadre des participations fixées en 1949 et en 1954. L’Europe des Neuf, au sein du groupement atlantique, constitue un système auquel son intégration autorise une part croissante d’originalité. Le système constitué par l’URSS et par ses alliés du pacte de Varsovie se fonde à la fois sur la présence militaire de l’Union Soviétique et le contrôle qu’elle exerce et sur l’homogénéité à peu près totale des régimes politiques et économiques auxquels sont soumis ces pays. L’idéologie qu’ils professent est directement antagoniste des idées libérales auxquelles adhère l’Occident, et par principe incompatible avec elles. Il n’en est pas moins vrai que le groupe des pays socialistes européens — et l’URSS plus que tout autre — est de plus en plus dépendant de l’économie mondiale, non seulement pour des échanges de matières premières ou de produits industriels, mais par ses besoins de produits alimentaires importés.
Les analystes font justement observer que cette interdépendance — dont on peut prévoir qu’elle ira en s’accentuant — n’est nullement par elle-même un gage de paix. L’interdépendance économique peut fort bien s’accommoder d’une compétition acharnée et d’une rivalité politique sans merci débouchant sur un conflit militaire. En 1914, les économies française et allemande étaient étroitement solidaires dans quelques secteurs essentiels de la production industrielle.
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