Aspects stratégiques et militaires
L’Europe de l’Est est dans une phase de changements et de perturbations considérables. Les multiples ramifications qui se sont produites depuis des siècles en Europe ont occasionné des mélanges d’ethnies, de religions, de nations, qui retrouvent aujourd’hui une certaine expression, de sorte que réapparaît la trace de frontières, de séparations, qui ont été dans bien des cas imposées par la force. À l’est de cette mosaïque s’étend la puissante Union Soviétique qui fait partiellement partie de l’Europe. Tout accord qui pourrait être négocié exclurait donc pratiquement la moitié du territoire d’un des partenaires de cet accord.
En ce moment l’autorité de l’URSS est contestée. Elle l’est par ses anciens satellites, elle l’est même à l’intérieur de ses frontières, ce qui entraîne l’utilisation des chars soviétiques en unités de maintien de l’ordre.
On peut tout de même craindre que cette révolution qui s’exprime à des degrés divers dans tous les pays de l’Est bouleverse les conditions de la défense occidentale. Les frayeurs d’antan, celles de la guerre froide, laissent paradoxalement aujourd’hui un souvenir assez rassurant de stabilité. Régis Debray n’écrit-il pas dans son ouvrage Tous azimuts : « Regrettera-t-on par ici en l’an 2000 l’Éden de 1947 ? L’Europe du grand dégel Est-Ouest sera plus dangereuse que celle de la guerre froide, car plus destructrice. En se libérant de l’ordre terrible et simple issu de Yalta, notre continent s’expose à des désordres incontrôlables, volatils, contagieux, et l’Europe des peuples retrouvant un bel appétit de liberté risque de chambouler les sages constructions diplomatiques de l’Europe des États et des traités entre alliances ». Voilà une vision certainement lucide, probablement réaliste, mais qu’il convient toutefois de contrebalancer par celle des quelques effets bénéfiques nés de ce bouleversement.
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