Cet article est le prolongement d'une étude de l'auteur sur la désinformation, "Les coulisses de la désinformation", publiée dans la revue en mai 1996. Dans la présentation des donnée historiques, sociologiques et politiques de la propagande, l'auteur montre notamment les conséquences néfastes de cet art de la ruse qui a façonné un monde en trompe-l'œil et qui utilise des moyens de plus en plus performants pour manipuler les esprits.
Les vertus pernicieuses de la propagande
La propagande est une entreprise organisée pour influencer l’opinion. Le but de cette manigance est de convaincre, voire d’endoctriner, une population pour lui faire adopter une ligne de conduite déterminée. Elle utilise un langage destiné aux masses et s’appuie donc sur des paroles, des symboles et des mythes qui sont véhiculés par des orateurs talentueux, des opérations publicitaires habilement orchestrées et les moyens de communication les plus en vogue. Ce phénomène constitue le mode d’action privilégié des régimes autoritaires pour faire passer un peuple sous les fourches Caudines d’un dictateur ou d’un parti.
Cet art du bluff est aussi pratiqué, sous différentes formes, par les pays démocratiques à l’occasion des campagnes électorales et par les mouvements protestataires de toutes sortes qui veulent rallier le maximum de partisans à leur cause. Dans ce grand jeu de la persuasion, il s’agit de créer une authentique psychose des foules pour les amener à partager les convictions d’un chef ou d’une formation. Toutefois, les propagandistes sont très souvent des marchands d’illusion qui entretiennent une dynamique de mensonges. Une fois conditionnées, les consciences collectives se confinent alors dans un comportement aveugle de soumission et de soutien aux thèses proférées par l’appareil de propagande. Dans ce théâtre de la supercherie, les couches populaires sont insérées dans un monde d’intoxication des esprits qui les isole des réalités. La longue histoire de l’humanité nous montre que cette conversion des mentalités a toujours été une activité dominante.
Une place importante dans l’histoire
Dès l’Antiquité, les grands orateurs ont utilisé la puissance du verbe pour déconsidérer un opposant. Dans ce registre, la plupart des historiens s’accordent à voir en Cicéron le maître incontesté du pamphlet politique. À la mort de César (44 avant J.-C.), le célèbre avocat entreprit de « démolir » le général Marc Antoine qui avait pris le pouvoir à Rome. Ses fameux discours (les quatorze Philippiques) qui dévoilaient « les traîtrises, les sacrilèges et les turpitudes » de son adversaire soulevèrent l’indignation populaire. Vingt siècles plus tard, les harangues de l’illustre tribun sont toujours considérées comme un modèle de composition qui révèle un sens extraordinaire de l’invective, de l’ironie et de l’admonestation. La rhétorique de Cicéron a souvent servi de référence aux prédicateurs éloquents et aux dictateurs charismatiques pour enivrer les foules. La propagande a d’ailleurs toujours constitué un moyen efficace pour forger une opinion de masse. Pour conquérir les esprits, le dirigeant arabe appelant à la guerre sainte met en œuvre les mêmes artifices que ceux utilisés naguère par le moine « illuminé » prêchant la croisade. De même, les discours d’un candidat en période électorale ne sont pas sans rappeler les exhortations des orateurs politiques sur l’agora de l’antique Grèce.
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