Le général André Beaufre est décédé il y a juste cinquante ans. Tout au long d’une carrière dense et l’ayant conduit à vivre de près les échecs français comme 1940 et Suez, il a développé une œuvre stratégique majeure qui reste d’actualité, notamment sur la dissuasion et sa relation avec le conventionnel.
Histoire militaire - Général André Beaufre (1902-1975)
Military History—Général André Beaufre (1902-1975)
General André Beaufre died just fifty years ago. In the course of a very full career which led him to live through French defeats such as that of 1940 and Suez, he developed a major strategic organisation that is still relevant today, in particular regarding the deterrent and its relationship with conventional forces.
André Beaufre voit le jour à Neuilly-sur-Seine le 25 janvier 1902 où son père est distillateur. Il intègre l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1921, avec la « Promotion du Souvenir », d’où il sort en 1923 au 5e Tirailleurs algériens à Alger, imprimant d’emblée à sa carrière une connotation « africaine ». Dirigé sur le Maroc pour participer aux opérations de la guerre du Rif, il y est grièvement blessé en 1925. Admis en 1930 à l’École supérieure de Guerre avec la 52e Promotion, en limite d’âge basse, il sera encore lieutenant au moment où il sera breveté. Beaufre ne conservera pas un souvenir impérissable de la formation qu’il a reçue à l’ESG, la chape de plomb du dogme du front continu de 1918 constituait à cette époque, l’unique schéma de pensée. Le conformisme y était alors étouffant. Un autre stagiaire, de Gaulle, avait fait le même constat quelques années auparavant. Devant l’indigence de l’enseignement militaire supérieur de cette époque, Beaufre suit alors en parallèle, les cours de l’École libre des sciences politiques de Paris. À sa sortie de l’École militaire, désirant retourner en Afrique du Nord, Beaufre est affecté à l’état-major du général commandant supérieur des troupes en Tunisie, séjour au cours duquel il participe à la conception de la Ligne Mareth (1). À l’issue, il rejoint Paris et l’État-major de l’armée. Il y retournera, la veille de la guerre, après son temps de commandement de capitaine dans le Sud marocain au 2e Tirailleurs marocains. Au cours de ses affectations Boulevard Saint-Germain, il ne peut qu’y constater l’immobilisme et la sclérose de notre Haut commandement.
Début août 1939, Beaufre fait partie de la malheureuse mission Doumenc, chargée de négocier un accord militaire entre les Alliés (France et Grande-Bretagne) et l’URSS, mission rapidement rendue caduque par la signature du pacte de non-agression germano-soviétique (pacte Ribbentrop-Molotov). À son retour en France, il rejoint le Grand quartier général (GQG), peu après la déclaration de la guerre. Beaufre va donc suivre la débâcle de 1940 « de l’intérieur », au 3e bureau du GQG. Cette expérience de l’effondrement de notre système militaire le marquera pour toute sa carrière.
Après l’armistice, Beaufre retourne à nouveau en Afrique du Nord. Il est affecté au cabinet militaire du Gouverneur général de l’Algérie Jean-Marie Charles Abrial, affectation qu’il conserve après l’arrivée à ce poste du général Weygand. Cette situation lui permet de nouer de nombreux contacts, notamment avec M. Murphy, Consul général des États-Unis. Taxé de « sentiments gaullistes », il est arrêté, transféré en France et incarcéré pendant six mois. Placé en position de non-activité par Vichy, Beaufre multiplie les contacts avec Alger, l’EMA et la Résistance. Il est introduit par le lieutenant-colonel de Linarès auprès du général Giraud, récemment évadé d’Allemagne. Au cours de cette retraite forcée, Beaufre met ses idées stratégiques au clair et rédige ce qu’il publiera bien des années plus tard sous le titre Introduction à la stratégie. À la veille du débarquement allié en AFN, grâce à ses contacts avec le réseau Alliance, il organise son évasion avec Giraud par Gibraltar à bord d’un sous-marin britannique afin de rallier l’Afrique du Nord qui allait rentrer dans la guerre.
Il reste 83 % de l'article à lire
Plan de l'article