Après un rapide rappel de la laborieuse montée en puissance de l'Europe de la défense, puis de l'accélération donnée à Saint-Malo, entretenue à Helsinki, Cologne et Feira, le bilan de Nice, particulièrement positif pour la défense, est dressé. Les suites à donner à ce sommet sont développées : mettre en place un dispositif de gestion de crise et se doter d'une capacité autonome d'appréciation, de décision et d'action. Au-delà, il faudra bien s'intéresser aussi à la défense collective, ce qui implique de clarifier les relations de l'Europe avec l'Otan, et donc avec les États-Unis. Déjà la cohérence des actions à mener dans tous les domaines exige des États membres une vision commune de l'Europe qu'ils veulent construire, et une volonté sans faille d'y aboutir.
La défense européenne après le conseil européen de Nice
Il y a tout juste trois ans, au début de 1998, la situation de la défense européenne, c’est-à-dire la défense de l’Europe sous la responsabilité des Européens, paraissait assez décourageante. Pendant une quarantaine d’années, l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) (1) avait été la seule organisation européenne compétente en matière de défense ; mais elle s’était, dès son origine, dessaisie de ses principales responsabilités au profit de l’Otan. En 1991, avec le traité de Maastricht (2), était née l’Union européenne (UE), qui s’était donné pour objectifs la définition d’une politique commune de défense, puis la mise sur pied d’une défense commune ; mais les effets concrets de cette décision se révélaient bien maigres.
L’Union européenne et l’Union de l’Europe Occidentale restaient distinctes. Le rôle pilote de l’UE était affirmé, mais l’intégration de l’une dans l’autre n’était évoquée que comme une perspective à encourager. Les missions de Petersberg (3), précédemment définies par l’UEO, étaient désormais considérées comme des actions possibles de l’UE, mais tout engagement européen important nécessitait le recours aux moyens de l’Otan et un « feu vert » de celle-ci, donc des États-Unis. Quant à la défense collective (réponse à une agression) des États européens, elle restait « réalisée dans le cadre de l’Otan », en dépit de la responsabilité que l’article V du traité de Bruxelles confère en la matière à l’UEO.
Ainsi, sept ans après Maastricht, une grande confusion régnait et la mise sur pied de la défense européenne se trouvait bloquée. Deux causes principales expliquaient cette situation.
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