Le Kosovo : une nouvelle forme de conflit dans l'après-guerre froide
Exemple redoutable d’une « nouvelle forme de conflits », la guerre du Kosovo témoigne du désarmement mental et matériel de nos états-majors suite aux conséquences stratégiques de la chute de l’empire soviétique. Le général Poirier, dès 1994, avait relevé cette « crise des fondements » qui, devant une situation imprévue, nous abandonne sans concepts ni moyens. La France se retrouve — grande première depuis deux siècles — sans ennemi prédéterminé (Allemagne, puis bloc de l’Est). Deuxième perspective inédite, les conflits à venir seront plutôt menés hors de nos frontières (problème des « projections »). Les anciens réflexes ne jouent plus, ou jouent à contretemps. Les nouveaux principes géopolitiques justifiant nos engagements se font attendre. D’où l’extrême confusion pratique et théorique suscitée par l’intervention au Kosovo.
Une confusion analogue règne dans les autres pays alliés ; en témoignent les débats de la presse internationale et de mémorables renversements de position : tandis que les leaders républicains, à Washington, se réclament de Joan Baez et entonnent les vieux refrains contre la guerre du Vietnam (qu’ils ont toujours approuvée), les chefs occidentaux de la campagne anti-Milosevic de l’Otan sont d’anciens militants pacifistes et antinucléaires (J. Fischer, T. Blair, B. Clinton). La nouveauté de la situation implique une réforme de l’entendement stratégique, qui est à peine envisagée par les responsables. D’où les hésitations, piétinements et erreurs qui marquent l’engagement au Kosovo. D’où la nécessité d’apprendre, à partir de nos tâtonnements.
Je vous propose de relever trois erreurs principales. Aucune d’elles n’est purement technique ou tactique. La faille est plus profonde, d’ordre intellectuel : on ne sait pas qui, comment et jusqu’où on combat ; la conséquence pratique est inévitable : on tâtonne dans le noir. Paraphrasons Kant : sans concept, l’intuition du chef de guerre est aveugle.
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