Asie - Quelle indépendance pour le Timor-Oriental ?
Après plusieurs siècles d’occupation portugaise, puis indonésienne pendant vingt-quatre ans, suivis de trois ans d’administration par l’ONU, le Timor-Oriental est devenu le 192e État souverain de la planète. D’une extrême pauvreté, l’ancienne 27e province de la république d’Indonésie, ne peut survivre sans l’aide massive de la communauté internationale ou d’un pays protecteur. Dans l’immédiat, l’ONU restera présente sous forme d’une mission d’assistance.
La descente aux enfers
Après avoir occupé le Timor-Oriental pendant près de quatre siècles, sans avoir fait d’efforts pour le développer, les Portugais quittent ce territoire en août 1975 (1), tandis qu’il s’enfonce dans une guerre civile qui fait 3 000 victimes. L’indépendance est proclamée le 28 novembre par le principal mouvement politique, le Front révolutionnaire pour l’indépendance du Timor-Oriental (Fretilin) (2), mais les autres partis font appel à l’Indonésie qui envahit le pays le 7 décembre et, ignorant la condamnation unanime de l’ONU qui lui demande de se retirer (3), l’intègre officiellement le 17 juillet 1976. Ensuite, une rébellion conduite par l’Armée nationale de libération (Falintil), durement réprimée par l’armée indonésienne, s’organise sous la direction d’un Conseil national de résistance du Timor (CNRT) dirigé par Kay Rala « Xanana » Gusmao. Pendant le quart de siècle que dure ce conflit, 200 000 personnes, soit le quart de la population, sont victimes de la répression ou de la famine, dans l’indifférence générale. Après la victoire des communistes en Indochine, le régime du général Suharto fait alors figure de rempart contre l’extension du communisme en Asie du Sud-Est. Il faut attendre le massacre de Santa Cruz (4), le 12 novembre 1991, et la fin de la guerre froide, pour que la cause timoraise trouve droit de cité, comme le prouve l’attribution du Prix Nobel de la paix à Mgr Belo, évêque de Dili, et M. Ramos-Horta, l’infatigable ambassadeur de la cause timoraise. La chute du général Suharto, en mai 1998, permet de débloquer la situation lorsque son successeur, M. Yusuf Habibie, accepte la tenue d’un référendum sous le contrôle de l’ONU (5). Celui-ci a lieu le 30 août 1999, malgré les dévastations provoquées par des milices pro-indonésiennes encouragées par l’armée afin d’empêcher ce référendum, puis d’influencer son résultat. Après le vote, les massacres continuent jusqu’à l’envoi d’une force d’interposition multinationale (6) qui arrive le 20 septembre. Le 19 octobre 1999, l’Indonésie renonce officiellement à sa souveraineté sur le Timor-Oriental.
La transition onusienne
Le secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan met tout en œuvre, malgré de nombreuses réticences, pour accompagner le Timor-Oriental vers l’indépendance totale après une période de tutelle de trois ans. C’est ainsi que, le 25 octobre 1999, est créée l’Autorité transitoire des Nations unies pour le Timor-Oriental (Atnuto) (7), dirigée par un administrateur portugais, M. Sergio Viera de Mello. Le pays est en ruine ; les milices pro-indonésiennes ont tué plus d’un millier de personnes, rasé 80 % des maigres infrastructures et emmené plus de 250 000 civils dans leur repli au Timor-Occidental, alors que plus de 250 000 autres personnes ont dû fuir leur foyer.
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