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Février 2021 - n° 837

Réflexions sur le commandement

« Quand on veut gouverner les hommes, il ne faut pas les chasser devant soi ; il faut les faire suivre. »

Michel de Montesquieu
136 pages.

S’il y a bien une question qui taraude le chef militaire, c’est bien celle de savoir s’il sait commander, s’il est capable d’affronter l’épreuve du combat en accomplissant la mission reçue et en ramenant ses subordonnés à bon port. Réfléchir sur l’art du commandement pourrait sembler être un poncif tant de lignes – fort pertinentes d’ailleurs – ont été écrites dessus à commencer par l’Iliade. Car commander, c’est assurer la survie du groupe et cela depuis la nuit des temps. Lire la suite

  p. 1-1

Réflexions sur le commandement

Le métier des armes, en particulier pour la Marine, est de plus en plus accaparé par le tropisme de la technologie et l’accélération du tempo opérationnel. Or, commander reste essentiel et fondamental, en particulier lorsque les temps actuels vont vers plus de conflictualité. D’où le besoin de réfléchir sur le commandement. Lire les premières lignes

  p. 7-9

Commander à la mer est une responsabilité extraordinaire, car cela signifie un lien particulier entre le commandant et son équipage. Ce lien est subtil, fruit d’une longue expérience et de savoir-faire. Mais il exige beaucoup du chef qui doit pouvoir amener son navire au combat. Il faut alors commander. Lire les premières lignes

  p. 10-16

Commander exige des chefs. Capables de discerner, comprendre puis décider. Cela n’est pas si simple et exige beaucoup d’abnégation et d’humilité pour celui qui aspire à être un chef. Les défis de demain imposeront toujours de grands chefs capables de prendre leur responsabilité. Lire les premières lignes

  p. 17-23

Être un bon chef, devenir un bon chef : une exigence permanente demandée à celui qui commande et qui doit faire preuve de capacités spécifiques lui donnant une légitimité indispensable pour assurer la mission qu’il a reçue. Le chef est celui qui assume et décide. Lire les premières lignes

  p. 24-32

Winston Churchill est un cas exceptionnel dans l’histoire du XXe siècle. Sa très longue carrière avec des hauts et des bas est marquée par la volonté, le leadership et la force de caractère. C’est bien grâce à son énergie que Londres n’a pas baissé les bras en juin 1940 et a sauvé l’honneur des démocraties. Lire les premières lignes

  p. 33-38

Jean Bart reste dans l’imagerie populaire comme l’exemple du marin-corsaire. En fait, il a été beaucoup plus capable de proposer des approches stratégiques à Louis XIV, mais aussi d’être attentif à ses marins sans oublier le respect envers ses adversaires. Son anoblissement était bien mérité. Lire les premières lignes

  p. 39-46

Latouche-Tréville est encore aujourd’hui une des grandes figures de notre histoire navale avec une vie intense au service de la France dans une période agitée où il sut faire preuve de ses qualités de marin et de chef au combat en ayant un vrai sens politique. Lire les premières lignes

  p. 47-51

Alexandre le Grand reste un chef militaire et politique de légende. Même si le contexte a changé, ses qualités relatées par l’histoire lui ont permis de remporter des victoires éclatantes et de construire un empire original. Sa formation militaire et philosophique ne doit pas être oubliée. Lire les premières lignes

  p. 52-58

Opinions

Le modèle de nos forces armées a peu évolué depuis le choix de la professionnalisation en 1996. Il n’est plus adapté pour faire face aux menaces actuelles et futures en raison du retour du fait guerrier. Il faut donc redonner épaisseur et profondeur à notre système, notamment sur le territoire national. Lire les premières lignes

  p. 61-68

Former est au cœur des préoccupations de nos armées. Former est exigeant et nécessite de répondre aux vrais besoins opérationnels. Cela impose une formation qui doit s’adapter en permanence, innover pour affronter les exigences du combat et doit s’inscrire dans la durée pour préparer l’avenir. Lire les premières lignes

  p. 69-74

La capacité d’influencer sur les opinions et les mentalités est devenue un enjeu stratégique et capacitaire pour notre pays. Face à ces nouvelles menaces, il est nécessaire de renforcer nos moyens particulièrement militaires dans cette sphère de la lutte informationnelle. Lire les premières lignes

  p. 75-83

Repères

L’ANSSI, service à compétence nationale, est un acteur majeur de la sécurité du numérique pour notre pays. Créée en 2009, l’agence a su s’imposer et contribue à construire un espace numérique souverain et sûr, mais en mutation permanente et soumis à des menaces polymorphes. Lire les premières lignes

  p. 84-88

Opinions

Le concept de dilemme de sécurité a connu différentes évolutions et semble retrouver une certaine pertinence pour caractériser la vision stratégique d’États ayant à construire une politique de défense. Cette approche permet de comprendre notamment l’attitude de petits pays confrontés à des puissances plus importantes. Lire les premières lignes

  p. 89-94

Le président Macron n’a cessé de promouvoir une Alliance atlantique plus européenne, obligeant nos partenaires de l’Otan à voir la réalité géostratégique en face, avec le retour du rapport de force, l’éloignement des États-Unis et le double jeu de la Turquie, remettant en cause les fondamentaux de l’organisation. Lire les premières lignes

  p. 95-102

L’espace post-soviétique n’a pas encore trouvé la stabilité politique, la Russie s’efforçant de conserver une sphère d’influence au détriment de populations aspirant à plus d’Europe et de démocratie. La Biélorussie illustre cette complexité déchirée entre l’autoritarisme soutenu par Moscou et un projet plus libéral. Lire les premières lignes

  p. 103-108

Approches régionales

La question iranienne sera sur le bureau de l’Administration Biden. Téhéran s’efforce de desserrer les contraintes imposées par les sanctions internationales avec une certaine habileté, pour pouvoir notamment moderniser ses équipements militaires via des importations auprès de partenaires comme Moscou ou Pékin. Lire les premières lignes

  p. 109-114

La crise sécuritaire sahélienne commencée en 2013 a obligé la France à s’y engager de façon importante et à inscrire son action dans la durée. Aujourd’hui, l’objectif est de mieux partager ce fardeau et d’assurer la montée en puissance du G5 Sahel et des autres partenaires dont les pays européens. Lire les premières lignes

  p. 115-122

Chronique

La reconstruction des armées françaises après 1945 n’a pas été aisée tant celles-ci étaient divisées depuis juin 1940. Les choix faits par les uns et les autres ont pesé tant sur les carrières que sur les grandes options post-guerre, dont les conflits de décolonisation et le choix de la dissuasion nucléaire. Lire les premières lignes

  p. 123-126

Recensions

Avner Cohen : Israël et la Bombe - L’histoire du nucléaire israélien  ; Éditions Demi-Lune, 2020 ; 624 pages - Bernard Norlain

Cet ouvrage paru initialement en 1998 et reconnu comme l’ouvrage de référence sur la genèse de l’arme nucléaire israélienne, vient d’être enfin publié en version française. Tardive, cette édition française, bénéficie ainsi de mises à jour issues de la « déclassification » de documents et d’archives, ainsi que d’une postface qui relate l’histoire mouvementée de la publication de ce livre à l’issue d’une longue confrontation avec les organisations de sécurité les plus puissantes d’Israël, qui ont tout tenté pour en empêcher la parution. Lire la suite

  p. 127-132

Revue Défense Nationale - Février 2021 - n° 837

Réflexions sur le commandement

Reflections on Command

The profession of arms, in the Navy in particular, is being increasingly monopolised by a stimulated dependence on technology and the acceleration in operational tempo. Nevertheless, command remains essential and fundamental, especially as the current climate tends towards greater conflict. There is thus a need for reflection on command.

Command at sea is an extraordinary responsibility that requires a very special bond between captain and crew. It is a subtle relationship built upon long experience and expertise, which demands much from the captain whose duty is to take his warship into battle: it is then that he must command.

To command requires commanders who are able to discern, understand and decide. Acquisition of such capabilities is far from simple and demands much selflessness and humility on the part of he who aspires to become a commander. Future challenges will continue to require great commanders who are capable of accepting responsibility.

Be a good commander! Become a good commander! Such are the permanent demands placed upon those who would command, and who have to prove they possess the special abilities that give them the essential legitimacy to carry out the mission entrusted to them. The commander is the one who accepts responsibility and decides.

Winston Churchill is an outstanding case in the history of the twentieth century. His very long career had its highs and lows and was marked by his willpower, leadership and force of character. It is because of his energy that London did not give up in June 1940 and saved democratic honour.

In popular imagery Jean Bart remains the ideal of a privateer. In fact he was capable of much more—he advised Louis XIV on strategic matters whilst remaining attentive to his sailors and respectful of his adversaries. His ennoblement was well deserved.

Latouche-Tréville remains today one of the great figures of our naval history. He led an active life in the service of France throughout a turbulent period in which he was able to display his qualities of keen political sense, seamanship and command in combat.

Alexander the Great remains a legendary military and political chief. The context has changed, yet history relates that his qualities enabled him to achieve some brilliant victories and to establish a unique empire. His military and philosophical training should not be forgotten.

The model of our armed forces has developed little since the decision to professionalise them in 1996. It is no longer adapted to countering current and future threats in view of the return of widespread belligerent activity. There is therefore a need to bring back breadth and depth to our system, especially on national soil.

Opinions and Viewpoints

Training is at the very heart of our forces’ preoccupations: it is demanding, and has to respond to genuine operational requirements. In turn, that means adoption of a form of training that can adapt permanently and innovate in order to face up to the demands of combat, and which has to be considered over the long-term when preparing for the future.

Opinions

The ability to influence opinions and mentalities has taken on a strategic and capability dimension for our country. Faced with these new threats, we need to strengthen our capabilities, military capabilities especially, in this sphere of information warfare.

Viewpoints

The French National Agency for the Security of Information Systems (ANSSI) is a major player in cyber security for our country. Since its creation in 2009 it has grown in strength and contributes to the establishment of a secure and sovereign digital space that is nevertheless in a state of continual change, subject to threats of many types and from multiple sources.

Opinions

The concept of a security dilemma has seen numerous changes and would appear to have regained some pertinence in the characterisation of the strategic vision of a state as it establishes its defence policy. This approach can help us to understand the attitude of small countries that face greater powers.

President Macron continues to promote a more European Atlantic Alliance, which compels our NATO partners to look geostrategic reality in the face. The return of challenges to the balance of forces, the reduction in the United States’ involvement and Turkey’s double-dealing are all calling into question the fundamental principles of the organisation.

The post-Soviet area has yet to find stability, since Russia’s efforts to preserve a sphere of influence acts to the detriment of populations seeking closer ties to Europe and greater democracy. Belarus is a fine example of this complex situation, torn as it is between authoritarianism backed by Moscow and a more liberal plan.

Regional Approaches

The Iran question will undoubtedly be on the Biden administration’s agenda. Teheran is making skilful efforts to loosen the constraints imposed upon it by international sanctions, and in particular to be in a position to modernise its military materiel with imports from partners such as Moscow and Beijing.

The security crisis in the Sahel, which began in 2013, compelled France to commit a substantial level of forces there and to continue its action in the longer term. Today, the aim is to achieve better sharing of the burden and to support the G5 Sahel framework and increased commitment of other partners, among which European countries.

Chronicle

Reconstructing the French forces after 1945 was far from easy, given the degree to which they had been split up since June 1940. The choices made by the various components had an effect as much on careers as they had on the major post-war options, among which the decolonisation conflicts and the decision to opt for nuclear deterrence.

Book Reviews

Avner Cohen : Israël et la Bombe - L’histoire du nucléaire israélien  ; Éditions Demi-Lune, 2020 ; 624 pages - Bernard Norlain

Revue Défense Nationale - Février 2021 - n° 837

Réflexions sur le commandement

S’il y a bien une question qui taraude le chef militaire, c’est bien celle de savoir s’il sait commander, s’il est capable d’affronter l’épreuve du combat en accomplissant la mission reçue et en ramenant ses subordonnés à bon port. Réfléchir sur l’art du commandement pourrait sembler être un poncif tant de lignes – fort pertinentes d’ailleurs – ont été écrites dessus à commencer par l’Iliade. Car commander, c’est assurer la survie du groupe et cela depuis la nuit des temps.

L’image du chef militaire – le héros – a longtemps prévalu dans l’imagerie occidentale, mais avec les horreurs des conflits du XXe siècle, cette figure est passée de mode au profit d’une autre plus « managériale », plus civile et peut-être plus facile à atteindre. On n’ose plus dire commander ou ordonner, mais manager, obtenir l’adhésion, renforcer le collectif… Certes, tout cela est essentiel surtout lorsque l’on a la responsabilité de conduire des hommes et des femmes dans un environnement opérationnel. À cela se rajoutent les évolutions technologiques. Fini le temps où le chef de l’escadre partait en expédition juste muni d’une lettre d’instructions et à lui de faire les bons choix au bon moment pour remporter la victoire. Il ne rendrait compte qu’au retour… Aujourd’hui, la dictature du temps court et l’omniprésence des réseaux font que sa liberté d’action peut être restreinte. Fini le temps où, du haut de sa passerelle ou de son cheval, il pouvait à la fois superviser l’action en cours et donner quelques ordres verbaux pour conduire la troupe. Aujourd’hui, il suit derrière des écrans affichant des données multiples à partir desquelles il va falloir qu’il décide. Décider dans la complexité. Décider dans l’incertitude. Décider dans la guerre.

D’où ce dossier atypique constitué de travaux réalisés par des officiers de Marine dans leur première partie de carrière et qui ont été amenés en quelque sorte à quitter l’environnement de haute technologie de leur quotidien pour réfléchir à ce qu’est le commandement. En s’appuyant sur des exemples historiques qui leur parlent, ils s’interrogent sur les qualités d’un chef. Cette démarche est essentielle, car préparer les engagements de demain ne peut pas se limiter à la mise en œuvre de technologies aussi perfectionnées soient-elles. Il faut d’abord commander. À la mer, il faut faire fusionner ainsi un chef, le commandant, un équipage et un navire. C’est une alchimie complexe qui ne s’improvise pas et qui demande donc, de la part du Pacha, de s’y préparer depuis l’instant où il a franchi la coupée.

Commander reste ainsi l’apanage de l’officier et cela est essentiel dans un monde en pleine mutation et où les crises se succèdent. Nos armées y répondent avec une efficacité reconnue et obtiennent des résultats tactiques indispensables pour que le politique puisse prendre la main. Mais les sollicitations, tant en Opex que sur le territoire national, interrogent sur notre modèle d’armée qui reste celui de la professionnalisation décidée il y a déjà un quart de siècle. Est-il à la hauteur des enjeux stratégiques de demain ? Or, le contexte a changé avec le retour du rapport de force, des ambitions régionales et de l’éclatement du multilatéralisme. Remonter en puissance devient une nécessité, non seulement pour nos forces, mais aussi pour notre souveraineté industrielle et numérique. Il est urgent de rehausser notre niveau d’ambition, ne serait-ce que pour préserver notre liberté d’action, un principe essentiel pour un chef. ♦

Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Février 2021 - n° 837

Réflexions sur le commandement

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