Du renseignement à l'intelligence stratégique
Renseignement : ensemble des moyens visant à obtenir de l’information sur l’environnement des organisations humaines. Je voudrais traiter quatre points : premier point, les nouvelles priorités du renseignement ; deuxième, les nouveaux moyens du renseignement et de l’intelligence ; troisième, quelles sont les priorités en France, en ce qui concerne l’intelligence ? et quatrième, que dire, à ce sujet, de la coopération internationale, européenne et euro-américaine ?
Les nouvelles priorités
La priorité absolue, assez traditionnelle mais qui a profondément évolué depuis l’effondrement du bloc soviétique, est ce que j’appellerai les États et les organisations para ou subétatiques agressifs. Malheureusement, nous ne vivons pas dans un environnement pacifique, et contrairement aux espoirs formulés, nous ne sommes pas entrés dans l’ère de la fin de l’histoire, où les conflits disparaîtraient au profit de simples problèmes de développement économique. Il suffit de voir ce qui s’est passé en Europe depuis l’explosion de l’Union soviétique en décembre 1991, avec la multiplication des conflits, avec évidemment le plus tragique d’entre eux, celui en ex-Yougoslavie ; en Asie, au Proche-Orient, en Afrique où les conflits tribaux se poursuivent, et en Amérique latine où les guérillas et différentes opérations à la limite de la criminalité organisée se sont également poursuivies.
Notre monde n’est pas pacifié, et s’est même fragmenté ; la tâche de ceux qui ont des responsabilités de renseignement et d’intelligence est donc beaucoup compliquée. Je crois que c’est l’opinion de M. Robert Gates, et il a profondément raison. Il est beaucoup plus compliqué aujourd’hui de diriger et définir les priorités et l’allocation des ressources d’une organisation chargée de recueillir du renseignement qu’il ne l’était auparavant, alors qu’il n’y avait entre États qu’un seul adversaire à l’Est, l’Union soviétique, un seul adversaire à l’Ouest, l’Otan et les États-Unis. Maintenant, nous avons une fragmentation d’agresseurs potentiels. Malheureusement, nous avons constaté que ces derniers sont non seulement étatiques, mais para-étatiques ; ils disposent de moyens de plus en plus importants, d’organisations régionales, tribales, tandis que des minorités, pour des raisons souvent légitimes, veulent s’instaurer en État, en disposant de moyens très impressionnants. De plus, existent des groupements terroristes. Il suffit d’observer, par exemple, la capacité d’une minorité, courageuse, disposant d’une tradition combative séculaire, comme les Tchétchènes, ce petit peuple qui a la capacité d’empêcher sa conquête et sa destruction totale par la Russie depuis plus d’un an grâce à des actions audacieuses. On a vu poindre récemment un début de menace de l’utilisation de la dissémination de matériaux nucléaires à des fins terroristes comme moyen de pression sur l’État russe. Si, en dehors de toute considération éthique, le drame du peuple tchétchène et celui des familles des innombrables soldats russes tués dans cette affaire méritent le respect et l’espoir que ce conflit s’arrête, d’un strict point de vue de Real Politik, il est plein d’enseignements pour les analystes de la stratégie. Ce qui s’est passé en Bosnie est un autre exemple. En France, où la montée en puissance d’un terrorisme a été certes déjouée après quelques moments tragiques par nos services de sécurité, on a vu utiliser de nouvelles techniques, le GSM ou Internet, par les mouvements terroristes islamiques ; ainsi les technologies les plus pointues et les idéologies les plus fanatiques peuvent coexister.
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