La requête budgétaire du Pentagone pour l’année fiscale 2004 confirme la progression des budgets de défense et le maintien d’un effort important en R&D ; ainsi que les tendances haussières amorcées en fin d’Administration Clinton, accentuées par l’actuelle Administration. Par ailleurs, les opérations en Irak viennent de renforcer la main du secrétaire à la défense D. Rumsfeld qui entend déjà capitaliser sur ces succès pour accélérer le processus de Transformation.
À ce rythme, l’écart grandissant entre les capacités budgétaires américaines et européennes — conjugué à l’évolution de la vision stratégique des États-Unis et de leurs concepts d’emploi des forces — pourraient bien ne plus permettre d’envisager d’actions interalliées transatlantiques de type coercition aux bas niveaux de l’action militaire.
Un double phénomène conduit aujourd’hui à la nécessité de redéfinir la notion d’interopérabilité. À l’horizon 2015, l’écart grandissant entre les budgets de défense américain et européens, conjugué à l’évolution de la vision stratégique des États-Unis et de leurs concepts d’emploi des forces, ne permettra plus d’envisager d’actions interalliées transatlantiques de type coercition aux bas niveaux de l’action militaire. Si l’on entend préserver pour l’avenir une capacité d’action multinationale euro-américaine qui ne se limite pas à l’intégration, transparente, de modules opérationnels nationaux au sein de systèmes de forces américains, il convient de préciser dès maintenant, par niveau d’action et nationalité des partenaires, les objectifs à atteindre en termes d’interopérabilité.
De l’évolution de la notion d’interopérabilité
Telle qu’elle est encore comprise aujourd’hui, la notion d’interopérabilité s’est construite, dans les esprits tant américains qu’européens, dans la similitude des projets stratégiques majeurs de la guerre froide. Reflet du besoin de coordonner les efforts en vue de l’action commune, l’interopérabilité se fondait sur la compatibilité des équipements et l’harmonisation des procédures opérationnelles, dans la volonté de se comprendre aussi bien techniquement que culturellement. Il s’agissait de pouvoir conduire ensemble, à l’avant, la stratégie d’endiguement du communisme impérial : les forces multinationales stationnées à l’ouest du rideau de fer devaient mener une manœuvre commune, aux ordres d’un chef militaire unique, sous une autorité politique momentanément supranationale.
Standardisation
Cette interopérabilité se traduisait par la standardisation « otanienne » des équipements et doctrines d’emploi ; la similarité des niveaux technologiques la rendait possible.
De l’évolution de la notion d’interopérabilité
Standardisation
Une interopérabilité de plus en plus difficile au niveau tactique
Des équipements de plus en plus différents
Des concepts d’emploi divergents
Une évolution stratégique américaine qui tend encore à accroître le phénomène
Une connaissance mutuelle dégradée
Une interopérabilité qui passionne moins les Américains