Juillet-Août-Septembre 2022 - n° 852

AUKUS, un an après

224 pages

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine bouleverse les équilibres géopolitiques déjà fragiles autour de la Méditerranée. Les tensions se sont accrues, attisées par une posture russe agressive pour déstabiliser l’Europe, ses institutions et ses projets politiques et économiques. Il est urgent de réagir et de sortir de l’irénisme. Lire les premières lignes

  p. 7-12

Ce numéro spécial, fruit de la coopération entre la Revue Défense Nationale (RDN) et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), rassemble un ensemble de contributions de chercheurs français et étrangers consacrées au partenariat de sécurité AUKUS, un an après. Pour autant ce n’est ni un état des lieux fastidieux ni un bilan. L’objectif essentiel de l’accord étant la construction d’au moins 8 sous-marins à propulsion nucléaire, l’horizon reste assez lointain : les spécialistes s’accordent pour évoquer la livraison d’une première unité vers 2030. Lire la suite

  p. 13-16

Perspective stratégique

Ricochets stratégiques

Si l’Indopacifique peut sembler éloignée des préoccupations des Européens, il faut souligner le dilemme stratégique imposé désormais à l’Europe. Celle-ci y a des intérêts et ne peut se désintéresser de la compétition entre les États-Unis et la Chine. Cela signifie augmenter la présence européenne dans cette région. Lire les premières lignes

  p. 19-24

La guerre en Ukraine a des implications majeures pour l’Indo-Pacifique. Le Japon observe avec attention les enseignements de ce conflit en vue de renforcer sa propre défense en approfondissant sa relation militaire avec les États-Unis. Tokyo doit aussi accroître la résilience du fonctionnement de son pays en cas de crise. Lire les premières lignes

  p. 25-30

La mer de Chine méridionale (MCM) fait l’objet d’intenses convoitises et de revendications notamment par la Chine. Celle-ci pratique une guerre juridique autour du lawfare pour justifier ses actions. Cependant, les résultats semblent mitigés au regard du manque de soutien international. Lire les premières lignes

  p. 31-37

Les guerres d’influence sont une réalité de la zone Indo-Pacifique avec la confrontation de modèles de natures distinctes et aux objectifs opposés. Une bipolarité régionale entre la Chine et les États-Unis se profile avec la question du rôle de la France. Celle-ci doit réaffirmer ses positions et revenir dans le jeu. Lire les premières lignes

  p. 38-42

L’annonce de l’alliance AUKUS a été présentée en France comme une surprise stratégique – sans oublier l’aspect humiliant – mais la question n’est-elle pas plutôt la révélation de la surestimation de la puissance française. Celle-ci doit désormais se réinventer dans la zone indopacifique pour redevenir crédible. Lire les premières lignes

  p. 43-47

Taïwan et son détroit focalisent les divergences stratégiques entre la Chine et l’île indépendantiste soutenue par les États-Unis. Ceux-ci disposent de Sous-marins nucléaires d’attaque qui assurent une mission dissuasive face à la marine chinoise. D’où le choix de l’Australie de se doter de SNA dans le cadre de l’alliance AUKUSLire les premières lignes

  p. 48-52

AUKUS et compétition technico-opérationnelle

L’évolution accélérée du contexte stratégique dans l’Indo-Pacifique a entraîné la décision australienne de se doter de sous-marins nucléaires d’attaque, entraînant de facto la rupture du programme engagé avec la France. AUKUS traduit cette nouvelle ambition pour Canberra d’être plus actif dans la région. Lire les premières lignes

  p. 53-60

Le choix d’une propulsion nucléaire pour les sous-marins australiens dans le cadre d’AUKUS pose de nouvelles questions pour le régime de non-prolifération, issu du TNP. Ce précédent pourrait ouvrir une brèche pour d’autres pays ayant des ambitions plus ou moins affirmées dans le champ du nucléaire militaire, dont l’Iran. Lire les premières lignes

  p. 61-65

La Chine planifie sa conquête des technologies émergentes avec une efficacité exceptionnelle. La fusion de la recherche entre civils et militaires permet une accélération des investissements et un positionnement conquérant sur la définition des normes, enjeu de la compétition internationale dominée par les États-Unis. Lire les premières lignes

  p. 66-71

La Grande stratégie américaine en Indo-Pacifique est en cours d’évolution et d’adaptation pour répondre aux menaces, notamment chinoises. La cyberdissuasion en est une des formes avec le développement d’infrastructures numériques résilientes au profit des partenaires de la région, alors que la concurrence y est forte. Lire les premières lignes

  p. 72-77

Les armes hypersoniques en dotation ou en cours de développement ouvrent des perspectives stratégiques en conférant des avantages opérationnels aux États détenteurs de ces engins. Ils accroissent les incertitudes et bouleversent les équilibres traditionnels entre les puissances. De nouveaux rapports de forces sont possibles. Lire les premières lignes

  p. 78-83

L’Indopacifique se caractérise par ses élongations et donc des zones difficiles à surveiller. La course à l’armement est une réalité avec un emploi de plus en plus large des drones aériens et maritimes qui constituent des démultiplicateurs d’effet. Cela risque d’accroître les tensions en l’absence de réelle coopération internationale. Lire les premières lignes

  p. 84-87

La zone indopacifique est un espace majeur pour les opérations maritimes. La montée en puissance des marines y est significative, notamment pour les sous-marins. Ceux-ci constituent un atout militaire de premier ordre avec une augmentation des programmes, certains pouvant déboucher sur l’usage de la propulsion nucléaire. Lire les premières lignes

  p. 88-94

AUKUS+1, un aggiornamento stratégique ?

L’Union européenne a adopté sa Boussole stratégique avec l’ambition de mieux répondre aux rivalités de puissances comme la Russie ou la Chine. Cela implique un niveau d’ambition plus important, nécessitant un engagement accru de la part des États-membres, le tout en vue de renforcer notre souveraineté. Lire les premières lignes

  p. 95-100

Les États-Unis développent une stratégie de dissuasion intégrée en y associant leurs alliés en s’appuyant sur l’approche « coordination, innovation et coopération ». Celle-ci dépasse le simple cadre militaire et se veut au service d’une diplomatie proactive, appuyée par une force militaire crédible. Lire les premières lignes

  p. 101-105

L’Antarctique dispose d’un régime juridique permettant une coopération internationale civile. Or, cet espace est convoité à des fins géopolitiques et économiques. La Chine y est de plus en plus active et pourrait remettre en cause le statu quo, d’où une réaction de l’Australie et l’affirmation d’une ambition française à y être présente. Lire les premières lignes

  p. 106-110

AUKUS et la guerre en Ukraine auraient pu pousser à un rapprochement conséquent entre Moscou et Pékin. La Chine, certes, a réaffirmé son soutien à la Russie, mais sans pour autant le concrétiser, notamment sur le plan militaire. Mais, un approfondissement de la relation n’est pas à exclure à l’avenir. Lire les premières lignes

  p. 111-115

Le Viêt Nam entretient des liens complexes avec la Chine, mais bénéficie de l’assistance de Pékin, particulièrement pour anticiper d’éventuels désordres sociaux. Il s’agit aussi de préserver la souveraineté nationale du régime de Hanoi, tout en ménageant ses partenaires, que ce soit la Chine ou les États-Unis. Lire les premières lignes

  p. 116-120

L’Indonésie s’efforce de maintenir un certain équilibre dans ses relations avec les grandes puissances, les États-Unis, la Chine et la Russie. L’objectif de Jakarta est surtout de renforcer son autonomie stratégique en modernisant à la fois sa défense, et en établissant des coopérations stables et durables. Lire les premières lignes

  p. 121-125

L’ASEAN, créée en 1967, se retrouve confrontée à l’AUKUS avec des approches distinctes quant à son rôle comme pivot central dans la région. Les relations entre les États-Unis et l’organisation régionale manquent encore de profondeur, tant sur le plan sécuritaire qu’économique et doivent être dès lors renforcées. Lire les premières lignes

  p. 126-130

La Russie est revenue très activement sur la scène africaine, profitant notamment d’une instrumentalisation anti-française au Mali. Le groupe Wagner est ainsi le bras armé de Moscou, prêt à soutenir des régimes sans scrupules et dont l’objectif principal est de conserver le pouvoir. Lire les premières lignes

  p. 131-137

Les États-Unis ont eu longtemps des approches différenciées dans la région, sans être acteur reconnu à part entière dans les forums. Malgré une présence en Micronésie, Océanie et Indo-Pacifique, confronté à la concurrence chinoise, Washington doit relancer une politique ambitieuse et respectueuse des souverainetés régionales. Lire les premières lignes

  p. 138-144

Il y a 50 ans

RDN n° 313, juillet 1972André Giraud, administrateur général du CEA (et futur ministre des Armées), faisait le point sur l’usage de l’atome en France, tant dans le domaine militaire avec la montée en puissance de la dissuasion que dans le champ civil. Le programme visant à construire la centrale nucléaire de Fessenheim était alors en pleine phase de développement, avec une mise en service qui eut lieu à partir de 1976. Lire la suite

  p. 146-147

Mémoire stratégique

Au moment où la guerre froide prend l’aspect d’une guerre de mouvement il devient plus nécessaire de resserrer les liens entre les dirigeants du monde libre et de coordonner leur politique. Et quelles que soient l’activité des chancelleries et l’efficacité du travail diplomatique quotidien, les contacts personnels entre chefs d’État offrent des occasions exceptionnelles de confronter leurs points de vue et d’en exposer les raisons. À cette nécessité répond la conférence qui s’est tenue aux Bermudes du 4 au 8 décembre à l’initiative de M. Churchill (1) , entre le président Eisenhower et son secrétaire d’État, M. Dulles, M. Winston Churchill et M. Eden, le Président Laniel et M. Bidault. Lire les premières lignes

  p. 149-152

Note préliminaire : ce texte reprend l’essentiel d’une conférence prononcée par l’auteur à l’Université d’Oxford sur le sujet : « Les nouveaux États indépendants et l’image qu’ils se font de l’Occident ». Lire les premières lignes

  p. 153-164

Note préliminaire : cet article est la reproduction, dans sa forme orale et improvisée d’origine, d’un exposé fait par l’auteur le 25 septembre 1976 à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Lire les premières lignes

  p. 165-176

Nous sommes actuellement dans une période où les comparaisons entre les arsenaux militaires des diverses puissances de la planète fleurissent. Dans le domaine des armements navals, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on se plaît à reconnaître la forte supériorité du camp occidental sur le camp socialiste. Lire les premières lignes

  p. 177-188

* Le titre de l'article fait évidemment allusion à l’ouvrage de Tibor Mende La Chine et son ombre ; Le Seuil, Paris, 1970. Lire les premières lignes

  p. 189-197

Recensions

Pelopidas Benoît : Repenser les choix nucléaires  ; Éditions SciencesPo – Les Presses, 2022 ; 306 pages - Bernard Norlain

Au moment où Vladimir Poutine brandit la menace nucléaire contre l’Occident et où le fait nucléaire revient en force sur la scène stratégique, la réflexion novatrice et originale développée dans ce livre par Benoît Pelopidas, permettant de repenser les choix nucléaires, devient particulièrement pertinente. Lire la suite

  p. 199-202

Grégory Daho, Florent Pouponneau et Johanna Siméant-Germanos (dir.) : Entrer en guerre au Mali – Luttes et politiques bureaucratiques autour de l’intervention française  ; Éditions Rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2022 ; 319 pages - Esther Bourgeois

Entrer en guerre au Mali présente une enquête de sociologie politique sur les interventions internationales en analysant principalement le cas de l’opération Serval (2013-2014). L’ouvrage met en lumière les conditions de possibilité d’une entrée en guerre et les luttes politiques et bureaucratiques qui y sont liées. L’argument s’appuie sur l’analyse des jeux de pouvoirs au sein de l’appareil décisionnaire français. En effet, la fabrication intersectorielle de la politique extérieure de la France est façonnée par des contraintes produites par les luttes politico-bureaucratiques. La conduite de cette politique s’inscrit dans une pluralité d’espaces sociaux en interrelation et est caractérisée par des asymétries internes. Composé de neuf chapitres et illustrés par trois dossiers d’étude, cet ouvrage a la particularité d’être issu d’un séminaire de recherche collectif réunissant enseignants-chercheurs, doctorants, journalistes et étudiants. Lire la suite

  p. 202-204

Céline Marangé et Maud Quessard (dir.) : Les Guerres de l’information à l’ère du numérique  ; Puf, 2021 ; 456 pages - Dusan Bozalka

Longtemps restées absentes du champ académique français, les guerres de l’information ont consacré l’avènement du cyberespace en tant que nouveau terrain de conflictualité entre les États. Cet ouvrage, dirigé par Céline Marangé et Maud Quessard, se présente comme une synthèse multidisciplinaire des enjeux posés par la lutte informationnelle. Pour la plupart issus de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), chercheurs civils et militaires y livrent tour à tour leurs analyses concernant les évolutions stratégiques suscitées par la révolution numérique. Lire la suite

  p. 204-205

J. Cirillo, L. Curtis, J. Fitt, K. Frederick, C. Goldberg, I. Goldenberg, A. Kendall-Taylor, M. Lamberth, M. Rasser, D. Torres / Leonardo Dinic : The Future of the Digital Order / « US-China Competition–Semiconductors and the Future of Tech Supremacy »  ; CNAS, novembre 2021 ; 48 pages / China-US Focus, février 2021 - Valentin Collumeau

Le contrôle de l’information, les technologies de surveillance et les normes de gouvernance de la technologie : voici les trois points fondamentaux sur lesquels repose l’écosystème numérique des autocraties qui menacent de bouleverser l’équilibre mondial, selon le rapport The Future of the Digital Order. Inscrit dans un projet de lutte contre l’illibéralisme high-tech qui fait basculer les nouvelles technologies d’un « remède démocratique universel » à un « moyen de subversion autoritaire », ce rapport du think-tank progressiste Center for a New American Security (CNAS) témoigne des nouvelles menaces apportées par le numérique. Lire la suite

  p. 206-207

Nicolas Regaud, Bastien Alex et François Gemenne : La Guerre chaude – Enjeux stratégiques du changement climatique  ; Presses de Sciences Po, 2022 ; 302 pages - Théophile Drieux

Le changement climatique et ses effets sont globalement connus du public, contrairement à ses implications sécuritaires et stratégiques. Sans être la cause reconnue de conflits à proprement parler, le dérèglement climatique amplifie les instabilités, aggrave les tensions et difficultés préexistantes, d’où l’émergence de la question de la sécurité climatique. Peu de sources francophones abordent la question de l’impact du changement climatique sur la sécurité humaine au sens large. Premier livre en français consacré aux enjeux stratégiques du changement climatique, La Guerre chaude fait donc figure d’ouvrage pionner en la matière. Lire la suite

  p. 207-209

Pierre Journoud (dir.) : Un Triangle stratégique à l’épreuve. La Chine, les États-Unis et l’Asie du Sud-Est depuis 1947  ; Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2022 ; 478 pages - Léa Michelis

L’ouvrage collectif dirigé par Pierre Journoud s’intéresse à la perspective de l’Asie du Sud-Est sur la relation entre la Chine et les États-Unis. Premier ouvrage de la collection pluridisciplinaire « Asies contemporaines » des Presses universitaires de la Méditerranée, il interroge la façon dont la compétition entre les deux grandes puissances américaine et chinoise s’exerce dans cet espace qui constitue la troisième pointe du triangle stratégique : l’Asie du Sud-Est. Uni au sein de l’ ASEAN en 1967, cet espace voit sans cesse son équilibre être recomposé. Alors que la compétition entre la Chine et les États-Unis est souvent sur le devant de la scène médiatique, l’ouvrage est important, car il opère un double décentrement, géographique et temporel. Lire la suite

  p. 210-211

Frédéric Charillon : Guerres d’influence – Les États à la conquête des esprits  ; Odile Jacob, 2022 ; 352 pages - Charlotte Nony

Qu’est-ce que l’influence ? Comment l’État la fabrique-t-elle ? Quelle est la place de l’Europe dans cette nouvelle aire de confrontation et de compétition internationales pour les esprits ? Les démocraties libérales sont-elles préparées à ces mutations ? Le livre Guerres d’influence – Les États à la conquête des esprits de Frédéric Charillon, chercheur et professeur de sciences politiques, nous amène justement à répondre à ces questions. En 9 chapitres thématiques l’auteur y développe une réflexion sur le concept de guerre d’influence. Alors qu’auparavant il existait peu d’ouvrages sur le sujet, la publication de ce livre s’est accompagnée de l’émergence de travaux connexes. Lire la suite

  p. 211-213

Aaron L. Friedberg : Getting China Wrong  ; Polity Press, 2022 ; 246 pages - Marianne Péron-Doise

Sinologue reconnu, Aaron L. Friedberg est professeur de politique et d’affaires internationales à l’université de Princeton. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles mettant en garde contre les dangers d’une intensification de la rivalité économique, militaire et idéologique entre la Chine et les pays occidentaux, notamment les États-Unis avec A Contest for Supremacy: China, America, and the Struggle for Mastery in Asia en 2011, Beyond Air-Sea Battle: The Debate Over U.S. Military Strategy in Asia en 2014 et Partial Disengagement: A New U.S. Strategy for Economic Competition with China en 2020. Lire la suite

  p. 213-215

The White House : Indo-Pacific Strategy of the United States  ; Executive Office of the President, février 2022, 18 pages - Maud Quessard

La centralité de la question chinoise pour l’agenda de sécurité américain est une priorité inévitable des documents stratégiques américains depuis 2017. Dans sa nouvelle stratégie indo-pacifique de février 2022, pensée par le Conseil de sécurité nationale, l’Administration Biden vise à achever la bascule stratégique vers l’Asie amorcée par l’Administration Obama. Les enjeux du réengagement américain sont clairs : réaffirmer la primauté des États-Unis comme leader de la coopération régionale en favorisant un Indo-Pacifique « libre et ouvert », après que l’ère Trump ait favorisé l’ambition chinoise à l’échelle mondiale. L’ambition américaine est d’être au cœur d’un ordre international adapté aux nouvelles menaces, en s’appuyant à la fois sur ses alliés indo-pacifiques (Inde, Japon, Corée du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, Philippines, Thaïlande) et sur ses alliés européens (Royaume-Uni et UE), dont le rôle qu’ils pourraient jouer est mis en avant pour la première fois (notamment dans le détroit de Taïwan). Cette stratégie multidimensionnelle se distingue par son ambition d’équilibre entre une architecture de sécurité renouvelée et des coopérations diplomatiques et économiques renforcées avec les partenaires régionaux. Pour favoriser une économie connectée, résiliente, propre et équitable, elle s’appuie sur l’Indo-Pacific Economic Framework qui propose pour treize États de la région un cadre normatif exigeant pour les conditions de travail, l’environnement, les infrastructures de qualité et les technologies numériques. Pour favoriser la sécurité régionale considérée comme la clé de voûte des échanges et de la stabilité, la dissuasion intégrée, multi-acteurs et multi-domaines, est la pierre angulaire de la modernisation des alliances pour faire face aux menaces chinoises et nord-coréennes. La dernière dimension de la stratégie insiste sur la résilience régionale face aux nouveaux défis que représentent les crises climatiques et pandémiques. Reste que cette ambition américaine reposant sur le partage de valeurs occidentales devra composer avec les autres acteurs régionaux (Brunei, Cambodge, Laos, Myanmar, Thaïlande ou Vietnam). Sa mise en œuvre risque de se heurter à la vision d’autres acteurs de poids, l’ASEAN, centrale pour la coopération régionale, mais aussi l’Union européenne et la France. En outre, la réception du document pointe la nécessité de clarifications stratégiques, certains dilemmes stratégiques complexes, tels que la frontière sino-indienne, la mer de Chine méridionale ou le cas de Taïwan sont simplement survolés. Si l’Inde est bien mentionnée, il est encore difficile de distinguer ce qui justifie pour l’heure une stratégie indo-pacifique plutôt qu’Asie-Pacifique. ♦

  p. 215-216

Cet ouvrage est une contribution importante, qui vient combler la littérature manquante sur le Mouvement du Jihad islamique en Palestine (MJIP) : il s’agit de la troisième monographie consacrée au groupe armé palestinien, les précédentes datant déjà de plusieurs années (Hatina, 2001 ; Alhaj, Dot-Pouillard, Rébillard, 2014). Il s’en distingue notamment par sa méthode, en combinant une approche quantitative des biographies de « martyrs » produites par le groupe, et une étude des textes publiés par Fathi Al-Shiqaqi, fondateur du mouvement, ou dans les organes de presse du groupe. La thèse principale défendue est celle du caractère profondément local du MJIP, loin d’un jihad globalisé : son émergence doit être située dans un contexte historique et politique palestinien. Si des auteurs fréristes, notamment Said Hawwa, ont durablement marqué l’idéologie du groupe, ce dernier ne partage pas la même tradition politique que le Hamas, en s’inscrivant dans un héritage marxiste et décolonial. En outre, la majorité des pères fondateurs du MJIP étaient auparavant affiliés aux courants laïcs-nationalistes. La création du MJIP n’a donc pas entraîné la formation d’une nouvelle idéologie, mais plutôt une réarticulation de ces idéologies avec un symbolisme religieux. C’est ce qui explique que le MJIP et le Hamas se soient développés en deux courants palestiniens distincts, divergents sur la question de savoir comment la Palestine doit-elle être libérée et dans quelles limites géographiques. Lire la suite

  p. 216-217

Revue Défense Nationale - Juillet-Août-Septembre 2022 - n° 852

AUKUS, un an après

The war started by Russia against Ukraine is shaking up already fragile geopolitical balances around the Mediterranean. Tensions have grown, abetted by an aggressive Russian posture aimed at destabilising Europe, its institutions and its political and economic projects. It is urgent to react and put an end to our reconciliatory mood.

Strategic Outlook

Strategic Ricochets

Whilst the Indo-Pacific may appear far from European preoccupations, the strategic dilemma now imposed upon Europe needs to be emphasised. Because of their interests in the region, Europeans cannot isolate themselves from the competition between the United States and China, which means that Euopean presence there should be increased.

The war in Ukraine has major implications for the Indo-Pacific. Japan is keeping a close watch on lessons being drawn from the conflict with a view to strengthening its own defence and deepening its military relationship with the United States. Tokyo has also to build the resilience of its country to continue to operate in case of crisis.

The South China Sea is the object of intense covetousness and claims, particularly by China, which is conducting a legal war—lawfare—to justify its actions apparently without great success, given the lack of international support.

The wars of influence taking place in the Indo-Pacific zone result from the confrontation of distinctly different societal models and opposing objectives. Growing regional bipolarity between China and the United States raises the question of the role of France. The latter must reaffirm its position and re-enter the game.

The announcement of the AUKUS alliance was presented in France as a strategic surprise, not to mention the humiliation caused. And yet isn’t the question more one of over-estimation of French power? This power needs to be reinvented in the Indo-Pacific zone if it is once more to become credible.

Taiwan and the Taiwan Strait are the focus of the strategic divergence between China and the breakaway island supported by the United States. The US has SSNs which conduct a deterrent mission against the Chinese Navy, hence the Australian decision to acquire SSNs in the framework of the AUKUS alliance.

AUKUS and Technical-Operational Competition

Rapidly-increasing developments in the Indo-Pacific strategic situation led to the Australian decision to acquire nuclear-powered attack submarines and with it the cancellation of the programme agreed with France. AUKUS demonstrates Canberra’s ambition to be more active in the region.

The Australian decision in the AUKUS framework to go for nuclear propulsion in its new submarines poses new questions for the non-proliferation regime, which is associated with the NPT. The precedent created risks opening up a breach for other countries with varying levels of ambition in the military nuclear field, including Iran.

China plans its conquest of emerging technologies with exceptional effectiveness. The merging of research in civilian and military sectors allows acceleration of investment and a winning position on definition of standards, a stake in international competition dominated by the United States.

The American Grand Strategy in Indo-Pacific is evolving and adapting to take account of threats, and in particular those posed by China. Cyber deterrence is one element of the strategy, with the development of resilient digital infrastructures which benefit regional partners. Nevertheless, competition is strong.

The hypersonic weapons currently available or under development open new strategic perspectives by conferring operational advantages on those nations which possess them. They increase uncertainty and disrupt traditional balances between powers. New power balances are rendered possible.

A characteristic of the Indo-Pacific is its extent, leading to areas over which it is difficult to maintain surveillance. The arms race is leading to ever-greater use of both airborne and maritime drones which act as effect multipliers, and which in turn risk increasing tensions in the absence of any real international cooperation.

The Indo-Pacific zone is a major area for maritime operations and is seeing a significant increase in maritime power, particularly with the use of submarines, a first-rate military asset. The number of programmes is increasing: some may lead to the use of nuclear propulsion.

AUKUS+1, a Strategic Upgrade?

The European Union adopted its Strategic Compass with the desire to be able to respond better to challenges posed by powers such as Russia and China. This implies an even greater level of ambition, in turn necessitating greater commitment by member states—all with the aim of strengthening our sovereignty.

The United States is developing a strategy of integrated deterrence which associates its allies in an approach based on coordination, innovation and cooperation. This goes beyond a purely military framework and aims to serve proactive diplomacy supported by a credible military force.

The Antarctic has a special legal status which provides for international civil cooperation. The area is nevertheless much coveted for geopolitical and economic reasons. China is more and more active there, and risks upsetting the status quo, which explains the Australian reaction and the affirmation of French ambition to maintain presence there.

AUKUS and the war in Ukraine might be leading to a significant rapprochement between Moscow and Beijing. China, it is clear, has reaffirmed its support for Russia albeit without any material action, particularly military. That is not to exclude a deepening of the relationship in the future.

Vietnam maintains complex links with China and benefits from Beijing’s help, especially in anticipating possible social unrest. There is also the question of preserving the Hanoi regime’s national independence whilst managing its partners—be they China or the United States.

Indonesia makes great effort to maintain a reasonable balance in its relationships with the great powers, the United States, China and Russia. Jakarta’s aim is above all to reinforce its strategic autonomy through modernising its defence and establishing stable and lasting cooperation.

ASEAN, which was founded in 1967, is now confronted by an AUKUS with a distinctly different approach to the role of regional pivot. Relations between the United States and the regional organisation continue to lack depth in both security and economic domains and must now be strengthened.

Russia has returned very actively to the African scene, benefiting in particular from exploitation of anti-French feeling in Mali. The Wagner Group is Moscow’s strong arm, ready to support regimes without scrupules whose principal objective is to maintain hold on power.

The United States has long had diverse approaches in the region without being recognised as an independent player in the various forums. Despite a presence in Micronesia, Oceania and the Indo-Pacific zone, now confronted by Chinese competition Washington needs to re-establish an ambitious policy that respects regional sovereignties.

Strategic Memory

Book Reviews

Pelopidas Benoît : Repenser les choix nucléaires  ; Éditions SciencesPo – Les Presses, 2022 ; 306 pages - Bernard Norlain

Grégory Daho, Florent Pouponneau et Johanna Siméant-Germanos (dir.) : Entrer en guerre au Mali – Luttes et politiques bureaucratiques autour de l’intervention française  ; Éditions Rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2022 ; 319 pages - Esther Bourgeois

Céline Marangé et Maud Quessard (dir.) : Les Guerres de l’information à l’ère du numérique  ; Puf, 2021 ; 456 pages - Dusan Bozalka

J. Cirillo, L. Curtis, J. Fitt, K. Frederick, C. Goldberg, I. Goldenberg, A. Kendall-Taylor, M. Lamberth, M. Rasser, D. Torres / Leonardo Dinic : The Future of the Digital Order / « US-China Competition–Semiconductors and the Future of Tech Supremacy »  ; CNAS, novembre 2021 ; 48 pages / China-US Focus, février 2021 - Valentin Collumeau

Nicolas Regaud, Bastien Alex et François Gemenne : La Guerre chaude – Enjeux stratégiques du changement climatique  ; Presses de Sciences Po, 2022 ; 302 pages - Théophile Drieux

Pierre Journoud (dir.) : Un Triangle stratégique à l’épreuve. La Chine, les États-Unis et l’Asie du Sud-Est depuis 1947  ; Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2022 ; 478 pages - Léa Michelis

Frédéric Charillon : Guerres d’influence – Les États à la conquête des esprits  ; Odile Jacob, 2022 ; 352 pages - Charlotte Nony

Aaron L. Friedberg : Getting China Wrong  ; Polity Press, 2022 ; 246 pages - Marianne Péron-Doise

The White House : Indo-Pacific Strategy of the United States  ; Executive Office of the President, février 2022, 18 pages - Maud Quessard

Revue Défense Nationale - Juillet-Août-Septembre 2022 - n° 852

AUKUS, un an après

Il n'y a pas d'éditorial pour ce numéro.

Revue Défense Nationale - Juillet-Août-Septembre 2022 - n° 852

AUKUS, un an après

La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.

Aucune contribution n'a encore été apportée.