Gendarmerie - À propos du recrutement des officiers de Gendarmerie
Dans sa configuration actuelle, et pour un observateur extérieur, le système de recrutement des officiers de gendarmerie présente trois caractéristiques majeures : son hétérogénéité ; l’absence d’une authentique voie de recrutement externe ; un problème d’adaptation avec l’évolution de son environnement social. Le propos de cette chronique est d’aborder quelques thèmes de réflexion sur une question si importante qui, au moins depuis le début des années 90, a fait l’objet et continue de faire l’objet de discussions et de débats dans les rangs de la gendarmerie.
L’étude des procédures de recrutement des officiers de gendarmerie permet de dénombrer pas moins d’une dizaine de voies différentes. Gage de diversité et de complémentarité, le pluralisme en ce domaine peut aussi produire une certaine carence en termes d’unité. Dans le cas de la gendarmerie, il est souvent présenté comme l’une des principales causes du manque de cohésion qui peut être observé au sein du corps des officiers, avec sa division, schématiquement, en quatre classes hiérarchisées, symboliquement différenciées et d’importance quantitative croissante : l’élite militaro-technicienne (officiers issus des grandes écoles militaires, notamment de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr) ; les transfuges des armées (officiers ayant commencé leur carrière dans l’armée de terre) ; le niveau intermédiaire (anciens officiers de réserve et sous-officiers de gendarmerie titulaires d’un diplôme de second cycle) ; la troupe (anciens sous-officiers et majors de gendarmerie). La base de cette pyramide va d’ailleurs se consolider dans les années à venir, compte tenu de l’augmentation massive, à l’horizon 2005, du nombre d’officiers recrutés parmi les sous-officiers et les majors, de sorte que les tendances actuellement observées — notamment cette situation non reconnue de stratification socioprofessionnelle — devraient logiquement s’accentuer. Cette segmentation du corps des officiers, qui est liée aux disparités importantes des procédures de recrutement, crée, compte tenu des différences en termes de perspectives de carrière et d’emploi, mais aussi dans la considération professionnelle et les relations internes, des sentiments et des réactions empreints de frustration et de division.
La gendarmerie recrute la totalité de ses officiers au sein de l’institution militaire (armées et gendarmerie), alors que — et sans mettre en cause sa caractéristique essentiellement militaire, condition première de sa particularité et de son existence — ses missions de défense ne représentent guère plus de 5 % de son activité totale. En effet, la rubrique « recrutement externe » ne concerne paradoxalement que l’apport de personnels militaires, la plus grande majorité des officiers étant recrutés au sein des corps de sous-officiers et de majors de gendarmerie. Sous réserve de la relative ouverture que peut constituer le recrutement — qui est appelé d’ailleurs à disparaître avec la suppression du service national — des officiers de réserve, ce recrutement exclusivement militaire (endogène) présente d’indéniables facteurs d’inadaptation, ne serait-ce qu’au regard du caractère fondamentalement interministériel de l’action de l’institution. Aussi doit-on considérer comme acquis que, dans l’état actuel des choses, le recrutement externe n’existe pas, à proprement parler, dans la gendarmerie.
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