Publiées régulièrement, ces analyses inédites d’ouvrages sont en accès libre, tout comme les recensions publiées dans l’édition mensuelle.
Joseph Kessel appartient à une espèce rare, les écrivains dont la vie elle-même est un roman. Comme son contemporain américain Ernest Hemingway (1899-1961), il aurait pu être son propre personnage dans un film de l’Hollywood des années 1950. Viril, impulsif, courageux, buveur, séducteur invétéré, mais surtout l’archétype des héros n’ayant peur de rien. Tel un Indiana Jones, son parcours est celui de l’Europe déchirée, depuis l’attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 jusqu’à la guerre froide.
Cette deuxième édition complétée de ce manuel est particulièrement pertinente et intéressante pour tous ceux qui veulent comprendre la finalité et le fonctionnement des services dits « secrets ». L’auteur, très impliqué dans les actions de formation au sein de l’INHESJ et de l’EOGN notamment, propose ainsi un panorama clair et précis de l’existant en France, en le plaçant dans une perspective historique, d’où l’inclusion de ce livre dans la collection Histoire.
Deux auteurs très différents, un docteur en droit et un officier des armes, travaillant au sein même de structures militaires planifiant les programmes d’armement de l’Armée de terre française ont uni leurs savoirs, non pour décrire un avenir dans lequel une telle interdiction des armes de destruction massive a peu de chance d’être acceptée et mise en œuvre, mais pour inciter chercheurs, responsables politiques et dirigeants, militaires bien sûr, à réfléchir à la notion d’éthique de la guerre et aux conséquences qui résulteraient d’un abandon de l’effort de régulation de cette vaste panoplie d’armes, qui s’enrichit chaque année dans les guerres à venir.
Peter Frankopan est historien et professeur à l’université d’Oxford. Adolescent, il raconte quelle fut sa surprise en découvrant une carte médiévale turque centrée sur une ville depuis longtemps oubliée : Balasaghun. Avec Les Routes de la soie, c’est à un pareil exercice de décentrage qu’il nous invite : retracer 2 500 ans d’histoire perçue depuis le « cœur du monde », zone allant « des rivages orientaux de la Méditerranée et de la mer Noire jusqu’à l’Himalaya ».
Alors que la Russie a célébré avec solennité la mémoire de la Grande Guerre patriotique, au cours de laquelle elle a payé le plus lourd tribut, avec ses 27 millions de morts, dans la défaite du nazisme, peu d’attention a été portée, jusque-là, dans la mémoire et l’activité éditoriale au souvenir de la Grande Guerre. Or, on sait que celle-ci fut la matrice de la Révolution, celle « bourgeoise » de février, ou prolétarienne d’octobre.
En janvier 2018, dans le contexte de crise avec la Corée du Nord, une alerte est déclenchée sur l’île d’Hawaï pour avertir la population d’un missile balistique en approche. Il s’agit en fait d’une fausse alerte : l’apocalypse n’aura pas lieu. Pour Dupuy, on a frôlé la guerre atomique. Mais l’incident est vite oublié : la question nucléaire n’intéresse plus les foules.
Avec À bord des frégates, Jean-Yves Delitte (peintre officiel de la Marine) et Jean-Benoît Héron inaugurent chez Glénat une magnifique série d’ouvrages à la croisée des chemins entre le manuel d’histoire navale, la visite guidée et la bande dessinée. En ouvrant ce premier ouvrage, le lecteur embarque ainsi à bord des frégates qui sillonnaient au gré du vent les océans du monde aux XVIIIe et XIXe siècles, ces « petits vaisseaux armés en guerre qui vont à rames et à voiles, propres à découvrir et porter nouvelles ».
Jean Lopez, directeur de la rédaction de la revue Guerres & Histoire poursuit son travail d’écriture sur la Seconde Guerre mondiale avec ce nouvel ouvrage consacré aux cent derniers jours du Führer et de l’apocalypse de cette période où l’Allemagne vaincue s’effondre. En 2002, Joachim Fest (1926-2006) avait écrit Les Derniers jours de Hitler qui a inspiré le film La Chute réalisé par Olivier Hirschbiegel en 2004, où l’acteur Bruno Ganz incarne Hitler avec un réalisme confondant.
Il n’était assurément pas facile de republier ce Voyage en Afrique de Winston Churchill (première édition en 2010) en ces temps de repentance universelle, de « racialisme » et de montées de critiques anticolonialistes. Ce livre écrit il y a plus d’un siècle (1908), jamais traduit en français choquera maints lecteurs. On y découvre en effet le jeune Churchill en pousse-pousse, demandant aux Ougandais de le faire en silence pour ne pas déranger sa conversation avec le gouverneur britannique d’Ouganda. On y voit des gentlemen anglais en train d’abattre, sans état d’âme, des dizaines d’antilopes, des lions, des rhinocéros, des phacochères, des crocodiles et même des éléphants, espèce aujourd’hui si protégée.
Alors que l’on reparle d’une nouvelle guerre froide avec la crise du multilatéralisme et le retour du rapport de force – accentué par la pandémie de la Covid-19 – il est nécessaire de revenir vers ce qu’a été la guerre froide succédant à la Seconde Guerre mondiale. D’où l’intérêt majeur de cette étude exceptionnelle par son intérêt et portant sur la France durant ce demi-siècle de confrontation. De plus, son auteur, outre ses très grandes qualités d’historien, a bénéficié de deux atouts majeurs : l’accès aux sources via les archives du Quai d’Orsay et le fait que son père, Jean-Marie Soutou (1912-2003) a été un des acteurs de la diplomatie française comme ambassadeur puis comme secrétaire général du Quai, d’où une connaissance intime du sujet, produisant un ouvrage magistral et indispensable pour comprendre le rôle de la France au cours d’un conflit qui faillit dégénérer à plusieurs reprises.
De 1941 à 1945, l’océan Arctique fut le théâtre d’une bataille navale parmi les plus dures et les plus longues de la Seconde Guerre mondiale. Convois et avions alliés, U-Boote, Luftwaffe et bâtiments de surface de la Kriegsmarine et de la Royal Navy, se livrent un combat sans pitié pour le fameux Murmansk Run ou passage de Mourmansk, route maritime reliant les États-Unis/Canada à l’Islande/Grande-Bretagne et dont les points de chute sont les ports de Mourmansk et d’Arkhangelsk, en URSS.
Auteur prolixe, Jean-Pierre Rioux ne prétend pas refaire une histoire du « colonialisme », dont le livre noir a si souvent été rouvert – et tout récemment encore grâce à Marc Ferro – ni une histoire de la « colonisation », ou du « système colonial », mot si douteux. L’ancien ministre des Colonies Gabriel Hanotaux le confirmera en 1933 : « En occupant Alger, la France remplissait la mission que la providence et l’histoire lui avaient confiée : l’attirance de l’inconnu, la joie du sacrifice, le désintéressement dans le dévouement. » Pas davantage, non plus, d’enregistrer passivement une histoire officielle et scolaire des anciennes colonies françaises ou des « œuvres françaises » outre-mer appréhendées une à une, dans leurs antécédents historiques et anthropologiques puis dans leur destinée émancipée. Le but de Jean-Pierre Rioux est, plus modestement, d’affirmer qu’une France coloniale, singulière mais pleine d’indécision hexagonale, a existé et surtout qu’il reste une part postcoloniale dans le destin de ce pays au XXIe siècle.
Emprunté à l’artiste Félix Vallotton, qui intitula « C’est la guerre ! » la série de gravures créée début 1915, le titre de ce livre vise à donner au fait guerrier contemporain une sorte d’évidence qui trop souvent lui fait défaut, précisément du fait de l’intensité de l’événement guerrier, des affects puissants qu’il mobilise, de la dimension dans laquelle il fait entrer ceux qui le traversent.
L’Iran est l’un des plus vieux pays du monde. Il s’est constitué au fil de quarante siècles bien remplis, comme le relatent Yves Bomati et Houchang Navahandi dans un livre récent. À partir d’un noyau modeste, la Médée et la Perse développèrent peu à peu une civilisation originale. Des idées aussi novatrices que le zoroastrisme, le rêve d’un empire universel régi par des lois de tolérance, y prirent naissance en même temps que de grands courants philosophiques, religieux et artistiques.
Alors que bien des esprits éclairés avaient prédit la disparition des frontières et l’avènement d’une mondialisation heureuse, voilà que les frontières, entendues dans leur sens premier comme périmètre de l’exercice de la souveraineté d’un État, sont revenues sur l’avant-scène. Michel Foucher, géographe et géopolitologue, qui a consacré une grande partie de sa riche carrière de chercheur à ce phénomène dont il est l’expert incontesté, a remis à jour son petit livre en y intégrant des observations pertinentes consacrées à la pandémie qui s’est abattue soudainement sur la planète.
« Le 11, c’est la puissance du canon et la force de l’homme », dira le général Labuze, commandant la 9e brigade d’infanterie de Marine (2015-2017). L’origine du 11e régiment d’artillerie de Marine (11e RAMa) se confond avec la création des Compagnies ordinaires de mer, futurs Régiments de la Marine, par le Cardinal Richelieu en 1622. Toutefois, la création officielle du 11e remonte à 1929, s’imposant en héritier du 1er régiment d’artillerie coloniale (1622-1929). Forts de leur histoire, les « Bigors du grand 11 » ont gardé l’état d’esprit des matelots du grand large, comme le rappelle le général d’armée Burkhard qui préface l’ouvrage.
À intervalle régulier, la presse fait état d’actions, plus ou moins spectaculaires, attribuées aux services secrets israéliens à l’encontre de cibles iraniennes, ou de ses alliés, comme le Hezbollah. En 2010, un virus informatique surnommé Stuxnet avait saboté des centaines de centrifugeuses à Natanz, à 250 km au sud de Téhéran, dans un site ultrasensible. Début juillet, un incendie vient de s’y produire, pour donner suite à une attaque qui a provoqué une déflagration. Comme à l’accoutumée, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a rétorqué par le mutisme habituel mais la presse israélienne a été plus prolixe, en faisant état d’un laboratoire où est testé une nouvelle génération de centrifugeuses permettant d’accélérer le processus de production de l’uranium enrichi. Ce matériel devait être activé dans ses installations souterraines au cours des prochains mois. D’ordinaire, ces actions sont attribuées à la fameuse unité 8 200 du Mossad, parfois en étroite coopération avec la National Security Agency (NSA). C’est dire l’intérêt de ce nouveau livre portant sur les aspects totalement inédits des services israéliens : leurs moyens d’écoute, leurs capacités offensives et défensives de cyberguerre, les assassinats ciblés du Mossad, les unités d’action clandestine et d’opérations spéciales.
Trois ministres français – Louis Joxe, Robert Buron et Jean de Broglie – entourés de neuf collègues, quatre « ministres » du GPRA – Krim Belkacem, Lakhdar Bentobbal, Saâd Dahlab et M’hamed Yazid – accompagnés de quatre autres membres du Front de libération nationale (FLN) dont deux de l’Armée de libération nationale (ALN), sont réunis depuis le 7 mars pour mettre un point final aux négociations ouvertes un an plus tôt. À Évian, ville d’eaux proche de la frontière suisse, les deux délégations s’étaient rencontrées pour la première fois le 20 mai 1961, et s’y sont retrouvées avant de se séparer le 19 mars 1962. Rebelles, maquisards, face à des hommes habitués aux tapis verts, chacun a observé l’autre, argumenté pas à pas, dû lutter parfois contre ses autorités respectives qui mesuraient mal l’atmosphère sur place et qui avaient leur propre logique. Pour la première fois, ces hommes se serrent la main. La guerre est finie.
De la Syrie à la Libye, le projet « néo-ottoman » d’Erdogan titrait récemment Le Monde ; c’est dire l’intérêt qui s’attache à une étude renouvelée de ce que représenta l’Empire ottoman et des traces laissées par sa chute en 1918.
C’est une fresque très documentée, s’appuyant sur une connaissance approfondie de son pays natal et comprenant de nombreux noms vietnamiens écrits dans leur graphie, que livre Nguyen Ngoc Châu. Ingénieur diplômé de l’École centrale, ancien enseignant et ancien cadre de banque, il est revenu travailler au Vietnam en pleine guerre jusqu’à la chute de Saigon.
Fils de militaire, génie littéraire précoce, membre du Comité de Salut Public et théoricien de la Terreur, guillotiné à l'âge de 26 ans en même temps que Robespierre le 28 juillet 1794, Louis-Antoine de Saint-Just fascine encore. Sa dernière biographie en langue française datait pourtant de plus de trente ans. C'est dire si cette nouvelle publication était attendue.
On ne peut comprendre les guerres qui ont marqué l’espace de l’ancienne Yougoslavie, entre 1991 et 1995, qu’en ayant une perception du passé des peuples, nations, groupes linguistiques et religieux, étroitement imbriqués sur ces territoires des Balkans et de l’Europe du Sud-Est. En effet, durant la Seconde Guerre mondiale, on y a vu une multiplication des « guerres dans la guerre », pour reprendre l’expression de Milovan Djilas, que l’on retrouve dans certains confins polonais et ukrainiens. Mais cette forme de guerre n’a été déterminante qu’en Europe du Sud-Est. De fait, cette région a constitué un « troisième front » de la Seconde Guerre mondiale en Europe, bien distinct des fronts occidental et russe. Sur ce « troisième front », les armées régulières ont cédé le pas aux unités de partisans et aux milices de villages, les grandes offensives et les exploits logistiques se sont effacés devant les embuscades et les divers trafics. Par certains aspects, la Seconde Guerre mondiale en Europe du Sud-Est rappelle donc les « nouvelles guerres » que Mary Kaldor a cru voir apparaître dans les années 1990 en Afrique, en Asie ou en ex-Yougoslavie.
Alors que la dissuasion nucléaire était au centre du premier Livre blanc de 1972, dix ans après la crise des missiles à Cuba, c’est bien le renseignement qui est devenu, aujourd’hui, la pierre angulaire de notre politique de sécurité nationale. Il est notre « première ligne de défense ». Comme le déclarent les rédacteurs du dernier Livre blanc de 2013 – deux années après les attentats du 11 septembre – le renseignement s’avère indispensable, parce qu’il « sert autant à la prise de décision politique et stratégique qu’à la planification et à la conduite des opérations au niveau tactique ». On sait bien, chaque jour davantage, que pour faire face aux dangers qui nous menacent ainsi qu’aux grands enjeux du XXIe siècle, nous avons plus que jamais besoin de développer des connaissances et des capacités d’anticipation. « Connaître et anticiper », cet impératif de notre stratégie de défense et de sécurité nationale a été affirmé pour la première fois dans le Livre blanc de 2008, puis rappelé et conforté dans sa dernière version de 2013. Sans l’action des services de renseignements, il n’est guère possible de connaître de l’intérieur les multiples mouvances islamistes ni de lutter efficacement contre le terrorisme.
En publiant ce guide de stratégie maritime, le professeur James R. Holmes annonce vouloir faire œuvre pédagogique pour tous ceux qui versent dans les affaires du monde maritime, du jeune étudiant au praticien chevronné, civil ou militaire. Mais le titulaire de la chaire de stratégie maritime au Naval War College vise en réalité avant tout les officiers de l’US Navy, et en priorité les jeunes officiers, afin de leur donner dès le berceau les bases théoriques qui leur permettront de lutter contre la « tyrannie du temps », cette pression de l’urgence qui les empêche de penser le cadre conceptuel de leur métier au cours de leur carrière.
« On n’attaque une ville qu’en désespoir de cause », Sun Tzu (L’Art de la guerre, chapitre III)
La RDN est fière d'accompagner Nemrod – Enjeux contemporains de défense et de sécurité et ses auteurs dans la promotion de ce Cahier de la RDN. Venez retrouver l'équipe et les auteurs de « La guerre des sanctions » le mercredi 2 avril à la Librairie Pedone à Paris pour un temps d'échange sur ce sujet qui fait l'actualité.
Rendez-vous :
Mardi 2 avril
18h30-20h30
13 rue Soufflot – 75005 Paris
Librairie Pedone
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