Défendre le territoire national a été l’objectif principal depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu’à la fin de la guerre froide. Le dramatique échec de 1940 a considérablement pesé à l’issue de 1945, tout en prenant en compte les conflits de décolonisation. À partir des années 1960, notre défense a reposé sur le triptyque dissuasion/protection/puissance.
La France : défendre le territoire de l’entre-deux-guerres à la fin de la guerre froide
Defending France: From the Inter-War Years to the End of the Cold War
Defending national territory was the prime objective from the end of the First World War until the end of the Cold War. The dramatic failure of 1940 weighed heavily after 1945 as did the decolonisation conflicts. From the 1960s, our defence has been based on the three prongs of deterrence, protection and power.
Défendre le territoire national et protéger les territoires de la France. Trois périodes se distinguent, de l’entre-deux-guerres à la fin de la guerre froide, par le contexte, par les acteurs et par les résultats. Une première période court des lendemains de la Grande Guerre jusqu’au désastre militaire et à l’effondrement politique de juin 1940 qui sanctionnent rudement l’échec des politiques de défense nationale comme les conceptions militaires qui y étaient associées. Une deuxième période va de la victoire alliée de 1945 jusqu’aux années 1966-1967, avec la protection du territoire confiée pour l’essentiel aux Alliés dans le cadre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (Otan). Une troisième période permet de mettre en place un triptyque singulier, dans le contexte de l’indépendance nationale : la dissuasion nucléaire, la protection des territoires et la puissance militaire, conjuguées dans la loyauté à l’égard des alliances de la France (1).
Comment comprendre 1918, la victoire et la reconquête des territoires perdus jusqu’à un découpage du territoire national, entre 1940 et la Libération, en six zones distinctes dont aucune n’est libre, si toutes sont soit annexées par le Reich, soit occupées tôt ou tard par les armées allemandes et italiennes, soit vassalisées et soumises à un régime né dans et par la défaite ? Dès les lendemains de la Grande Guerre, la protection de la terre et des hommes fut pourtant une véritable obsession des gouvernements successifs comme des responsables militaires, dans la ligne des années 1874-1880 et des fortifications du système défensif du général Séré de Rivières. Protéger les territoires du Nord et de l’Est, tenir sur le Rhin, assurer des alliances de revers et mobiliser l’Empire. L’expression inachevée de cette époque, c’est la ligne Maginot.
Les années qui suivent la victoire des Alliés de 1945 s’inscrivent dans un tout autre contexte. Si les armées françaises ont pu prendre Stuttgart et Karlsruhe en avril 1945, ces villes ne figurent pas dans la zone d’occupation concédée à la France en juillet 1945. À partir des années 1950 et dans le cadre de l’organisation militaire de l’Alliance atlantique, les formations de combat françaises qui y sont intégrées se concentrent au Nord, à l’Est, en Allemagne, tandis que la France se couvre de casernes, de bases aériennes et de dépôts alliés, que les usines d’armement y prennent leur essor et qu’elle devient une base arrière de l’Otan dans les territoires. La défense des territoires de la France est dès lors assurée par les Alliés et par une Armée française qui consacre dans le même temps une part majeure de ses forces aux conflits indochinois (1945-1954) puis algérien (1954-1962).
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