L'Occident et le choc des civilisations
Dans le premier quart de siècle que nous allons aborder, il est probable que les conflits internationaux seront caractérisés par les quatre dominantes suivantes : premièrement, les conflits majeurs qui opposeront les peuples ne seront pas d’origine politique, économique ou idéologique, mais culturelle ; deuxièmement, la forme de conflit violent qui prévaudra sera due au dynamisme démographique des peuples musulmans qui fait de la résurgence de l’islam une des caractéristiques principales du monde contemporain ; troisièmement, les formes de conflits potentiellement les plus dévastateurs seront provoquées par le dynamisme économique des pays asiatiques, en particulier par la montée de la Chine comme puissance dominante de l’est de l’Asie ; quatrièmement, bien que la résurgence islamique et la montée en puissance de la Chine constituent des défis majeurs pour l’Occident et l’ordre international placé sous son égide, ils seront limités dans le temps et s’estomperont peu à peu, vraisemblablement vers la fin du premier quart de ce XXIe siècle.
Le choc des civilisations
La période de l’après-guerre froide souligne de plus en plus clairement que les distinctions essentielles entre individus ne sont pas de nature idéologique, politique ou économique, mais culturelle. Le monde est en butte à une crise d’identité générale, et sur l’ensemble de la planète les peuples et les nations tentent de répondre à la question : qui sommes-nous ? Ils y répondent de la façon la plus traditionnelle qui soit, en faisant référence à ce qui leur tient le plus à cœur, à savoir leurs ancêtres, leur religion, leur langue, leur histoire, leurs valeurs, leurs coutumes, leurs institutions. Ils s’identifient aux groupes culturels, qu’il s’agisse de tribus, de groupes ethniques, de communautés religieuses, de nations, enfin de civilisations. Les hommes usent de la chose politique non pas seulement pour servir leurs intérêts, mais aussi pour définir leur identité. Nous savons qui nous sommes lorsque nous savons avec certitude qui nous ne sommes pas et que nous avons identifié notre ennemi.
Aujourd’hui, les États nations sont toujours les principaux acteurs de la scène mondiale. Néanmoins, il faut avoir conscience que les plus importants groupements d’États ne sont plus les trois blocs enfantés par la guerre froide, mais plutôt les grands groupes culturels qui, dans le monde, représentent les sept ou huit civilisations majeures. À ce propos, il est intéressant de noter que dans son dernier livre, Henry Kissinger affirme que le système international du XXIe siècle comprendra au moins six puissances principales : les États-Unis, l’Europe, la Chine, le Japon, la Russie, et probablement l’Inde. Notons que ces six puissances seront aussi les principaux États d’au moins cinq civilisations très différentes et qu’à celles-ci viendront s’ajouter des États islamiques importants, dont la position stratégique, une démographie galopante, des ressources pétrolières substantielles leur conféreront une influence réelle dans la conduite des affaires du monde. À l’heure actuelle, les huit pays démographiquement les plus importants appartiennent à huit civilisations différentes, les sept économiquement les plus riches à cinq civilisations différentes, et l’on prévoit que, vers l’an 2020, les cinq premières puissances économiques du monde représenteront cinq civilisations différentes.
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