Pages d'histoire - Un sauvetage d'aviateurs alliés
Réussir à se sauver par parachutage d’un avion en flamme ou blessé à mort est déjà une chance. Mais, cet exploit réussi, d’autres difficultés se présentent. Peu d’initiative ; on devient passif, ballot livré aux bonnes volontés. En 1941, un bombardier britannique, atteint par la D. C. A. de Brest, dut amerrir en pleine nuit sur la baie de Douarnenez ; l’équipage put se réfugier dans le canoë de caoutchouc ; le jour venu, on le vit hésitant, ne sachant où toucher terre ; vers midi seulement, les naufragés se déterminèrent. Les riverains les avaient identifiés ; impuissants, navrés, ils assistèrent à leur capture par les guetteurs allemands nombreux en cette zone côtière interdite. S’ils avaient accosté de nuit, j’ai lieu de croire que leur sort eût été autre.
Trouver un gîte convenable n’est pas simple ; tout foyer n’est pas propice ; il faut éviter les indiscrétions : c’était problème difficile à résoudre que celui de l’alimentation et il faut savoir établir des cartes d’identité. Un aviateur britannique, tombé dans la campagne brestoise, fut hébergé successivement dans une dizaine de maisons où, pour divers motifs, il ne pouvait séjourner longtemps ; il échoua finalement dans une propriété rurale pour y demeurer quatre mois. Qu’en faire ? Le conserver n’était ni but, ni solution. Lorsqu’au printemps de 1942, je dus m’échapper moi-même, je le pris en charge. Il ne parlait pas français et je ne connaissais guère mieux sa langue.
Dans le trajet, depuis la ligne de démarcation jusqu’à Lyon, nous croisâmes à deux reprises, aux gares, des hommes mal vêtus, avec barbes de huit ou quinze jours, cheveux en broussaille, menottes aux mains, entre des gendarmes. Mon aviateur anglais me jetait un regard interrogatif ; je pus lui faire comprendre que, si je n’étais pas avec lui, un sort identique lui était réservé. Au lieu de passage de la ligne de démarcation, j’avais appris que deux autres aviateurs britanniques venaient, eux aussi, de pénétrer en zone libre et avaient pris la direction du Sud, des Pyrénées, seuls, sans guide et parlant très mal le français ; j’augurais bien mal de leur entreprise. Troublé par ces rencontres, de Lyon je fis parvenir un message à Londres pour dire l’urgence d’organiser un service de sauvetage de ces naufragés de l’Air, m’offrant même à cette besogne. Ma destinée fut différente. D’autres que moi exprimèrent sans doute une identique suggestion.
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