Auteur : Serge Gadal

Docteur en histoire (École pratique des Hautes Études), ancien directeur de séminaire au Collège interarmées de Défense (« Géopolitique des espaces aériens ») et directeur de travaux à l'École de Guerre. Il est l’auteur de Forces Aériennes Stratégiques (Economica, 2009) et Théories américaines du bombardement stratégique (Astrée, 2015).

108 résultats (24 articles - 1 Tribune - 83 e-Recensions)

Recension - 17-05-2022

Colette Beaune et Nicolas Perruchot, L’Assassinat politique en France - Passés Composés, 2021 ; 416 pages. - Serge Gadal

Colette Beaune et Nicolas Perruchot, L’Assassinat politique en France
- Passés Composés, 2021 ; 416 pages.

L’assassinat politique est aussi vieux que le monde. Si le suicide imposé à Socrate peut entrer dans cette catégorie, le meurtre de César aux ides de mars 44 av. J.-C. également. Il répond en effet à une logique éternelle, car comme l’explique l’universitaire médiéviste Colette Beaune dans un livre coécrit avec l’homme politique Nicolas Perruchot, « tout assassinat d’un dirigeant politique est une protestation explicite ou non contre l’ordre du monde, tout assassin pense pouvoir l’améliorer par son geste, tout assassin espère changer le monde… Le but de la violence n’est pas celle-ci, mais au contraire le rétablissement d’une société plus juste… ». Lire la suite

Recension - 13-05-2022

Alexandre Goodarzy, Guerrier de la paix - Éditions du Rocher, 2021 ; 336 pages. - Serge Gadal

Alexandre Goodarzy, Guerrier de la paix
- Éditions du Rocher, 2021 ; 336 pages.

Enlevé à Bagdad en janvier 2020 avec trois de ses collègues de l’association humanitaire « SOS Chrétiens d’Orient », Alexandre Goodarzy ne retrouvera la France qu’après trois mois de captivité dans des conditions difficiles. Il nous relate cette épreuve dans ce livre, mais pas seulement. L’essentiel pour lui est ailleurs. Même si beaucoup a déjà été fait, notamment par le biais de l’association dont il est l’un des dirigeants et pour laquelle il a passé plusieurs années en Syrie. Aujourd’hui le monde chrétien oriental représente 3,5 millions de chrétiens répartis sur l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine et Israël (si l’on ne compte pas les Coptes égyptiens). La Syrie fut, il y a deux mille ans, le premier pays chrétien. Lire la suite

Recension - 17-03-2022

John A. Lynn II, Une autre guerre – Histoire et nature du terrorisme - Passés Composés, 2021 ; 516 pages. - Serge Gadal

John A. Lynn II, Une autre guerre – Histoire et nature du terrorisme
- Passés Composés, 2021 ; 516 pages.

On a beaucoup écrit sur le terrorisme depuis quelques décennies, mais on ne s’est généralement attaché qu’à l’une de ses variantes ou qu’à une période historique particulière. Le livre de l’historien militaire américain John Lynn constitue au contraire l’une des études les plus complètes jamais parues sur le sujet et en aborde véritablement toutes les facettes, ce qui fait son intérêt. Lire la suite

Recension - 21-02-2022

Andrei Martyanov, The (Real) Revolution in Military Affairs - Clarity Press Inc., 2019 ; 220 pages. - Serge Gadal

Andrei Martyanov, The (Real) Revolution in Military Affairs
- Clarity Press Inc., 2019 ; 220 pages.

Né à Bakou en 1963, officier dans la marine soviétique puis ingénieur aux États-Unis, Andrei Martyanov est l’auteur de Losing Military Supremacy. The Myopia of American Strategic Planning (Clarity Press Inc., 2018), dont nous avions à l’époque rendu compte ici même. Le présent livre est en quelque sorte la suite logique du précédent et s’intéresse à la véritable révolution militaire que constitue selon lui le développement des nouvelles armes hypersoniques. L’ouvrage commence par une réflexion sur la notion de puissance, car « la politique se définit par des éléments de puissance, notamment économique et militaire ». Lire la suite

Recension - 15-02-2022

Jean-Clément Martin et Julien Peltier, Infographie de la Révolution française - Passés Composés, 2021 ; 128 pages. - Serge Gadal

Jean-Clément Martin et Julien Peltier, Infographie de la Révolution française
- Passés Composés, 2021 ; 128 pages.

La Révolution française est certainement l’événement historique qui a fait couler le plus d’encre depuis deux siècles. Elle a généré aussi une quantité énorme de recherches universitaires et ce dans des domaines très différents, de l’histoire militaire à l’économie, en passant par la sociologie et la science politique. De ces études, il est désormais possible d’extraire quantité de données chiffrées et de tableaux statistiques permettant de comprendre cette période dans sa globalité et dans ses multiples dimensions. Une nouvelle méthode de présentation des données, l’infographie, permet de visualiser immédiatement les différents côtés d’une question, avec la clarté et la simplicité que permet le designgraphique moderne. Lire la suite

Recension - 07-02-2022

Gabriel Martinez-Gros, De l’autre côté des croisades – L’Islam entre croisés et Mongols - Passés Composés, 2021 ; 304 pages. - Serge Gadal

Gabriel Martinez-Gros, De l’autre côté des croisades – L’Islam entre croisés et Mongols
- Passés Composés, 2021 ; 304 pages.

Dans son précédent livre, Gabriel Martinez-Gros, spécialiste de l’Islam médiéval, décryptait l’histoire des cinq premiers siècles de l’Empire islamique, de 632 jusqu’à l’émergence des sultanats turcs au XIe siècle en passant par les conquêtes, la mise en place du califat, l’éclosion et la chute des dynasties omeyyades, abbassides et fatimides (L’Empire islamique, VIIe-XIe siècle, Passés Composés, 2019, 336 p.). L’heure est venue pour lui de poursuivre son analyse un peu plus loin dans le temps et d’évoquer la période des croisades. Lire la suite

Recension - 03-02-2022

Henri Ortholan, L’Artillerie de la Grande Guerre 1914-1918 – Une arme en constante évolution - Éditions SOTECA, 2020, 352 pages. - Serge Gadal

Henri Ortholan, L’Artillerie de la Grande Guerre 1914-1918 – Une arme en constante évolution
- Éditions SOTECA, 2020, 352 pages.

L’artillerie de l’entrée en guerre, celle de l’été 1914, est d’abord une artillerie de campagne qui met en œuvre des matériels conçus à la fin du siècle précédent ou au tout début du suivant. Chaque belligérant en possède plusieurs milliers de pièces et sur le plan technique ce matériel évoluera peu. Une artillerie lourde de campagne existe aussi, en dotation (c’est le cas de l’Allemagne), ou, le plus souvent, seulement en cours d’étude chez les autres belligérants où elle est beaucoup moins développée. Elle montera en puissance par la suite. Il convient de préciser que les nouveaux matériels utilisés en 1914 sont souvent dits « à tir rapide » en raison des améliorations apportées aux affûts pour amortir le recul et limiter le dépointage de la pièce. Le canon français de 75 mm modèle 1897 permettra ainsi une cadence de tir de 15 à 18 coups par minute. Son homologue allemand de 77 mm n’atteindra que 10 coups par minute. Les performances de la pièce française sont telles « en cadence de tir, en portée et en précision, qu’elle paraît être l’alpha et l’oméga de l’artillerie française. Cela jouera auprès du haut commandement français sur la politique à adopter en matière d’armement, et pas forcément dans le bons sens », juge le colonel (er) Henri Ortholan, auteur de cette histoire de l’artillerie pendant la Grande Guerre. Lire la suite

N° 847 Février 2022 - Souveraineté et nouveaux acteurs internationaux - Recensions - p. 123-125

Tyrans d’Afrique – Les mystères du despotisme postcolonial - Serge Gadal

À peine une dizaine des cinquante-quatre pays qui composent l’Afrique a connu, au moins une fois, une véritable alternance politique. Les démocraties apaisées que sont aujourd’hui le Sénégal, le Ghana et le Botswana font ainsi figure d’exception. Pour certains dirigeants africains, et non des moindres, il s’agissait peut-être même d’une fatalité. On se souvient ainsi des mots d’Houphouët-Boigny : « Partout où l’on a tenté le multipartisme, nous avons ressuscité les querelles tribales. » Lire la suite

N° 847 Février 2022 - Souveraineté et nouveaux acteurs internationaux - Recensions - p. 129-130

Kharkov 1942 – Le dernier désastre de l’Armée rouge - Serge Gadal

On ne présentera pas ici Jean Lopez, directeur de la rédaction de la revue Guerres et histoire, et certainement l’un des meilleurs spécialiste français de l’Armée rouge et de la Grande Guerre patriotiques de 1941-1945. Lopez est à l’origine chez Perrin d’une toute nouvelle collection d’histoire militaire, publiée en coédition avec le ministère des Armées, intitulée « Champs de bataille ». À tout seigneur, tout honneur, il lui revient d’ouvrir cette collection en signant ce premier volume consacré à la seconde bataille de Kharkov (12-28 mai 1942), beaucoup moins connue que la suivante (19 février-15 mars 1943) dont la notoriété est due essentiellement à la magistrale « contre-frappe » de Manstein qui a mis un terme, temporairement, à l’exploitation soviétique après la chute de Stalingrad. Lire la suite

Recension - 19-01-2022

Sonia Darthou, Athènes – Histoire d’une cité entre mythe et politique - Passés Composés, 2020 ; 288 pages. - Serge Gadal

Sonia Darthou, Athènes – Histoire d’une cité entre mythe et politique
- Passés Composés, 2020 ; 288 pages.

Sonia Darthou, universitaire, spécialiste du monde grec antique, nous offre ici un voyage à travers le monde des mythes qui ont façonné la plus emblématique des cités grecques, la cité qui a vu précisément l’émergence de la démocratie antique, Athènes. L’approche de l’histoire d’un pays à partir des mythes nationaux est nouvelle, mais peut s’avérer extrêmement fructueuse, car en tant que « créations fictionnelles, paradigmes politiques, puissants outils de légitimation, d’intégration ou d’exclusion, manifestations orales ou imagées, socle culturel, métaphores de la condition humaine en tension permanente avec l’histoire, les mythes stimulent l’imaginaire tout en modélisant les frontières de l’identité », nous explique Sonia Darthou. Lire la suite

Recension - 17-01-2022

Marc Ambroise-Rendu, Paris en guerre, 1914-1919 – Comment la capitale a géré le conflit et la victoire - Économica, 2020 ; 352 pages. - Serge Gadal

Marc Ambroise-Rendu, Paris en guerre, 1914-1919 – Comment la capitale a géré le conflit et la victoire
- Économica, 2020 ; 352 pages.

Paris est « le cœur – au moins politique et symbolique – du système de défense de la nation », nous explique Marc Ambroise-Rendu qui évoque dans son ouvrage la vie dans la capitale en guerre, de l’attentat de Sarajevo à la signature du traité de Versailles. Le début est connu. Jean Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914 au soir par Raoul Villain, un étudiant nationaliste de vingt-neuf ans qui sera acquitté en 1919. Le lendemain la mobilisation générale est ordonnée pour le 2 août. L’exode des Parisiens commence vers la province. Les collections du Louvre sont évacuées à Toulouse. Le gouvernement part à Bordeaux. Lire la suite

Recension - 13-01-2022

Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise : VIe-XXIe siècle - Collection « Références », Belin, 2021 ; 680 pages. - Serge Gadal

Élisabeth Crouzet-Pavan, Venise : VIe-XXIe siècle
- Collection « Références », Belin, 2021 ; 680 pages.

Il se forme très tôt en Italie, dès le XIIIe siècle, une sorte d’opinion commune admirative à propos du régime politique vénitien, avec des institutions qui résisteraient aux crises et des élites politiques qui parviendraient à durer. Modèle évident de bon gouvernement, les contemporains relevaient notamment le fait qu’elle fut l’une des seules villes libres italiennes à avoir résisté au choc des guerres d’Italie. Émergeant au Xe siècle, la république de Venise ne disparaît en effet qu’en 1797 à la suite de l’entrée des troupes françaises de Bonaparte. Cette stabilité n’en fait pas nécessairement un système politique moins « démocratique » que celui qui régit la plupart des communes italiennes. En effet, nous explique Élisabeth Crouzet-Pavan, auteur de ce magnifique volume illustré sur l’histoire de cette vieille république adriatique, « il n’est pas certain que le regimen, c’est-à-dire le groupe de ceux qui pouvaient participer à la vie politique, ait été plus large dans la Florence « populaire » que dans la Venise « aristocratique ». Lire la suite

Recension - 11-01-2022

Arnaud Blin, Les Conquérants de la steppe – D’Attila au khanat de Crimée – Ve-XVIIIe siècle - Passés Composés, 2021 ; 368 pages. - Serge Gadal

Arnaud Blin, Les Conquérants de la steppe – D’Attila au khanat de Crimée – Ve-XVIIIe siècle
- Passés Composés, 2021 ; 368 pages.

Outre les Turcs et les Mongols, les Iraniens (Scythes, Sarmates et Alains) sont le troisième peuple à lancer des armées de cavaliers-archers contre les populations sédentaires d’Europe ou d’Asie. À terme, toutefois, les cavaliers iraniens se sont vus rapidement absorbés par les sociétés sédentarisées. Les grands empires nomades sont donc soit turcs, soit mongols. C’est leur histoire que nous raconte ici Arnaud Blin. L’histoire des conquérants de la steppe se conjugue essentiellement à travers celle de quelques chefs emblématiques : Attila, Alp Arslan, Gengis Khan, Kubilaï Khan, Tamerlan, Toktamitch, Babur… En effet, en l’absence d’un État constitué et d’institutions pérennes, les empires des steppes ne pouvaient s’articuler qu’autour d’individus d’exception capables de fédérer ces peuples belliqueux, et constamment en guerre les uns avec les autres, autour d’un projet militaire ou politique commun. Le découpage du livre tient compte à la fois de ces grandes figures, et des peuples ou coalitions de peuples qu’ils dirigèrent. Lire la suite

Recension - 16-12-2021

Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte (dir.), La Guerre d’Indochine. Dictionnaire - Perrin et ministère des Armées, 2021 ; 1008 pages. - Serge Gadal

Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte (dir.), La Guerre d’Indochine. Dictionnaire
- Perrin et ministère des Armées, 2021 ; 1008 pages.

La guerre d’Indochine est une guerre longue (plus de neuf années) qui se déroule à 12 000 kilomètres de la métropole dans des conditions climatiques, topographiques et humaines souvent difficiles. Elle repose sur le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) aux moyens chichement limités par tous les gouvernements qui se succèdent au pouvoir depuis 1945. Il existait déjà deux dictionnaires s’intéressant à la guerre d’Indochine, mais leurs ambitions étaient beaucoup plus modestes que celui-ci. Ce gros ouvrage (plus de 1 000 pages) est l’œuvre d’une cinquantaine de chercheurs, civils et militaires, qui ont en commun d’être, chacun dans son domaine de compétence, des spécialistes de ce conflit quelque peu oublié aujourd’hui. Leur ambition ici est de faire véritablement œuvre scientifique en rassemblant en un seul volume toutes les connaissances les plus récentes sur un thème dont l’historiographie a largement évolué depuis une vingtaine d’années. Lire la suite

Recension - 13-12-2021

Jean Tulard (dir.), L’Europe au temps de Napoléon - Éditions du Cerf, 2020 ; 640 pages. - Serge Gadal

Jean Tulard (dir.), L’Europe au temps de Napoléon
- Éditions du Cerf, 2020 ; 640 pages.

Dans une Europe de 167 millions d’habitants, l’Empire napoléonien à son apogée englobe 44 millions de sujets et les États vassaux de la France 38 millions. Jusqu’en 1814, la moitié de l’Europe se trouve donc soumise à l’Empereur (essentiellement l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, les Pays-Bas et la Pologne). « Durant deux décennies, la France a ainsi dominé l’Europe. Une suprématie qui s’explique par le poids de la démographie de notre pays, l’universalité de sa langue, le caractère national de ses armées, ses innovations techniques… On parle de la “Grande nation”, puis du “Grand Empire”. Rome, Bruxelles, Hambourg, Cologne, Amsterdam sont françaises en 1811 », nous rappelle Jean Tulard, le maître d’œuvre de ce gros ouvrage collectif, dont les neuf auteurs (qui incluent notamment les historiens Jacques Godechot et Jean Béranger) évoquent et analysent tous les aspects de la domination française en Europe, mais aussi la vie politique et l’économie des différentes nations européennes (au sens large, car incluant la Russie). Lire la suite

Recension - 26-11-2021

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Les Maréchaux de Staline - Perrin, 2021, 544 pages. - Serge Gadal

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Les Maréchaux de Staline
- Perrin, 2021, 544 pages.

Fin décembre 1917, les dirigeants bolcheviques abolirent les grades militaires, les dignités, les épaulettes et les décorations de l’ancien régime. Jusqu’en 1935, l’Armée rouge ne comptait plus ainsi dans son encadrement que des « commandants » de différents niveaux : kombrig (commandant de brigade), komdiv (commandant de division), etc. Dans ce système la fonction primait le rang. Un décret du 22 septembre 1935 réinstaura les grades militaires, mais seulement à partir des lieutenants jusqu’aux colonels. Les généraux attendront 1940… Ce qui n’empêchera pas Staline de nommer la même année ses cinq premiers maréchaux : Vorochilov, Boudienny, Egorov, Bliukher et Toukhatchevski. Il faut noter que, comme dans l’armée allemande, et à la différence de la nôtre, en Russie le maréchalat représente un grade autant qu’une dignité. Lire la suite

Recension - 05-11-2021

Jean Verdon, Étonnant Moyen Âge - Perrin, 2021 ; 368 pages. - Serge Gadal

Jean Verdon, Étonnant Moyen Âge
- Perrin, 2021 ; 368 pages.

« En étudiant des cas particuliers, on peut atteindre l’universel. » Jean Verdon applique cette maxime scolastique à son domaine d’étude, le Moyen Âge, et remet en question, chemin faisant, une cinquantaine de lieux communs relatifs à cette période. Nous n’en évoquerons ici, bien évidemment, que quelques-uns. La vie quotidienne tout d’abord. La nourriture est, comme on s’en doute, répartie de façon inégalitaire dans la société de l’époque. Si les milieux aisés et les ecclésiastiques bénéficiaient de plus de 5 000 calories par jour, le petit peuple se contente quant à lui de pain et de légumes. Par contre, le vin et la vigne sont omniprésents. La consommation moyenne quotidienne de vin s’élève à deux litres. Elle concerne d’ailleurs les hommes comme les femmes ! La ration quotidienne de vin allouée aux religieuses du monastère de La Celle s’élève ainsi à 1,40 litre. Au niveau micro-économique, pour la population, le vin représente finalement le poste de dépenses le plus important. Lire la suite

Recension - 27-09-2021

Général Henri Bentégeat, Les Ors de la République – Souvenirs de sept ans à l’Élysée - Perrin, 2021, 224 pages. - Serge Gadal

Général Henri Bentégeat, Les Ors de la République – Souvenirs de sept ans à l’Élysée
- Perrin, 2021, 224 pages.

Le général Henri Bentégeat a rejoint l’État-major particulier (EMP) du président Mitterrand le 4 mai 1993 en tant qu’adjoint Terre. Après un bref interlude aux Antilles, il est devenu ensuite le chef de celui de son successeur Jacques Chirac de 1999 jusqu’en 2002, avant de terminer sa carrière militaire comme chef d’état-major des armées (Cema). Son témoignage nous fait partager ces sept années passées, dans l’ancien bureau de Murat, aux côtés de deux chefs d’État qui ont certainement marqué leur époque. Époque éprouvante s’il en est, car ce fut celle des guerres dans l’ex-Yougoslavie, du Rwanda, de l’intervention en Côte d’Ivoire, de la crise irakienne au moment de la seconde guerre du Golfe, mais ce fut aussi l’époque des grandes décisions : la fin des essais nucléaires, de l’abandon du plateau d’Albion et de la fin du service militaire. On trouvera dans ces mémoires peu de révélations, devoir de réserve oblige, mais un certain nombre de réflexions et de témoignages précieux sur l’exercice du pouvoir sous la Ve République. Lire la suite

Recension - 18-08-2021

Stéphane Bourdin et Catherine Virlouvet, Rome, naissance d’un empire. De Romulus à Pompée, 753-70 av. J.-C. - Collection Mondes Anciens, Belin, 2021, 800 pages. - Serge Gadal

Stéphane Bourdin et Catherine Virlouvet, Rome, naissance d’un empire. De Romulus à Pompée, 753-70 av. J.-C.
- Collection Mondes Anciens, Belin, 2021, 800 pages.

La période embrassée dans ce nouveau volume de la magnifique collection « Mondes Anciens » chez Belin est vaste : près de sept siècles séparent la fondation de Rome (en 753 av. J.-C. selon la tradition) du consulat de Pompée en l’an 70 de notre ère. Une grande partie de cette période, de 509 à 27 av. J.-C., relève de la République romaine. Si les auteurs n’ont pas choisi comme butée cette date de 27 av. J.-C. c’est afin de mettre l’accent sur l’expansion romaine, thème dominant de l’ouvrage. L’année 70 voit en effet l’enregistrement au nombre des citoyens romains de tous les Italiens et marque donc la fin de la conquête, en Italie tout au moins, et pratiquement sur tout le pourtour méditerranéen. Lire la suite

Recension - 09-08-2021

Rémi Monaque, Trafalgar, 21 octobre 1805 - Passés Composés, 2021 ; 400 pages. - Serge Gadal

Rémi Monaque, Trafalgar, 21 octobre 1805
- Passés Composés, 2021 ; 400 pages.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, « décrire la bataille de Trafalgar deux cent ans après son déroulement n’est pas chose facile [nous avertit l’amiral Rémi Monaque dont l’ouvrage de référence sur la bataille vient enfin d’être réédité]. La multitude des récits et témoignages dont on dispose complique la tâche [poursuit-il], tant il est malaisé pour beaucoup d’entre eux d’y démêler l’histoire de la légende ». Dans l’histoire de la pensée navale, l’événement tient une place très importante. Sur le plan stratégique beaucoup moins car, contrairement à ce que l’on peut lire parfois, Trafalgar n’a pas sauvé la Grande-Bretagne d’une invasion française, le projet de débarquement ayant été abandonné bien avant. Dès le 23 août, Napoléon décide en effet de lever le camp de Boulogne et de marcher sur Vienne avec la Grande Armée, abandonnant ainsi son « Grand Dessein », la conquête de l’Angleterre. Le 31 octobre, Napoléon est déjà en Autriche et conduit la campagne qui culminera le 5 décembre avec le triomphe d’Austerlitz. Trafalgar représente donc selon les mots de l’amiral Monaque une « tragédie inutile »… Lire la suite

Recension - 05-08-2021

Florent Quellier (dir.), Histoire de l’alimentation – De la Préhistoire à nos jours - Belin, 2021 ; 800 pages. - Serge Gadal

Florent Quellier (dir.), Histoire de l’alimentation – De la Préhistoire à nos jours
- Belin, 2021 ; 800 pages.

C’est autour de la production et du contrôle de la nourriture que se sont originellement organisés tous les groupes humains, à travers les tabous alimentaires, les périodes de jeûne, les rituels culinaires ou les rites d’abattage. Les denrées alimentaires sont évidemment choisies en fonction de leur disponibilité et de critères économiques, mais aussi selon « des raisonnements diététiques et des références symboliques propres à une culture et à un milieu social ». L’acte de manger (et de boire) est ainsi un « fait social total » pour reprendre le concept de Marcel Mauss. Cette nouvelle Histoire de l’alimentation, s’inscrit donc dans les pas d’une histoire culturelle redevable aux apports des autres sciences humaines et sociales. Ce livre richement illustré ouvre une nouvelle collection chez Belin, intitulée « Références » et qui portera sur « des thématiques historiques majeures inscrites dans la longue durée ». Lire la suite

N° 842 Été 2021 - Renseigner au XXIe siècle : hier ne meurt jamais ? - Recensions - p. 152-154

À qui profite le djihad ? - Serge Gadal

L’émergence de l’organisation qui s’est autoproclamée « État islamique » (ou plus succinctement ici EI) a donné lieu dès le début à des controverses sans fin. Née de la destruction, mal gérée, du régime de Saddam Hussein en 2003, et du licenciement des cadres du parti Baath et des membres de son armée, cette organisation a bénéficié initialement, on s’en souvient, d’une étrange mansuétude de la part de l’Administration américaine, laquelle en rendait responsable le « manque de souplesse » du gouvernement irakien à dominante chiite. Xavier Raufer ne s’inscrit pas ici dans cette ligne et ne s’intéresse guère dans son dernier ouvrage à la tolérance occidentale dont a bénéficié l’organisation, mais soutient la thèse selon laquelle l’EI aurait été aidé par le régime syrien à son début, en s’appuyant notamment sur le fait que lorsqu’elle s’engage en Syrie, il combat principalement les djihadistes du Front Al-Nosra (anciennement Al-Qaïda). Dans un livre conçu comme un « travail de déchiffrement des normes et règles stratégiques moyen-orientales » – ce qui en fait tout l’intérêt ; le spécialiste du terrorisme évoque également le rôle de l’Iran. Lire la suite

Recension - 25-06-2021

Antoine Boulant,  Le Tribunal révolutionnaire. Punir les ennemis du peuple - Perrin, 2018 ; 320 pages. - Serge Gadal

Antoine Boulant,  Le Tribunal révolutionnaire. Punir les ennemis du peuple
- Perrin, 2018 ; 320 pages.

La plupart des révolutions, anciennes ou modernes, suivent un schéma assez similaire aboutissant à une épuration, de ses adversaires d’abord, puis des différentes factions de ses partisans. L’ouvrage qu’Antoine Boulant a consacré au Tribunal révolutionnaire reste ainsi parfaitement actuel en ce début de XXIe siècle, en ce qu’il décrit parfaitement les mécanismes de ce processus. Instauré pour juger les « crimes politiques », le Tribunal révolutionnaire inaugure une longue tradition nationale, annonçant les cours prévôtales de 1815, les cours martiales de Vichy, les cours de justice de la Libération et la Cour de sûreté de l’État instituée en 1963. Le grand historien qu’était François Bluche en rappelait les limites : « La justice révolutionnaire est évidemment révolutionnaire avant d’être justice. » Lire la suite

Recension - 16-06-2021

Didier Raoult, La Science est un sport de combat  - HumenSciences, 2020 ; 456 pages. - Serge Gadal

Didier Raoult, La Science est un sport de combat 
- HumenSciences, 2020 ; 456 pages.

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, a priori, ce llivre du médiatique professeur Raoult n’évoque nullement la controverse pour le moins clivante que nous avons connue au printemps 2020 autour de la chloroquine et de la crise sanitaire actuelle. Il s’agit plutôt pour lui, après quelques pages autobiographiques où transparaissent sa curiosité intellectuelle, son esprit de contradiction, et son goût pour la philosophie et la littérature, de nous livrer une vaste réflexion sur les conditions nécessaires de la recherche scientifique et sur les acquis de la biologie moderne. Lire la suite

Recension - 08-06-2021

Jean-Marc Le Page, La Bombe atomique. De Hiroshima à Trump - Passés Composés, 2021 ; 320 pages. - Serge Gadal

Jean-Marc Le Page, La Bombe atomique. De Hiroshima à Trump
- Passés Composés, 2021 ; 320 pages.

Contrairement à ce que son titre semble suggérer, ce livre n’est pas une histoire du développement de la bombe atomique, de la dissuasion ou de la prolifération, mais une histoire des différentes crises atomiques qui se sont succédé depuis 1945, ce qui en renforce d’ailleurs l’intérêt. Une crise nucléaire se définit pour Jean-Marc Le Page comme « un moment qui met la dissuasion nucléaire à l’épreuve d’une situation de tension, qu’elle soit intentionnelle ou accidentelle ». Ces crises ont connu des durées variables de treize jours (crise de Cuba) jusqu’à plusieurs années (crise des euromissiles qui s’étend de 1979 à 1987). De 1945 jusqu’à nos jours, on peut répertorier 28 épisodes de tension particulièrement aigus, les années de guerre froide étant bien sûr les plus intenses (surtout les décennies 1950 et 1960), alors que les années 2000 sont les plus calmes. Lire la suite

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