Les terres rares – bien que découvertes depuis le XVIIIe siècle – sont devenues un enjeu stratégique majeur pour l’économie, notamment numérique. D’où la course aux gisements, au détriment de l’environnement souvent, de la part de la Chine et des États-Unis, au risque de dérapages diplomatiques comme pour le Groenland. La France ne doit pas négliger les accès à ces ressources afin de maintenir sa souveraineté.
Terres rares : enjeux stratégiques
Rare Earths and Strategic Stakes
Rare earth elements have been known since the 18th century and have recently become a major strategic economic factor, of the IT economy in particular. This has led to a race between China and the US for mining the minerals, often to the detriment of the environment and with the risk of diplomatic excesses as in the case of Greenland. In order to maintain its independence, France should not neglect its access to these resources.
Les terres rares, désignées par l’acronyme REE (Rare Earth Element), sont omniprésentes et indispensables dans les technologies de pointe dont l’industrie d’armement. Contrairement à ce que suggère leur appellation, elles sont très répandues sur la croûte terrestre. Leur rareté fait référence à leur difficulté de récupération qui nécessite l’extraction de grands volumes de matière ainsi que des opérations de purification et de séparation très coûteuses en eau, en énergie et en produits chimiques polluants. En raison de leur présence dans de nombreux objets électroniques et numériques, et de leur rôle fondamental dans le développement des techniques modernes de communication, ces pépites industrielles revêtent une dimension hautement stratégique. Par ailleurs, cette donnée prend une signification particulière du fait que les deux principaux pays producteurs de terres rares sont la Chine et les États-Unis, deux grandes puissances qui s’affrontent pour obtenir la souveraineté sur ces nouveaux trésors de l’économie mondiale. Qui plus est, ces matières premières sont bel et bien devenues des enjeux dans les négociations des conflits mondiaux (Ukraine (1)).
Utilisation
Le nom de terres rares a été aussi donné à ces minerais en raison de leur découverte tardive à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. L’aventure a débuté en 1787 lorsqu’un minéralogiste suédois, qui visitait les carrières de feldspath d’Ytterby en Suède, y découvre un minéral noir qu’il nommera donc « ytterbite. » Un nouvel oxyde sera alors identifié et prendra l’appellation d’yttrium pour l’élément qui lui correspond. Les terres rares représentent aujourd’hui dix-sept éléments : leur nom provient du lieu de la découverte (Ytterby pour l’yttrium, Scandinavie pour le scandium), du nom d’un découvreur (le chimiste finlandais Johan Gadolin pour le gadolinium, l’ingénieur des mines russe Vassili Samarski pour le samarium), de la mythologie (Cérès pour le cérium, Prométhée pour le prométhium, Thulé pour le thulium) (2).
Ces minerais stratégiques constituent une ressource cruciale pour de nombreuses industries : aimants, téléviseurs, disques durs, smartphones, batteries pour véhicules électriques, ampoules à basse consommation, pots catalytiques, éoliennes, blindages de réacteurs nucléaires, filtres micro-ondes, fibres optiques, etc. (3). Elles sont également présentes dans le secteur médical : appareils et robots utilisés dans certaines opérations chirurgicales, curiethérapie (4) pour le traitement du cancer. Ces corps minéraux jouent aussi un rôle prépondérant dans les opérations de polissage sur la surface de nombreux produits industriels et les alliages métallurgiques employés dans la construction aéronautique et le secteur de l’armement. Dans le système optronique du Rafale, on utilise ainsi du néodyme et de l’yttrium. Dans un missile, on trouve également du néodyme. Cette dépendance aux terres rares des domaines militaire et aérospatial a d’ailleurs été soulignée dès 2015 par le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) dans un panorama consacré à ces minerais indispensables (5). Dans ce document, on relève notamment cet avertissement : « Sans les terres rares, pas d’aéronautique, pas de satellites, pas d’électronique. La plupart des industries françaises des secteurs de l’aéronautique, du spatial et de la défense (Safran, Thales, EADS, Dassault Aviation, MBDA, etc.) sont susceptibles de trouver des terres rares (6). » Trois ans avant la publication de ce rapport, l’État français avait, dans ce but, créé un comité pour les métaux stratégiques (COMEX) pour réfléchir et « faire des propositions auprès du ministre chargé des mines dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique de gestion des métaux stratégiques. » (7).
Il reste 76 % de l'article à lire
Plan de l'article