Publiées régulièrement, ces analyses inédites d’ouvrages sont en accès libre, tout comme les recensions publiées dans l’édition mensuelle.
Charles Zorgbibe, auteur prolifique, d’une cinquantaine d’ouvrages, qui a été doyen, recteur, directeur de la Fondation pour les études de défense (FED), dirige depuis quelques années la revue Géopolitique africaine. Aussi après avoir beaucoup réfléchi et écrit sur les problèmes de l’Europe, du monde atlantique ou des relations internationales en général, il élargit son horizon déjà fort vaste aux problèmes de l’Afrique. Fidèle à son approche historique et synthétique, servi par une plume dense et toujours claire, il aborde ces questions en deux temps et c’est la partie plutôt historique qu’il traite dans ce premier volume.
Née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Rand Corporation – pour Research And Development – fut d’emblée assignée par les responsables de l’Armée de l’air américaine à l’étude de la dissuasion. Dans le gigantesque mobile de Calder qui se met en place entre 1945 et 1955, des hommes, tel le malheureux Herman Kahn, s’attelèrent courageusement à penser l’impensable. Relais d’opinion, passerelle mais aussi fusible entre mondes civil et militaire, les think-tank – le terme est issu des chercheurs embarqués dans des tanks durant la Seconde Guerre – vont devenir un maillon décisif du processus décisionnel de politique étrangère et de défense des États-Unis.
Technocrate ? Pourquoi pas, à condition de ne pas adopter la sévérité du Robert : « souvent péjoratif ». En tout cas, bien qu’ayant revêtu l’uniforme à l’occasion, rien du traîneur de sabre : « on n’entre pas à l’École polytechnique pour devenir Ingénieur de l’Armement, mais on devient Ingénieur de l’Armement parce que c’est l’une des possibilités offertes aux élèves de l’École lorsqu’ils en obtiennent le diplôme ». La guerre d’Algérie, par exemple, qui allait vers son terme lorsque commence le récit, n’est qu’à peine évoquée.
La préparation du débarquement allié en Normandie du 6 juin 1944 a vu l’élaboration de plans spécifiques devant être mis en œuvre par la Résistance en appui des opérations aéroportées et amphibies. Le Special Operations Executive (SOE) développa ainsi trois plans en liaison étroite avec le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), l’organe de renseignement de la France Libre. Le Bleu concerne les réseaux de distribution électrique. Le Vert s’applique aux chemins de fer et est conduit par Résistance Fer, mouvement interne de la SNCF fondé en 1943 pour lutter contre les occupants allemands. Le plan Violet est destiné aux réseaux de télécommunications dépendant de l’administration des PTT. Ce dernier est le moins connu d’autant plus que les archives notamment britanniques sont restées classifiées jusqu’au début des années 90.
Avez-vous remarqué ? Dans les dîners en ville, les hommes ne tarissent pas sur les maux qui les accablent, les femmes ne parlent jamais des leurs. Nos compagnes, ici, nous en remontrent. C’est que la malédiction originelle les oblige à supporter d’un même cœur douleurs et joies de l’enfantement. Devant cet ascétisme qu’impose la nature à la moitié du genre humain, les hommes étaient en mauvaise position.
Ils ne vont tout de même pas jusqu’à publier à l’avance le lieu et l’heure de leurs futurs exploits, mais ils affichent leurs motivations, précisent les buts des attentats qu’ils s’apprêtent à commettre et désignent les catégories sociales, voire les individus, qui seront leurs cibles. Ce besoin de proclamer leur foi et leur haine, de justifier leur démarche, est exposé ici avec précision et compétence par deux experts ès terrorisme qui se posent en criminologues et non en moralistes.
Ce livre est un désordre. Désordre voulu où l’auteur, qui n’est pas né de la dernière pluie, mêle comptes rendus d’enquête, commentaires personnels et conversations avec les morts qui lui permettent de déployer sa verve. Les personnages sont si nombreux que la généalogie familiale proposée en annexe est de peu de secours, et l’enquête si minutieuse qu’on ne s’y retrouverait que crayon en main. Faut-il abandonner ? Ce serait dommage car, à travers le fatras, le lecteur consciencieux comme le dilettante tireront profit de leur lecture.
Alors que se multiplient les ouvrages en anglais sur l’Arctique (j’en ai dénombré six en moins de trois ans) ceux rédigés en français apparaissent plus rares, en dehors de celui de Richard Labévière et François Thual, La bataille du Grand Nord a commencé, publié en 2008 chez Perrin. Aussi convient-il de saluer cette étude fort documentée de Viviane du Castel, familière de la région, qui avait consacré à la mer de Barents une étude parue en 2005 à l’Ifri.
Avec une préface originale du politologue Maurice Vaïsse qui recense les travaux qui comptent selon lui sur la thématique des relations internationales dans le champ plus étroit des relations franco-américaines ; cet ouvrage collectif dirigé par René Lukic, aborde la question du point de vue chronologique et thématique, dans l’espace à la fois bilatéral, transatlantique et global. Neuf auteurs américains, canadiens et français ont contribué au présent livre. L’addition des chapitres, thématiques et chronologiques, peut amener des « ruptures » souvent propres aux ouvrages collectifs et les conclusions du livre ne sont pas suffisantes pour « rattraper » l’exercice.
Commandant supérieur en Nouvelle-Calédonie, le général Vidal fut le maître d’œuvre de l’opération qui sauva les otages de la grotte d’Ouvéa. Affaire connue, comme l’est la polémique détestable qu’a soulevée sa conclusion. Or le général qui, pendant quelque vingt ans, s’est abstenu de répondre aux perfidies dont il fut la cible, enfin, parle. Un documentaire diffusé sur France 2, le 8 mai 2008 sous le titre Ouvéa, autopsie d’un massacre l’a fait sortir de ses gonds… et du silence qu’il s’imposait. On le comprend : un avocat, pas moins, l’y traita d’assassin et de « honte de la République ». Voici donc, annonce le général et on peut l’en croire, « la stricte vérité ».
À propos de l’Indochine, Paul Rignac avait déjà dénoncé avec véhémence « les mensonges de l’anticolonialisme » face aux « professionnels de la repentance ». Il revient ici sur le sujet de façon moins idéologique, plus technique pourrait-on dire, sous la forme originale de réponses assez courtes, mais solidement argumentées, à une quinzaine de questions.
Responsable de la rubrique Monde à Libération, spécialiste de la Turquie, Marc Semo couvre l’actualité de ce pays composite. Ce recueil d’articles publié chez une maison d’édition prometteuse retrace l’évolution récente de la Turquie, notamment depuis que le Parti de la justice et du développement (AKP) est parvenu au pouvoir en 2002. Trois grands axes guident le livre : l’AKP, l’Europe et les enjeux sociaux, religieux et minoritaires.
Au premier abord, à feuilleter rapidement l’ouvrage, on peut ressentir l’impression d’être invité à visiter une sorte de musée Dupuytren peu ragoûtant et un coup d’œil sur la liste des autres productions de l’auteur ne peut que faire ressentir le côté iconoclaste et provocateur de celui qui se présente comme un « encyclopédiste du bizarre ».
Jean-Dominique Merchet, le journaliste spécialiste des questions de défense du journal Libération et animateur d’un blog très informé et très suivi, vient de rédiger une histoire des forces spéciales. Bien documenté, avec quelques « scoops », ce livre éclaire sous un jour nouveau le rôle et l’emploi des forces spéciales.
« Il avait 29 ans. On lui avait appris à commander une compagnie de combat d’infanterie et il se retrouvait sans autre préparation seul responsable de la vie et peut-être de la survie d’une population de plusieurs dizaines de milliers d’habitants (…) quand tout le pays sombrait dans l’anarchie. Or, ce pays était le sien ».
La RDN est fière d'accompagner Nemrod – Enjeux contemporains de défense et de sécurité et ses auteurs dans la promotion de ce Cahier de la RDN. Venez retrouver l'équipe et les auteurs de « La guerre des sanctions » le mercredi 2 avril à la Librairie Pedone à Paris pour un temps d'échange sur ce sujet qui fait l'actualité.
Rendez-vous :
Mardi 2 avril
18h30-20h30
13 rue Soufflot – 75005 Paris
Librairie Pedone
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