Editorial
Éditorial
Le succès du tir VA263 ce 6 mars permettant à Ariane 6 – avec ce deuxième lancement – de mettre en orbite le satellite militaire CSO-3 a été un véritable soulagement pour l’Europe spatiale. Durant des décennies, celle-ci a bénéficié de la réussite des lanceurs Ariane 4 puis Ariane 5 avec un quasi-monopole, ayant certainement endormi les acteurs – dont les responsables politiques européens – sur la question de l’autonomie stratégique de l’accès à l’Espace. Depuis quelques années, le New Space autour des emblématiques Elon Musk et Jeff Bezos a totalement révolutionné le secteur, au point de marginaliser l’Europe avec la fin de l’exploitation d’Ariane 5 et le retard pris pour le développement d’Ariane 6 tandis que SpaceX engrangeait les tirs.
Certes, le tir du 6 mars rouvre la voie à l’Espace pour l’Europe mais il oblige aussi à revoir profondément notre relation au spatial avec, désormais, la dualité civilo-militaire du sujet. La compétition autour des orbites n’est plus pacifique mais bien stratégique. Ce que la France a toujours soutenu avec, à la fois la nécessité de l’autonomie pour les lanceurs depuis le premier tir de Diamant B et le satellite Astérix en 1965, et le besoin de satellites militaires en commençant par la famille Syracuse dès 1984, avec le vol V10 d’Ariane 3. Depuis, notre défense n’a cessé de s’appuyer sur l’Espace pour renforcer ses capacités avec de nombreux programmes permettant de développer à la fois des outils absolument indispensables pour la conduite des opérations autour du Commandement de l’Espace (CDE) créé en 2019, et des savoir-faire industriels en mutation permanente.
La RDN y avait consacré un dossier en décembre 2020. Au regard des transformations très rapides du domaine, il était indispensable de revenir sur le sujet tant les bouleversements se sont accélérés, y compris sur la question du rapport de l’Homme à l’Espace. Je remercie ici le général (2S) Philippe Steininger, conseiller du Centre national d’études spatiales (Cnes) pour avoir construit ce nouveau chapitre de la RDN avec un panorama complet, permettant à la fois de faire le pont et de comprendre les prochains défis avec une dimension européenne absolument nécessaire, même si le simple fait de travailler ensemble nécessite des efforts énormes de pédagogie et de persuasion.
À l’heure où les relations internationales sont bouleversées par les pratiques souvent imprévisibles de la nouvelle Administration Trump, la RDN propose d’autres éclairages permettant de décrypter ces changements et les enjeux de demain comme le Groenland ou les terres rares, avec la difficulté de relier le temps médiatique au temps stratégique sur un échiquier où les Fous et les Cavaliers ne cessent de changer les règles au détriment des Pions. ♦