Avril 2022 - n° 849

Ukraine-Russie : rupture géopolitique

« Il ne peut pas y avoir de paix sans justice et respect des droits humains. »

Irène Khan
136 pages.

Passée la sidération des premiers jours ayant suivi le 24 février, avec l’attaque brutale de la Russie contre l’Ukraine sur plusieurs fronts, le temps de la guerre est redevenu central en Europe. Pour la première fois depuis 1945, un État souverain en attaquait un autre, au nom d’une approche idéologique censée puiser ses sources dans l’Histoire troublée du « Vieux Continent ». Les références à la Seconde Guerre mondiale abondent désormais tant dans les discours des dirigeants des deux États en guerre que dans les analyses et les commentaires des événements. Et là encore, paradoxe de l’Histoire, il faut bien se référer aux errements de la Grande Armée de Napoléon ou de la Wehrmacht pour comprendre ce qui se passe sur le terrain, entre modes d’actions, plans de progression et réalités du terrain. Lire la suite

  p. 1-1

Ukraine-Russie : rupture géopolitique

La guerre en Ukraine semble être un retour vers la guerre froide. Or, celle-ci était principalement d’ordre idéologique. Aujourd’hui, c’est d’abord un conflit géopolitique majeur, remettant en cause la mondialisation libérale commencée après la chute du communisme soviétique. Lire les premières lignes

  p. 7-10

La Moldavie, petit pays latin d’Europe orientale, est apparue depuis le 24 février sur les cartes. À la frontière entre Roumanie et Ukraine, Chisinau, la capitale, doit compter avec deux territoires, l’un sécessionniste – la Transnistrie – et l’autre autonomiste – la Gagaouzie – qui pourraient faire basculer le destin des Moldaves. Lire les premières lignes

  p. 11-18

La guerre provoquée par la Russie contre l’Ukraine rallume la question sensible de l’orthodoxie dont les structures liées à l’histoire sont très complexes. Vladimir Poutine a voulu instrumentaliser la religion à des fins géopolitiques, en prenant le risque de fracturer durablement le monde orthodoxe. Lire les premières lignes

  p. 19-22

L’information est une arme essentielle dans les crises avec des approches très différentes entre les démocraties et les régimes autoritaires. Ceux-ci instrumentalisent l’information à des fins de désinformation. À l’inverse, les démocraties peuvent se renforcer et contrer la menace en demeurant ouvertes. Lire les premières lignes

  p. 23-24

La guerre contre l’Ukraine a d’ores et déjà donné plusieurs leçons pour l’Europe, dont sa relative faiblesse sur le plan militaire. Le constat est sévère, mais un premier résultat est une prise de conscience du besoin d’unité et de renforcement d’une défense plus que jamais nécessaire. Lire les premières lignes

  p. 25-26

L’Europe centrale et orientale est mal connue de l’Orient, pour de nombreuses raisons dont une histoire complexe et en mutation quasi permanente. Après la chute du Mur, les sociétés civiles ont pu renaître et se rapprocher, au-delà des méfiances ancestrales. La crise actuelle ouvre de nouvelles perspectives. Lire les premières lignes

  p. 27-32

La guerre imposée par la Russie à l’Ukraine ouvre une crise géopolitique majeure mettant en cause tous les équilibres mis en place en Europe. Ce peut être une opportunité pour que celle-ci reprenne son destin en main en ayant une ambition commune ouverte vers l’avenir. Lire les premières lignes

  p. 33-36

L’histoire européenne est marquée par les guerres et donc par des traités entérinant les victoires et les défaites militaires. Certains de ces accords ont pu résoudre les antagonismes avec des solutions durables. D’autres ont échoué à réconcilier les protagonistes. Mais seule la diplomatie peut achever la guerre. Lire les premières lignes

  p. 37-42

La crise entre l’Ukraine et la Russie s’inscrit dans un registre civilisationnel complexe dans lequel le facteur religieux est une composante majeure. L’autocéphalie des Églises orthodoxes s’inscrit dans des rivalités historiques entre les patriarcats de Moscou et de Constantinople. Lire les premières lignes

  p. 43-47

La guerre en Ukraine a mis en exergue la question de la mer d’Azov désormais sous contrôle de la Russie, privant l’Ukraine d’un de ses accès à la mer Noire et donc vers la Méditerranée. La question maritime reste toujours complexe pour une puissance essentiellement continentale. Lire les premières lignes

  p. 48-56

Il y a 50 ans

Michel Debré, ministre d’État chargé de la Défense nationale, exposait dans un très long article la place de la fonction militaire dans la France de 1972. Il y présentait notamment le futur Statut général des militaires qui allait être promulgué le 13 juillet 1972 et qui a constitué un fondement essentiel pour l’institution en consolidant sa place au sein de l’État et de la Nation. Lire la suite

  p. 58-58

Repères

Face aux défis sécuritaires grandissants, il est nécessaire que l’Europe progresse dans son autonomie stratégique. Cela passe par une démarche pragmatique entre l’UE et l’Otan, notamment dans le domaine capacitaire renforçant la BITDE. La PFUE est ici une opportunité pour favoriser cette envergure. Lire les premières lignes

  p. 59-65

L’extraterritorialité du droit tend à croître au détriment de la souveraineté nationale. Cela fragilise nos entreprises de défense dans un contexte concurrentiel agressif. D’où le besoin d’une réponse normative coordonnée dans le cadre de l’Union européenne. Lire les premières lignes

  p. 66-70

La souveraineté de la France doit être consolidée dans la durée, en regardant à l’horizon 2050. Cela passe par l’innovation et la dualité des technologies à développer. Cela signifie construire des synergies à l’échelle européenne. Cela nécessite d’obtenir l’adhésion des opinions publiques autour des enjeux de sécurité. Lire les premières lignes

  p. 71-75

L’enseignement de défense – longtemps l’apanage des seuls militaires – est entré dans le monde académique tant français qu’européen. De nombreuses initiatives se développent contribuant à une meilleure approche des enjeux stratégiques avec des évolutions certaines au regard du conflit en Ukraine. Lire les premières lignes

  p. 76-81

Opinions

Depuis la chute du Mur, défendre l’Europe est une question sensible avec des approches différentes, complémentaires ou concurrentielles. Entre l’Otan aux vertus rassurantes, mais insuffisantes et l’UE ayant longtemps récusé la notion de puissance, l’Europe doit trouver sa voie pour affronter les défis stratégiques. Lire les premières lignes

  p. 82-87

Le conflit signifie un antagonisme entre deux parties, chacune se considérant comme légitime et justifiant son bon droit à agir. Cela oblige à réfléchir sur la notion de l’ennemi et son lien avec une approche morale, l’ennemi étant le « méchant ». D’où la dialectique du bien et du mal dans la guerre. Lire les premières lignes

  p. 88-93

Après le Brexit et le départ de Londres, de nouveaux équilibres sont à trouver en Europe. L’axe Paris-Berlin connaît de sérieuses difficultés. Rome retrouve une place intéressante et la relation France-Italie peut être bénéfique au reste de l’Europe à condition que Paris ne fasse plus preuve de condescendance. Lire les premières lignes

  p. 94-100

La pandémie de la Covid-19 a démontré les faiblesses des réponses initiales et la nécessité de raisonner et travailler désormais sur un éventail plus large, par définition international. La dimension européenne est ainsi pertinente et contribuera à renforcer la sécurité sanitaire des Français. Lire les premières lignes

  p. 101-102

Le contrôle des services de renseignement est un enjeu politique dans les pays à régime démocratique. La transparence n’est pas automatique, mais il est nécessaire de progresser pour une meilleure acceptation du rôle des services par les citoyens de plus en plus sensibles sur cette question. Lire les premières lignes

  p. 103-108

Approches régionales

Okinawa résonne de manière spécifique dans la relation sino-américaine. Depuis la bataille du printemps 1945, la présence militaire américaine y est massive. Malgré une certaine contestation sur l’île, Tokyo ne remet pas en cause le rôle central d’Okinawa pour Washington. Lire les premières lignes

  p. 109-113

La France se veut un acteur dans l’Indo-Pacifique, de par sa présence liée aux différents territoires ultramarins. Toutefois, cela ne suffit pas à renforcer un rôle de puissance régionale, car d’autres composantes sont nécessaires, dont le volet économique. Lire les premières lignes

  p. 114-120

Chronique

Face à des difficultés internes ou à des blocages politiques, les régimes autocratiques ont eu tendance à tenter l’aventure extérieure, pensant fidéliser le sentiment nationaliste. Or, la fuite en avant aboutit généralement à un échec, préludant souvent à une faillite du régime. Lire les premières lignes

  p. 121-124

Recensions

L’auteur, Claire Miot appartient à cette nouvelle – et excellente – génération d’historiens, universitaire de haut niveau, spécialisée dans l’histoire militaire à l’issue d’un passage au Service historique de la défense (SHD). Dans son cas personnel, normalienne issue de la rue d’Ulm, elle a été chargée d’études, de recherche et d’enseignement plusieurs années au SHD. Elle cumule donc une formation très solide avec une acculturation in vivo au milieu qui sera l’objet de ses travaux. Elle est donc parfaitement légitime. Lire la suite

  p. 125-129

Anne Cheng (dir.) (avec la collaboration d’Éric Vigne) : Penser en Chine  ; Gallimard, 2021 ; 560 pages - Éric Meyer

Comment continuer à penser en Chine ? C’est à cet énorme débat que s’attelle Anne Cheng dans ce livre, en y compilant les réponses d’une vingtaine de contributeurs universitaires politologues, juristes, voire historiens. Tous s’appliquent à traquer l’imposture et le mensonge d’État, démonter les rouages idéologiques de la machine de répression de la pensée, les techniques très élaborées de subjugation des sphères sociales, l’achat du silence, la censure. Ces témoins nous dévoilent aussi les « ruses » de rares intellectuels qui parviennent à préserver et émettre un discours pluraliste, en composant avec le discours officiel, feignant de se fondre dans le creuset de l’idéologie et de répéter les slogans pour mieux ensuite dériver vers une pensée indépendante. Dans l’ouvrage, l’Histoire est appelée à la rescousse pour rappeler que la Chine, mis à part de fugaces parenthèses comme celle de la dynastie Tang (618-907), n’a jamais connu la liberté de penser, ni l’état de droit, dont les concepts lui sont profondément étrangers. Anne Cheng part d’un constat accablant : en 2007, l’Occident a raté l’occasion de se poser la bonne question. Après trente ans d’essor économique sans précédent en Chine, la question qu’on se posait implicitement était « par quelles étapes le régime allait faire transiter sa société pour la conduire paisiblement vers l’état de droit ». Sans imaginer que très bientôt, dès 2008, année des JO de Pékin et du krach boursier mondial, le régime allait renoncer à cette attitude de coopération avec l’Occident pour entrer dans une nouvelle phase de confrontation à l’extérieur, et de durcissement et intolérance à l’intérieur. Lire la suite

  p. 130-132

Alexandre Paringaux et Frédéric Lert : Forces aériennes stratégiques - Les ailes de la dissuasion nucléaire  ; Éditions Zéphyr, 2022 ; 112 pages - Philippe Wodka-Gallien

Il faut remercier l’Armée de l’air et de l’espace pour avoir soutenu la réalisation de ce très bel ouvrage. Il s’agit avec Les ailes de la dissuasion nucléaire de saluer l’action et le quotidien des Forces aériennes stratégiques françaises. Lorsque l’un des meilleurs photographes de l’aviation militaire fait alliance avec un journaliste de la défense connaissant bien son sujet, cela donne ce livre de haute qualité. Dans cet hommage, l’image occupe l’essentiel, avec l’idée de nous faire vivre de l’intérieur l’ambiance des opérations. Aux images d’archives s’ajoutent les reportages photos, au sol et en vol, spécialement conduits pour ce livre. Ne manquent que les effluves de kérosène et la musique des M88 qui propulsent le Rafale. La maquette est très efficace, les appareils soigneusement cadrés mettent en majesté Rafale, C-135FR, A330 Phénix et missile ASMP-A. On salue le choix judicieux des montages parallèles Mirage IV – Mirage 2000N – Rafale / Boeing C-135FR – Airbus A330 / bombe AN22 – missile ASMP-A, la base enterrée de Taverny d’hier à aujourd’hui, faisant ainsi dialoguer le passé et le présent. Lire la suite

  p. 132-132

Revue Défense Nationale - Avril 2022 - n° 849

Ukraine-Russie : rupture géopolitique

Ukraine-Russia: Geopolitical Rupture

The war in Ukraine might appear to be a return to the Cold War, and yet it is principally ideological. Today, it is above all a major geopolitical conflict which is calling into question the liberal globalisation that started after the collapse of Soviet communism.

It was on 24 February that Moldavia, the small Latin country in Eastern Europe, appeared on the map. Situated on the border between Romania and Ukraine its capital, Chisinau, has to contend with two territories, the breakaway Transnistria and the autonomous Gagauzia. Either—or both—could dramatically alter the destiny of the Moldavians.

The war started by Russia against Ukraine is rekindling the sensitive issue of Christian Orthodoxy, whose exceedingly complex structures are steeped in history. Vladimir Putin sought to instrumentalise the religion for geopolitical ends whilst risking long-term divisions in the orthodox world.

Information is an essential weapon in crisis situations, though democracies and authoritarian regimes have very different approaches to it. Authoritarian regimes adopt it to spread disinformation, whereas democracies can use it to strengthen their position and counter the threat by remaining open societies.

The war against Ukraine has already dealt a number of lessons for Europe, among which its relative military weakness. These lessons are hard to accept, but an initial result has been a recognition of the need for unity and for the strengthening of defence, now more than ever necessary.

Central and Eastern Europe is often referred to simply as ‘the East’ for many reasons, not least of which a complex history and almost permanent state of change. Since the fall of the Wall, civil societies have been able to transcend ancient mistrust to rebuild themselves and establish closer relationships. The current crisis is opening up new perspectives.

Russia’s war imposed upon Ukraine is opening up a major geopolitical crisis which is calling into question all of the power balances established in Europe. This could be the opportunity for Europe to grasp its destiny once more, and to establish a common, open ambition for the future.

European history is notable for its wars, and thus for the treaties that have ratified military victories and defeats. Some of these agreements have achieved lasting solutions to resolve antagonisms, whereas others have failed to reconcile the protagonists. That said, diplomacy remains the only way to put an end to war.

The crisis between Ukraine and Russia is taking place at a complex level of civilisation in which a major element is the religious factor. The autocephalous tradition of the Orthodox churches is embedded in the historical rivalry between the patriarchs of Moscow and Constantinople.

The war in Ukraine has highlighted the question of the Sea of Azov, which is now under Russian control, thus depriving Ukraine of one of its accesses to the Black Sea and therefore to the Mediterranean. Maritime matters are always complex for any essentially continental power.

Viewpoints

Faced with growing security challenges, Europe needs to move forward with its strategic autonomy. That requires a joint, pragmatic approach by NATO and the EU, particularly in the capability field in order to strengthen the European DITB. The French Presidency of the Council of the European Union offers the opportunity to favour this expansion.

Extraterritoriality of law is tending to expand to the detriment of national sovereignty, in turn weakening our defence industries in an aggressively competitive environment. Because of this, there is a need for a coordinated, prescriptive response within the framework of the European Union.

French sovereignty needs to be consolidated over the long term, looking ahead to 2050. That requires innovation and duality of technologies yet to be developed. It also means synergies have to be established on a European scale, hence the necessity to gain the support of public opinion on security matters.

The teaching of defence, which has for long been the privilege of military staff alone, has now entered the French and European academic sphere. A number of initiatives is being developed which will contribute to a better approach to strategic challenges and offer some definite advances with regard to the conflict in Ukraine.

Opinions

Defending Europe has been a sensitive subject since the fall of the Wall, with varying approaches, both complementary and competitive. Between NATO, with its reassuring but insufficient virtues, and the EU, which has for long objected to the notion of power, Europe has to find its way in order to confront strategic challenges.

Conflict refers to the antagonism between two parties, each considering itself legitimate and justifying its right to act. It is worth reflecting on the notion of the enemy from a moral standpoint, since the enemy is the malevolent. From this we have the opposing forces of benevolence and malevolence in warfare.

Following Brexit and the departure of London, new balances need to be found in Europe. The Paris-Berlin axis is in serious difficulty. Rome is recovering an interesting position and the France-Italy relationship could prove beneficial to the rest of Europe, but only if Paris puts an end to its condescension.

O

The Covid-19 pandemic has demonstrated the weaknesses in initial responses and the need henceforth to consider and work on a far wider scale, by definition international. The European dimension is therefore pertinent and will contribute to improving public health and safety for the French population.

Opinions

Control over intelligence services carries political stakes in countries with democratic regimes. Transparency is not automatic but is nevertheless necessary to progress towards better acceptance of the role of the services by citizens now ever more sensitive to the question.

Regional Approaches

Okinawa has a special place in the Sino-American relationship. US military presence there has been massive ever since the battle in the spring of 1945. Despite a degree of dispute on the island, Tokyo does not question the central role Okinawa plays for Washington.

France considers itself an actor in the Indo-Pacific region by virtue of its presence linked to its various overseas territories. Nevertheless, that is not sufficient to support the role of a regional power, since other components are needed—including economic support.

Chronicle

When faced with domestic difficulties or political obstacles autocratic regimes have tended to try their luck in external adventures, thinking they would boost nationalist feelings. Such headlong flights generally end in failure, often the prelude to collapse of the regime.

Book Reviews

Anne Cheng (dir.) (avec la collaboration d’Éric Vigne) : Penser en Chine  ; Gallimard, 2021 ; 560 pages - Éric Meyer

Alexandre Paringaux et Frédéric Lert : Forces aériennes stratégiques - Les ailes de la dissuasion nucléaire  ; Éditions Zéphyr, 2022 ; 112 pages - Philippe Wodka-Gallien

Revue Défense Nationale - Avril 2022 - n° 849

Ukraine-Russie : rupture géopolitique

Passée la sidération des premiers jours ayant suivi le 24 février, avec l’attaque brutale de la Russie contre l’Ukraine sur plusieurs fronts, le temps de la guerre est redevenu central en Europe. Pour la première fois depuis 1945, un État souverain en attaquait un autre, au nom d’une approche idéologique censée puiser ses sources dans l’Histoire troublée du « Vieux Continent ». Les références à la Seconde Guerre mondiale abondent désormais tant dans les discours des dirigeants des deux États en guerre que dans les analyses et les commentaires des événements. Et là encore, paradoxe de l’Histoire, il faut bien se référer aux errements de la Grande Armée de Napoléon ou de la Wehrmacht pour comprendre ce qui se passe sur le terrain, entre modes d’actions, plans de progression et réalités du terrain.

Le 24 février a ouvert une boîte de Pandore dont les conséquences semblent d’ores et déjà bien plus graves que celles ayant suivi le 11 septembre 2001. Parce qu’il s’agit d’une guerre symétrique entre des États développés, parce que cela se passe au cœur de l’Europe, parce que la Russie est le plus grand État de la planète de par sa taille, parce que les pays voisins sont membres de l’Otan et de l’UE pour la plupart et parce que l’ombre de l’arme nucléaire plane sur ce conflit dont nul ne peut en ce début avril prédire la conclusion.

Cette rupture géopolitique majeure nous oblige à tout revoir. De la grammaire de la dissuasion nucléaire aux fondements de cet antagonisme entre deux États aux racines croisées puisant dans l’héritage de l’orthodoxie, dont certains considèrent que Moscou serait la troisième Rome, après la Ville éternelle et Constantinople. Et il est vrai que le temps faisant chemin, nous avions un peu délaissé et oublié ce qui se passait à l’est de l’Europe, le regard obnubilé vers le sud de la Méditerranée ou vers les lointains horizons de l’Indo-Pacifique.

Ce dur rappel à la réalité géostratégique – dûment rappelé dans chaque numéro de la RDN – souligne combien la défense reste une fonction essentielle et déterminante pour un État, surtout s’il veut en même temps affirmer sa souveraineté et assumer ses responsabilités. Et ce mois d’avril sera pour la France un rendez-vous politique majeur avec l’élection présidentielle, obligeant à faire un choix dont celui de choisir notre destin autour de nos forces armées et de notre écosystème défense qui apparaissent plus que jamais comme garants de notre liberté d’action. C’est aussi un des autres paradoxes des conséquences du 24 février avec un intérêt accru pour les questions de défense de la part des candidats à l’élection, ce qui a amené la RDN à proposer un cahier numérique (www.defnat.com) avec les projets portés par ceux-ci pour accéder à l’Élysée.

Il faut cependant garder tête froide et ne pas céder soit aux pusillanimes, soit aux va-t-en-guerre dans cette crise majeure. Plus que jamais, il importe de regarder et de comprendre en s’inscrivant à la fois dans le temps long de l’histoire pour analyser les causes et les ressorts, mais en allant au-delà de l’horizon pour que les décisions prises construisent l’avenir et ramènent un minimum d’espoir pour les générations à venir. ♦

Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Avril 2022 - n° 849

Ukraine-Russie : rupture géopolitique

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