Le succès du tir VA263 ce 6 mars permettant à Ariane 6 – avec ce deuxième lancement – de mettre en orbite le satellite militaire CSO-3 a été un véritable soulagement pour l’Europe spatiale. Durant des décennies, celle-ci a bénéficié de la réussite des lanceurs Ariane 4 puis Ariane 5 avec un quasi-monopole, ayant certainement endormi les acteurs – dont les responsables politiques européens – sur la question de l’autonomie stratégique de l’accès à l’Espace. Depuis quelques années, le New Space autour des emblématiques Elon Musk et Jeff Bezos a totalement révolutionné le secteur, au point de marginaliser l’Europe avec la fin de l’exploitation d’Ariane 5 et le retard pris pour le développement d’Ariane 6 tandis que SpaceX engrangeait les tirs. Lire la suite
L'Espace et ses enjeux
Depuis sa création, il y a plus de 60 ans, le Centre national d’études spatiales a toujours eu une dimension duale, conférant à la France puis à l’Europe une autonomie stratégique dans le domaine spatial. Face aux nouveaux enjeux, il appartient d’accroître l’effort, d’autant plus que l’Espace est devenu une nouvelle zone de conflictualité. Le Cnes constitue un atout décisif pour notre stratégie nationale et européenne. Lire les premières lignes
La compétition stratégique dans l’Espace s’est accélérée et s’est aggravée avec des acteurs dont notamment la Russie ayant des attitudes agressives. L’Espace est ainsi instrumentalisé, nous obligeant à revoir notre stratégie, en accentuant notre coopération avec nos alliés et en renforçant la résilience de nos systèmes spatiaux. Lire les premières lignes
Le Commandement de l’Espace (CDE) a désormais 5 ans et ses responsabilités conditionnent nos capacités opérationnelles en fournissant un appui spatial. Cela nécessite une connaissance de l’environnement spatial et des moyens pour anticiper. Cela exige aussi une défense active qu’il faut désormais mettre en place sans délai pour contrer des menaces en hausse. Lire les premières lignes
Le secteur spatial militaire français doit faire face à de nouveaux défis pour renforcer sa pleine souveraineté : à l’ère du New Space, il convient de bien discerner les enjeux et de ne pas tomber dans certaines illusions. Il faut fédérer nos capacités et trouver les bons équilibres entre performance, efficience et coût. L’avenir de notre défense en dépend. Lire les premières lignes
Depuis 60 ans, la France a démontré la nécessité d’accéder librement avec des lanceurs hier français comme Diamant et depuis 50 ans avec Ariane dont la 6e génération vient enfin d’entrer en service. Cette volonté poussée par la France est plus que jamais indispensable dans la compétition internationale où l’Europe s’est laissée distancer ces dernières années face à des concurrents comme SpaceX. Lire les premières lignes
L’industrie spatiale européenne après des décennies de succès se retrouve aujourd’hui en difficulté avec un modèle obsolète, des pratiques peu performantes, une absence de visibilité et un manque d’ambition. Il est nécessaire d’entreprendre un « big bang » institutionnel et industriel pour retrouver un nouvel avenir. Lire les premières lignes
Le domaine spatial est en pleine mutation avec de nouveaux acteurs étatiques mais aussi avec des entrepreneurs privés. La compétition internationale oblige à accélérer dans l’innovation. Le ministère des Armées s’est mis en ordre de marche pour répondre aux défis du New Space. L’Agence de l’innovation de Défense (AID), avec la Direction générale de l’armement (DGA), soutiennent les entreprises pour fournir de nouvelles capacités afin de couvrir les besoins opérationnels de demain. Lire les premières lignes
L’Europe spatiale est un acteur paradoxal, aux nombreuses capacités mais au fonctionnement complexe avec une forme de rivalité entre l’Union européenne (UE) et l’Agence spatiale européenne (ESA). Cela constitue un handicap à l’heure où la concurrence internationale s’est accélérée. Un sursaut est nécessaire pour faire face à ces nouveaux défis qui pourraient à terme marginaliser l’Europe. Lire les premières lignes
Approches historiques
Défendre le territoire national a été l’objectif principal depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’à la fin de la guerre froide. Le dramatique échec de 1940 a considérablement pesé à l’issue de 1945, tout en prenant en compte les conflits de décolonisation. À partir des années 1960, notre défense a reposé sur le triptyque dissuasion/protection/puissance. Lire les premières lignes
À l’été 2008, la Géorgie est rapidement battue par la Russie avec une utilisation massive de frappes aériennes par Moscou. Le rapport de force était très défavorable pour Tbilissi et pourtant les forces aériennes russes ont subi des pertes non négligeables, traduisant de grosses lacunes dans l’organisation du commandement et dans les équipements, lacunes censées avoir été comblées en 2022. Lire les premières lignes
Repères
Le Groenland a régulièrement suscité la convoitise des États-Unis. Le président Donald Trump a réitéré ses ambitions d’annexion sur un ton brutal, dédaignant de fait la souveraineté du Danemark. Au regard des ambitions américaines, c’est désormais un sujet de discorde avec l’Europe mais aussi un signal envoyé à des États comme la France ayant des territoires ultramarins. Lire les premières lignes
L’Intelligence artificielle (IA) est un véritable défi pour l’Otan avec le risque d’être dépassé par nos compétiteurs stratégiques ayant déjà consacré des ressources considérables sur le sujet. Il y a nécessité de mieux coordonner les travaux entre les États-membres, notamment autour des questions d’éthique et de responsabilité. Lire la suite
Opinions
La dissuasion repose sur un processus décisionnel où l’homme tient la place centrale. Le développement de l’Intelligence artificielle pourrait fragiliser ce principe. En fait, l’IA renforce la dissuasion en permettant de mieux anticiper et d’améliorer le discernement dans la gestion de crise. L’IA ne remplacera pas l’homme mais l’aidera dans la décision. Lire les premières lignes
La relation entre l’Iran et la Russie est ambiguë et complexe avec une dimension militaire importante mise en lumière depuis le soutien au régime syrien de Bachar el-Assad et accélérée avec la guerre en Ukraine. Téhéran fournit des drones et des missiles tandis que Moscou transfère des technologies aéronautiques et nucléaires. La question d’une alliance d’opportunité reste posée. Lire les premières lignes
Les terres rares – bien que découvertes depuis le XVIIIe siècle – sont devenues un enjeu stratégique majeur pour l’économie, notamment numérique. D’où la course aux gisements, au détriment de l’environnement souvent, de la part de la Chine et des États-Unis, au risque de dérapages diplomatiques comme pour le Groenland. La France ne doit pas négliger les accès à ces ressources afin de maintenir sa souveraineté. Lire les premières lignes
L’industrie spatiale française a longtemps été structurée par les grands programmes comme Ariane. Cependant, face à la révolution du New Space, la France a développé des nouvelles filières portant sur l’innovation avec un tissu dense de start-up portant des projets prometteurs permettant de rester compétitifs dans la compétition internationale. Lire les premières lignes
Chroniques
Le général André Beaufre est décédé il y a juste cinquante ans. Tout au long d’une carrière dense et l’ayant conduit à vivre de près les échecs français comme 1940 et Suez, il a développé une œuvre stratégique majeure qui reste d’actualité, notamment sur la dissuasion et sa relation avec le conventionnel. Lire les premières lignes
Le Nicaragua est de plus en plus un régime totalitaire sous la coupe de son président Daniel Ortega et de son épouse vice-présidente. Managua s’aligne sur Beijing, bénéficiant de son aide économique, et sur Moscou, pour le volet militaire. Il faudra regarder avec attention la politique de la nouvelle Administration Trump à l’égard de ce pays désormais dirigé par un quasi-dictateur. Lire les premières lignes
Recensions
Bien qu’ayant commencé par le secteur de l’énergie, avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1957, puis d’Euratom en 1957, la Communauté économique européenne (CEE) puis l’Union européenne (UE), n’ont jamais été en mesure de définir une politique commune de l’énergie, laissant la responsabilité de ce secteur stratégique aux États et aux grandes compagnies multinationales : Shell, British Petroleum Company (BP), Ente Nazionale Idrocarburi (ENI), Total ou ELF – ces deux dernières ont fusionné avec la belge Petrofina avant de se nommer TotalEnergies en 2021. De son côté, l’Allemagne, dès l’Ostpolitik du Chancelier Willy Brandt en 1969, a cherché à établir des relations stables et à long terme avec l’URSS, puis la Russie, lorsque le Chancelier Gerhard Schröder a lancé dès 2005, c’est-à-dire avant la première crise russo-ukrainienne du gaz de 2006, le projet de Nord Stream qui a été inauguré en 2012. Il a été suivi de Nord Stream II, achevé – en dépit des sanctions américaines – en septembre 2021, mais que le Chancelier Olaf Scholz a arrêté le 21 février 2022, lorsque les deux États autoproclamés de Donetsk et de Louhansk ont été réunis à la Fédération de Russie. Lire la suite
Dans cet essai qui se lit comme un roman, deux professeurs en relations internationales nous parlent d’un empire matériel fait de câbles, de fibres, de serveurs et d’une nuée de machines. Un empire froid et en apparence ennuyeux. Un empire qui ne se voit pas en surface, mais dont les ramifications qui parcourent la terre conditionnent les flux vitaux de l’économie mondiale. Un empire a priori neutre et sans hiérarchie, mais qui est en réalité un levier de puissance majeur pour qui le contrôle, c’est-à-dire, en l’occurrence, pour les États-Unis d’Amérique. Pourtant, aucun plan particulier n’était établi au commencement de ce qui allait devenir à la fin du XXe siècle les « autoroutes de l’information ». Après avoir été engendrée par les besoins de la défense américaine durant la guerre froide, cette toile tissée entre un nombre limité de machines s’est dilatée en basculant dans le monde de l’économie mondialisée. Lire la suite
The Stakes of Space
Since its creation over 60 years ago, the National centre for space studies (Centre national d’études spatiales—CNES) has always had a dual dimension, offering both France and Europe strategic autonomy in space matters. In the face of new challenges increased effort is needed, especially since space has become a new field of conflict. CNES is a key asset for our national and European strategy.
The aggressive postures of some players, Russia in particular, has led to an acceleration and heightening of strategic competition in space. The consequent exploitation of space is compelling us to rethink our strategy through increasing cooperation with our allies and boosting the resilience of our space systems.
The French space command (Commandement de l’espace—CDE) marks its first five years. It is responsible for supplying the space support upon which our operational capabilities depend. To do that requires knowledge of the space environment and the assets for anticipation. It also requires that active defence be set in place without delay, to counter the increasing threat.
The French military space sector must face up to new challenges in order to ensure its full independence. In the era of New Space, we have to identify the stakes and not fall prey to certain illusions. We need to bring our capabilities together and find the right balance between performance, efficiency and cost. The future of our defence depends on it.
France has for 60 years shown the need to access space freely with past French launch vehicles such as Diamant, and for the past 50 years with Ariane, of which the 6th generation has just entered service. Such French determination is more essential than ever in the face of international competition in which Europe has fallen behind in recent years compared with competitors such as SpaceX.
After decades of success the European space industry is today in difficulty: its structure is obsolete and its practices inefficient, and it lacks visibility and ambition. It is in great need of a major institutional and industrial shake-up to focus on a new future.
The space sector is undergoing considerable change with the arrival of new state actors and private entrepreneurs. International competition means a necessary increase in the rate of innovation. The Ministry of the armed forces is set up to respond to the challenges of New Space: the Agency for defence innovation (Agence de l’innovation de défense—AID) and the General directorate of armament (Direction générale de l’armement—DGA) are supporting companies in providing new capabilities in order to cover future operational needs.
The European space sector is a contrary actor: it has many capabilities yet its activity is complex and suffers a degree of rivalry between the European Union (EU) and the European Space Agency (ESA). This is clearly a handicap at a time of increasing international competition: a new start is needed in order to face up to the new challenges which, in time, risk marginalising Europe.
Historical Approaches
Defending national territory was the prime objective from the end of the First World War until the end of the Cold War. The dramatic failure of 1940 weighed heavily after 1945 as did the decolonisation conflicts. From the 1960s, our defence has been based on the three prongs of deterrence, protection and power.
In the summer of 2008, Russia rapidly beat Georgia as a result of Moscow’s massive use of air strikes. Although the balance of forces was highly disadvantageous for Tbilisi, the Russian air forces suffered considerable losses through failings in their command organisation and their equipment, failings said to have been overcome in 2022.
Viewpoints
Greenland has regularly excited American covetousness. President Donald Trump has bluntly reiterated his ideas for annexation and poured scorn on Denmark’s sovereignty. These US ambitions and declarations make it a divisive issue with Europe but they also send a signal to countries like France, which have overseas territories.
Artificial intelligence (AI) poses a real challenge for NATO, which risks being overtaken by our strategic competitors who have already dedicated considerable resources to the subject. There is a need for better coordination of work between the member countries—in particular on matters of ethics and responsibility. Read more
Opinions
Deterrence depends on a decision-making process in which man retains the central position. The development of artificial intelligence carries a risk of degrading this principle. And yet AI strengthens deterrence through better anticipation, and it improves discrimination in crisis management. AI will not replace man, but will help him in his decision-making.
The relationship between Iran and Russia is complex and ambiguous, and has a significant military dimension, given the support for Bashar al-Assad’s regime in Syria, that has grown with the war in Ukraine. Teheran supplies drones and missiles whilst Moscow transfers aeronautical and nuclear technologies. The question of an alliance of opportunity remains open.
Rare earth elements have been known since the 18th century and have recently become a major strategic economic factor, of the IT economy in particular. This has led to a race between China and the US for mining the minerals, often to the detriment of the environment and with the risk of diplomatic excesses as in the case of Greenland. In order to maintain its independence, France should not neglect its access to these resources.
The French space industry has long been constructed around major programmes such as Ariane. Faced with the New Space revolution, France has developed new sectors which draw on innovation, and has a dense network of start-ups that offer promising projects which allow the nation to remain competitive among international competition.
Chronicles
General André Beaufre died just fifty years ago. In the course of a very full career which led him to live through French defeats such as that of 1940 and Suez, he developed a major strategic organisation that is still relevant today, in particular regarding the deterrent and its relationship with conventional forces.
Nicaragua is increasingly becoming a totalitarian regime under the thumb of Daniel Ortega, the president, and his wife, the vice-president. Managua aligns with Beijing, benefiting from its economic aid, and with Moscow, for military aid. We need to keep a close eye on the policies of the new Trump Administration regarding this country now led by a virtual dictator.
Book Reviews
Le succès du tir VA263 ce 6 mars permettant à Ariane 6 – avec ce deuxième lancement – de mettre en orbite le satellite militaire CSO-3 a été un véritable soulagement pour l’Europe spatiale. Durant des décennies, celle-ci a bénéficié de la réussite des lanceurs Ariane 4 puis Ariane 5 avec un quasi-monopole, ayant certainement endormi les acteurs – dont les responsables politiques européens – sur la question de l’autonomie stratégique de l’accès à l’Espace. Depuis quelques années, le New Space autour des emblématiques Elon Musk et Jeff Bezos a totalement révolutionné le secteur, au point de marginaliser l’Europe avec la fin de l’exploitation d’Ariane 5 et le retard pris pour le développement d’Ariane 6 tandis que SpaceX engrangeait les tirs.
Certes, le tir du 6 mars rouvre la voie à l’Espace pour l’Europe mais il oblige aussi à revoir profondément notre relation au spatial avec, désormais, la dualité civilo-militaire du sujet. La compétition autour des orbites n’est plus pacifique mais bien stratégique. Ce que la France a toujours soutenu avec, à la fois la nécessité de l’autonomie pour les lanceurs depuis le premier tir de Diamant B et le satellite Astérix en 1965, et le besoin de satellites militaires en commençant par la famille Syracuse dès 1984, avec le vol V10 d’Ariane 3. Depuis, notre défense n’a cessé de s’appuyer sur l’Espace pour renforcer ses capacités avec de nombreux programmes permettant de développer à la fois des outils absolument indispensables pour la conduite des opérations autour du Commandement de l’Espace (CDE) créé en 2019, et des savoir-faire industriels en mutation permanente.
La RDN y avait consacré un dossier en décembre 2020. Au regard des transformations très rapides du domaine, il était indispensable de revenir sur le sujet tant les bouleversements se sont accélérés, y compris sur la question du rapport de l’Homme à l’Espace. Je remercie ici le général (2S) Philippe Steininger, conseiller du Centre national d’études spatiales (Cnes) pour avoir construit ce nouveau chapitre de la RDN avec un panorama complet, permettant à la fois de faire le pont et de comprendre les prochains défis avec une dimension européenne absolument nécessaire, même si le simple fait de travailler ensemble nécessite des efforts énormes de pédagogie et de persuasion.
À l’heure où les relations internationales sont bouleversées par les pratiques souvent imprévisibles de la nouvelle Administration Trump, la RDN propose d’autres éclairages permettant de décrypter ces changements et les enjeux de demain comme le Groenland ou les terres rares, avec la difficulté de relier le temps médiatique au temps stratégique sur un échiquier où les Fous et les Cavaliers ne cessent de changer les règles au détriment des Pions. ♦
La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.
Aucune contribution n'a encore été apportée.
La RDN est fière d'accompagner Nemrod – Enjeux contemporains de défense et de sécurité et ses auteurs dans la promotion de ce Cahier de la RDN. Venez retrouver l'équipe et les auteurs de « La guerre des sanctions » le mercredi 2 avril à la Librairie Pedone à Paris pour un temps d'échange sur ce sujet qui fait l'actualité.
Rendez-vous :
Mardi 2 avril
18h30-20h30
13 rue Soufflot – 75005 Paris
Librairie Pedone
Colloques, manifestations, expositions...
Institutions, ministères, médias...
136 pages