Le Commandement de l’Espace (CDE) a désormais 5 ans et ses responsabilités conditionnent nos capacités opérationnelles en fournissant un appui spatial. Cela nécessite une connaissance de l’environnement spatial et des moyens pour anticiper. Cela exige aussi une défense active qu’il faut désormais mettre en place sans délai pour contrer des menaces en hausse.
Tenir le haut : la composante spatiale dans la campagne militaire
Making a Difference: the Space Component in the Military Campaign
The French space command (Commandement de l’espace—CDE) marks its first five years. It is responsible for supplying the space support upon which our operational capabilities depend. To do that requires knowledge of the space environment and the assets for anticipation. It also requires that active defence be set in place without delay, to counter the increasing threat.
L’Espace est souvent considéré comme le point haut universel du champ de bataille, dont la possession confère un avantage opérationnel décisif. Milieu commun, il doit cependant aussi être partagé. Malgré les développements technologiques actuels, il reste difficile d’accès et difficile à observer. La surprise y reste constamment possible, et les réactions délicates à mettre en œuvre. Pour une Nation, maintenir sa liberté d’accès à l’Espace ainsi que sa liberté d’action recouvre des enjeux nombreux qui concernent directement ses forces armées. Le CDE (Commandement de l’Espace), qui vient de fêter ses cinq années d’existence, en est la manifestation directe.
L’appui spatial aux opérations, mission première de la composante spatiale
La démocratisation des technologies d’observation de la Terre a profondément modifié la conduite des opérations : sur un champ de bataille devenu quasi-transparent, manœuvrer et surprendre devient de plus en plus difficile. Dans un entretien accordé au magazine The Economist, le général Zaloujny, alors Commandant en chef des forces armées ukrainiennes, expliquait l’échec de la contre-offensive ukrainienne de 2023 en ces termes : « nous voyons tout ce que fait l’ennemi et il voit tout ce que nous faisons (1). » Si la Russie possédait de longue date des satellites militaires, l’Ukraine a, quant à elle, su habilement tirer parti des partenariats, notamment avec le secteur privé, n’hésitant pas à se reposer sur de l’imagerie commerciale pour alimenter son cycle de ciblage (2). Le nivellement permis par l’imagerie commerciale ouvre de fait la perspective de voir des acteurs nouveaux bénéficier d’avantages opérationnels jusqu’alors réservés à un nombre restreint d’armées régulières. À titre d’exemple, le groupe de mercenaires Wagner aurait eu recours à des capacités commerciales chinoises pour appuyer ses activités (3). Favorisée par la dualité intrinsèque des technologies spatiales, cette tendance est amenée à s’accentuer : certaines analyses estiment que 5 401 satellites d’observation de la Terre pourraient être lancés au cours des dix prochaines années, représentant une augmentation de 190 % par rapport à la décennie précédente (4).
Pour le commandeur militaire, disposer de capteurs spatiaux nombreux s’avère une condition nécessaire, mais non suffisante. Un autre enjeu réside dans la distribution rapide des informations et des ordres, en dépit des distances, des obstacles naturels et des perturbations du champ de bataille. Là aussi, le soutien apporté par les capacités spatiales n’a fait que se renforcer et devient essentiel lorsque tout tend à se jouer en temps réel. Les liaisons entre unités de commandement s’étendent progressivement vers la recherche de la connectivité entre unités tactiques, révolutionnée par l’apport des constellations de télécommunications en orbite basse. En effet, celles-ci ont la particularité d’offrir des couvertures beaucoup plus étendues que les satellites géostationnaires, mais aussi des liaisons rapides avec une bande passante importante. La guerre des drones menée en Ukraine présente un cas concret frappant. La faible latence permise par Starlink autorise ainsi la diffusion en temps réel de flux vidéo de drones d’observation, permettant par la suite des frappes réactives de haute précision, par d’autres drones, de l’artillerie ou d’autres moyens (5). Conceptualisé en France sous le vocable RM2SE (Réseau Multi-Senseurs, Multi-Effecteurs), ce principe de décentralisation par la connectivité jusqu’aux échelons tactiques est l’un des axes majeurs de recherche d’une plus grande efficacité opérationnelle. À cet égard, le Centre militaire d’observation par satellites (CMOS), gestionnaire technique des produits d’observation de la Terre pour les armées, a mis en place des initiatives pragmatiques permettant d’ores et déjà la distribution de certaines images (réservées autrefois aux échelons stratégiques) vers les unités élémentaires.
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