Octobre 2021 - n° 843

Les leçons militaires de la guerre du Golfe

« Je me garderai cependant d'un optimisme prématuré. (…) Les intérêts n'ont rien perdu de leur brutalité. Le fort guette toujours le faible et l'opprimé mûrit sa revanche. »

François Mitterrand
208 pages

Été 1990, dans la torpeur estivale, Saddam Hussein envahit le Koweït, le richissime État pétrolier, au mépris du droit international. Très vite, sous la houlette des États-Unis, une coalition militaire va s’installer en Arabie saoudite pour y préparer une offensive en vue de reconquérir le pays sous occupation irakienne. Après une longue campagne aérienne, l’attaque terrestre dura à peine une centaine d’heures, voyant la déroute complète d’une armée alors considérée comme la « quatrième du monde » au regard de ses moyens et de ses effectifs. Lire la suite

  p. 1-1

En 1990, aux côtés de ses principaux alliés, la France participe à la guerre du Golfe. Pour les militaires engagés dans l’opération Daguet, cette guerre reste un moment emblématique : celui d’une bascule inattendue vers la haute intensité sur un théâtre inédit, au moment où disparaît brutalement la menace soviétique redoutée pendant des décennies en Centre-Europe. Les armées françaises se déploient alors avec des moyens d’une ampleur jamais atteinte depuis l’opération de Suez en 1956. Lire les premières lignes

  p. 7-9

Les leçons de la guerre du Golfe

Même si les conditions géopolitiques ont changé, les leçons militaires de la guerre du Golfe restent pertinentes en obligeant à réfléchir sur la problématique du besoin d’adaptation permanente de notre système de défense pour répondre aux mutations du monde avec ses menaces croissantes et polymorphes. Lire les premières lignes

  p. 13-16

Le défi de la haute intensité : un tournant dans l’art de la guerre

L’American Way of War a permis de gagner la bataille de reconquête du Koweït et donc la guerre, mais n’a pas permis de construire une paix durable, par absence de réelle stratégie inscrite dans une perspective de durée. Une leçon qui demeure encore aujourd’hui. Lire les premières lignes

  p. 17-25

En janvier 1991, la puissance aérienne de la coalition a obtenu la décision face à une armée irakienne formatée pour l’action terrestre. La guerre du Golfe a ainsi révélé l’apport stratégique de la troisième dimension, ouvrant une ère nouvelle largement dominée par les États-Unis ayant tiré les leçons de la guerre du Vietnam. Lire les premières lignes

  p. 26-31

L’information a été au cœur de la guerre du Golfe avec, d’une part la conduite info-centrée des opérations, modifiant en profondeur les modes d’action et, d’autre part les médias, acteurs à part entière. La donnée numérique est essentielle, phénomène accru désormais par les réseaux sociaux. L’information est devenue centrale. Lire les premières lignes

  p. 32-38

La guerre du Golfe a été l’occasion pour Washington d’entrer dans l’ère des coalitions ad hoc et d’imposer de fait les normes américaines tant dans l’organisation du commandement, la conception des opérations puis leur conduite, avec cependant des difficultés liées à l’interopérabilité et au manque de concertation. Lire les premières lignes

  p. 39-45

La défaite irakienne a été cruelle pour Moscou, révélant le retard militaire accumulé par la Russie. Celle-ci s’est efforcée d’en tirer les leçons pour moderniser son appareil de défense. Les opérations alliées au Kosovo – huit ans plus tard – ont accéléré la prise de conscience par les Russes de leurs lacunes. Lire les premières lignes

  p. 46-52

L’effondrement brutal de l’Irak a été un traumatisme pour Pékin qui prenait alors conscience de l’obsolescence de son système militaire basé sur le modèle soviétique, à l’instar de l’armée irakienne. La Chine a alors entamé une transformation profonde de ses forces en copiant dès lors les principes et équipements américains. Lire les premières lignes

  p. 53-60

Les effets politico-militaires et internationaux pour la France

Après la construction de la dissuasion nucléaire par le général de Gaulle, un des fondamentaux de la Ve République, la guerre du Golfe marque une mutation de la politique de défense de la France. Trente ans après, le cycle de réformes s’achève, obligeant à envisager une nouvelle phase pour le projet stratégique national. Lire les premières lignes

  p. 61-71

Le mode de conduite politico-militaire des opérations a été transformé à l’issue de la guerre du Golfe. Le rôle du Chef d’état-major des armées (Céma) a été renforcé, de même que l’organisation du commandement opérationnel. Le choix de la professionnalisation s’est imposé en 1996. La prochaine étape serait un Conseil de sécurité rattaché au Président. Lire les premières lignes

  p. 72-77

Les réformes de 1992 ont profondément transformé le ministère de la Défense et les forces armées. L’organisation du renseignement militaire a été complètement réformée avec la création de la Direction du renseignement militaire (DRM) et du Commandement des opérations spéciales (COS). Cette mutation a été entamée à partir de 1988 et s’est accélérée suite aux leçons de la guerre du Golfe. Lire les premières lignes

  p. 78-84

La guerre du Golfe a obligé la France à revoir sa position face à l’Otan. La volonté française d’une Europe plus autonome pour sa défense a été contrecarrée tant par les États-Unis que les autres pays européens, peu enclins à appuyer les projets de Paris, développant ainsi une contradiction croissante entre ambitions et réalités. Lire les premières lignes

  p. 85-92

Le rôle et la place de la France ont beaucoup évolué depuis le tournant des années 1990, avec une marginalisation réelle, malgré quelques succès d’estime dans la vente d’armes. Toutefois, les mutations actuelles avec le relatif retrait de Washington pourraient accélérer les transformations, obligeant Paris à de nouveaux choix. Lire les premières lignes

  p. 93-98

L’impact sur l’engagement des forces françaises

Daguet fut une opération de haute intensité dont les enseignements ont été fructueux dès 1992 avec l’engagement en ex-Yougoslavie, même si les modes d’action se révélèrent peu efficaces, en raison des choix politiques de l’époque. Aujourd’hui encore, les leçons demeurent utiles. Lire les premières lignes

  p. 99-106

La guerre du Golfe a entraîné de profondes évolutions pour les armées françaises, ayant pris conscience de lacunes structurelles. Aujourd’hui encore, la structure de commandement national a été nettement améliorée, permettant à la France de démontrer une grande efficacité dans la conduite des opérations. Lire les premières lignes

  p. 107-113

La projection de forces est une réalité ancienne pour les armées françaises, alternant avec les phases de défense du territoire. À partir du milieu des années 1970, les forces ont construit une aptitude à être projetées, sans pour autant être confronté à des engagements de haute intensité qui pourraient redevenir une réalité opérationnelle. Lire les premières lignes

  p. 114-119

Les conséquences sur l’organisation du ministère et les modèles d’armée

La guerre contre l’Irak fut un véritable révélateur des lacunes des armées françaises, malgré la qualité de son personnel. Formatés par la guerre froide, les forces et services eurent à se réorganiser en profondeur avec notamment la professionnalisation. Les évolutions se firent dès la fin du conflit, au regard du Retex. Lire les premières lignes

  p. 120-125

La fin de la guerre froide et la guerre du Golfe sont concomitantes. Les budgets consacrés à la défense ont alors entamé une décroissance surnommée « les dividendes de la paix ». Les conséquences pour la France ont été le non-respect des lois de programmation militaire, la baisse et le vieillissement des équipements. Lire les premières lignes

  p. 126-131

Les lacunes des armements français ont été mises en évidence pendant le conflit et des programmes de rattrapage ont alors été lancés même si certains n’ont pas abouti faute de financement. Le retard technologique a été en partie comblé, mais la course ne s’arrête plus désormais dans un environnement concurrentiel. Lire les premières lignes

  p. 132-139

L’expérience de Daguet a transformé l’Armée de terre en soulignant le besoin de formation des officiers à la manœuvre interarmées, en s’appuyant sur l’excellence et la rusticité de ses soldats, tout en assurant le renouvellement des capacités. Aujourd’hui, le retour de la haute intensité s’appuie sur ces décennies d’expérience. Lire les premières lignes

  p. 140-145

La Marine nationale, bien qu’engagée durant la guerre du Golfe, a eu le sentiment d’une certaine marginalisation. Elle a alors entrepris une profonde mutation, tirant les leçons de ce conflit. Cette modernisation lui a permis de retrouver une capacité majeure de projection de force autour du porte-avions. Lire les premières lignes

  p. 146-151

La guerre du Golfe a accéléré les mutations propres à l’Armée de l’air qui avaient été amorcées avec le plan Armées 2000. En modifiant en profondeur l’organisation et le fonctionnement, celle-ci a vu une rupture confirmée ensuite par le Retex du conflit puis par la professionnalisation décidée en 1996. Lire les premières lignes

  p. 152-158

Conclusion

La guerre du Golfe est un événement historique, mais qui s’inscrit dans des temporalités différentes en fonction de l’approche retenue. Il y a à la fois des continuités et des ruptures ayant profondément modifié les organisations militaires comme en France. Cela oblige à s’interroger sur les conflictualités d’aujourd’hui. Lire les premières lignes

  p. 159-163

Opinions

Les conflits resteront une réalité de demain. Si les formes évolueront en raison des progrès technologiques dont l’intelligence artificielle, la robotisation et le soldat augmenté, les principes de la guerre demeureront tant l’objectif restera la soumission de l’adversaire à la volonté du vainqueur. Lire les premières lignes

  p. 167-176

La Belgique, après avoir largement baissé son effort de défense, a décidé de mettre à jour sa vision stratégique 2030 et de réfléchir aux moyens nécessaires. La principale difficulté sera d’ordre politique avec les choix budgétaires à faire pour redresser une situation très fragilisée dans un pays peu intéressé par sa défense. Lire les premières lignes

  p. 177-182

Approches historiques

Les récentes polémiques sur Napoléon et l’esclavage ont passé sous silence la volonté de l’Empereur de libérer les individus. Il supprima ainsi le servage dans plusieurs parties de l’Europe et interdit la traite et la vente des esclaves, prélude à la disparition de cette barbarie alors pratiquée de façon courante. Lire les premières lignes

  p. 183-188

Recensions

Philippe Steininger : Les Fondamentaux de la puissance aérienne moderne  ; (préface de Louis Gautier) ; L’Harmattan, 2020 ; 220 pages - Jérôme Pellistrandi

En 1986, l’Amiral Lacoste (1924-2020) publiait Stratégies navales du présent (Éditions J.-C. Lattès). Cet ouvrage constituait alors un véritable vade-mecum pour comprendre à quoi sert une marine de guerre et comment se construisait une stratégie maritime dans le cadre d’une politique de défense. Car, au-delà de l’image de la mer et de la plage, trop souvent nos responsables et décideurs ignoraient ce qui se passait derrière l’horizon et restaient indifférents à la dimension navale de la puissance. Lire la suite

  p. 189-191

Général Dominique Delort : Guerre au Rwanda – L’espoir brisé 1991-1994  ; Éditions Perrin ; 363 pages - Claude Franc

Saint-Cyrien de la promotion « Brunet de Sairigné », issu des troupes de marine, le général de corps d’armée Dominique Delort nous livre ici ses souvenirs d’une crise qui a profondément marqué l’armée française par les soupçons qu’elle a – faussement – entretenus, ce qui rend le sujet particulièrement sensible. Lire la suite

  p. 191-195

Christian Brose : The Kill Chain – Defending America in the Future of High-Tech Warfare  ; Éditions Hachette Books, 2020 ; 288 pages - Bernard Norlain

Plus de quarante ans après la révolution dans les affaires militaires des années 1980-1990, une nouvelle révolution issue de la conjugaison, de la révolution numérique, de l’intelligence artificielle (IA) et de technologies émergentes serait-elle sur le point de s’imposer ? Une nouvelle RMA beaucoup plus radicale que la précédente du fait du changement en profondeur qu’elle implique, pour les principes et les processus d’acquisition des systèmes de défense, la conduite des opérations, l’organisation des forces armées et, en définitive, les politiques de défense. Lire la suite

  p. 196-200

Jean-Baptiste Bruneau : Paul Chack – Itinéraire d’un malentendu  ; Les Indes savantes, 2020 ; 380 pages - Emmanuel Desclèves

Dramatique destin que celui de Paul Chack, héros de la Grande Guerre, écrivain reconnu au patriotisme insoupçonnable, qui fût condamné puis exécuté en janvier 1945 pour faits de collaboration. Lire la suite

  p. 200-202

Thomas Seignon et Merlin P. Robinson : Char AMX-30 (AMX-30B, AMX-30B2 et dérivés)  ; Éditions ETAI, 2021 ; 196 pages - Philippe Wodka-Gallien

Ce livre s’attaque à un mythe de l’armée française, le char AMX-30, le blindé qui a donné son identité visuelle à l’Armée de terre française à compter des années 1970. Dans sa préface, le général (2S) Charles Beaudouin rappelle que deux générations de cavaliers se sont succédé dans son habitable tout au long des quarante années de service. Bref, sa silhouette est devenue culte. L’AMX-30 est l’arme de bataille majeure qui a fait entrer l’Armée de terre dans la modernité en formant l’ossature d’une vingtaine de régiments de cavalerie (cuirassiers, dragons et chasseurs) tous orientés sur la menace majeure attendue à l’est. L’ordonnancement des chapitres suit une logique historique qui nous fera revivre les développements, les essais des prototypes, les composants vitaux, l’armement, le déploiement dans l’Armée de terre, mais aussi les programmes exports et là, il s’agit d’un véritable succès. Nous apprendrons que l’expression du besoin fut rédigée en 1956, que les prototypes commencèrent à rouler à partir de 1960 et que les premières livraisons à l’armée française remontent à 1967. Un demi-siècle plus tard, l’AMX-30 est toujours là : il est utilisé comme plastron pour l’entraînement à Mourmelon ou à Mailly-le-Camp dans le cadre de la Forad. Lire la suite

  p. 203-203

Revue Défense Nationale - Octobre 2021 - n° 843

Les leçons militaires de la guerre du Golfe

Lessons Learned from the Gulf War

Whilst the geopolitical conditions may have changed, the military lessons learned from the Gulf War remain as pertinent as ever. They compel us to consider the need for continual adaptation of our defence structure in order to respond to worldwide developments, including the increasing and many-faceted threats.

The Challenge of High Intensity: a Turning Point in the Art of Warfare

The American Way of War led to winning the battle for the liberation of Kuwait, and therefore the war, yet through lack of any long-term strategy it did not lead to lasting peace: a situation which continues today.

In January1991, coalition air power won against an Iraqi army that was tailored for ground action. The Gulf War therefore demonstrated the strategic value of the third dimension and opened up a new era broadly dominated by the United States, which had learned lessons from the war in Vietnam.

Information was at the heart of the Gulf War with on one hand, the info-centric conduct of operations which profoundly changed the modes of action and on the other, the media—an entirely separate set of players. Digital data is essential, the more so given the ever-present social networks: information has become central to everything.

The Gulf War was the opportunity for Washington to enter the era of ad hoc coalitions and in doing so to impose American standards upon them in terms of command structure and the concept and conduct of operations, never mind the difficulties arising from interoperability issues and lack of dialogue.

The Iraqi defeat was a kick in the teeth for Moscow, since it revealed how far behind Russia had fallen militarily. Russia made efforts to draw lessons from that defeat in order to modernise its defence arrangements. Eight years later, the allied operations in Kosovo spurred recognition by the Russians of their own shortcomings.

The brutal collapse of Iraq was a traumatic experience for Beijing, highlighting the obsolescence of its military system based on the Soviet model, as were the Iraqi forces. China then began fundamental transformation of its forces, from then on copying the principles and equipment of the Americans.

The Politico-Military and International Effects for France

Following General de Gaulle’s creation of the nuclear deterrent, a founding principle of the Fifth Republic, the Gulf War marked a change in French defence policy. Thirty years later, the cycle of reform has been completed and it is time to envisage a new phase of the national strategic plan.

The politico-military approach to conduct of operations has been transformed since the end of the Gulf War. The role of CEMA (the Chief of Staff of the armed forces) has been strengthened, as has the organisation of operational command. Furthermore, the forces were professionalised in 1996. The next step could be a presidential security council.

The 1992 reforms profoundly transformed the Ministry of Defence and the armed forces. The organisation of military intelligence underwent complete reform with the creation of the Directorate of military intelligence (Direction du renseignement militaire—DRM) and the Special operations command (Commandement des opérations spéciales—COS). These changes began in 1988 and have been accelerated following lessons learned from the Gulf War.

The Gulf War obliged France to review its position with respect to NATO. The French wish for a more autonomous approach to the defence of Europe was thwarted by both the United States and other European countries with little desire to support projects emanating from Paris, therefore creating growing contradictions between ambition and reality.

The role and place of France have greatly developed since the turning point of the nineteen-nineties, resulting in sidelining despite a number of notable successes in arms sales. That said, current changes, including the relative withdrawal of Washington, could accelerate further transformation and drive Paris towards making new choices.

The Impact on the Commitment of French Forces

Operation Daguet (the French Gulf War operation) was a high-intensity operation whose lessons learned proved valuable during the intervention in former Yugoslavia in 1992 even if the modes of action turned out to have limited effectiveness because of political decisions taken at the time. Even today, the lessons learned remain useful.

The Gulf War led to significant changes for the French forces, which had taken note of structural failings. Today, the national command structure has been markedly improved, allowing France to show considerable effectiveness in the conduct of operations.

Force projection has long been a task for French forces, alternating with phases of defence of the home territory. From the mid nineteen-seventies the forces had been building their ability for projection yet without facing any high-intensity commitments which could develop into operational reality.

The Consequences on the Organisation of the Forces’ Ministry and the Models of the Forces

The war against Iraq clearly revealed shortcomings in French forces despite the quality of their personnel. Formatted by the needs of the Cold War, the forces and services needed fundamental reorganisation and, in particular, professionalisation. Developments took place from the end of the conflict as a result of lessons learned.

The Impact on the Commitment of French Forces

The end of the Cold War was concomitant with the Gulf War. Defence budgets suffered reductions in the name of the peace dividend. The consequences for France were abandonment of the existing military programming laws, and the ageing and reduction in levels of equipment.

The Consequences on the Organisation of the Forces’ Ministry and the Models of the Forces

Shortcomings in French armament were highlighted during the conflict and catch-up programmes were thereafter initiated, albeit through lack of finance some did not come to fruition. Technical gaps have been partly filled, but in such a competitive environment the race is never-ending.

The experience of Operation Daguet (the French Gulf War operation) transformed the army by emphasising the need for officer training on joint manoeuvres, building upon excellence and the hardiness of soldiers and at the same time ensuring renewal of capabilities. Today’s return of high-intensity operations draws on those decades of experience.

Whilst the Marine Nationale was fully committed during the Gulf War, it nevertheless had the feeling of being sidelined to some extent. As a result it underwent fundamental change, building on lessons learned from the conflict. This modernisation allowed it to recover a major force projection capability, centred on its aircraft carrier.

The Gulf War accelerated changes peculiar to the Air Force which had already begun under the programme Armées 2000. The latter’s profound changes to the forces’ organisation and functioning were subsequently confirmed by lessons learned during the conflict and by the professionalisation of the forces from 1996.

The Gulf War was an historical event, the importance of which may be viewed in different timescales, depending on the approach taken. Analysis reveals elements both of continuity and rupture which profoundly changed military organisations, as in France, and which should lead us to raise questions on today’s conflicts.

Opinions

Conflict will remain with us in the future. Whilst its form will change as a function of technological progress, which includes artificial intelligence, robotisation and the enhanced soldier, the principles of warfare will not, as long as their aim remains to achieve the submission of the adversary according to the victor’s will.

Historical Approchaes

Recent controversy over Napoleon and slavery has remained silent regarding the Emperor’s will to grant individuals their freedom. He eliminated serfdom in several parts of Europe and forbade the sale of slaves and the slave trade in general, a prelude to the disappearance of the barbarity that was so widespread at the time.

Book Reviews

Philippe Steininger : Les Fondamentaux de la puissance aérienne moderne  ; (préface de Louis Gautier) ; L’Harmattan, 2020 ; 220 pages - Jérôme Pellistrandi

Général Dominique Delort : Guerre au Rwanda – L’espoir brisé 1991-1994  ; Éditions Perrin ; 363 pages - Claude Franc

Christian Brose : The Kill Chain – Defending America in the Future of High-Tech Warfare  ; Éditions Hachette Books, 2020 ; 288 pages - Bernard Norlain

Jean-Baptiste Bruneau : Paul Chack – Itinéraire d’un malentendu  ; Les Indes savantes, 2020 ; 380 pages - Emmanuel Desclèves

Thomas Seignon et Merlin P. Robinson : Char AMX-30 (AMX-30B, AMX-30B2 et dérivés)  ; Éditions ETAI, 2021 ; 196 pages - Philippe Wodka-Gallien

Revue Défense Nationale - Octobre 2021 - n° 843

Les leçons militaires de la guerre du Golfe

Été 1990, dans la torpeur estivale, Saddam Hussein envahit le Koweït, le richissime État pétrolier, au mépris du droit international. Très vite, sous la houlette des États-Unis, une coalition militaire va s’installer en Arabie saoudite pour y préparer une offensive en vue de reconquérir le pays sous occupation irakienne. Après une longue campagne aérienne, l’attaque terrestre dura à peine une centaine d’heures, voyant la déroute complète d’une armée alors considérée comme la « quatrième du monde » au regard de ses moyens et de ses effectifs.

La guerre du Golfe marque une double rupture. Elle se déroule alors que la guerre froide, qui avait construit les armées des deux blocs, venait de s’achever avec l’effondrement du modèle soviétique. Elle va provoquer une prise de conscience, notamment pour la France, sur une relative obsolescence de son propre modèle toujours construit pour la bataille de la frontière tout en étant active en Afrique avec des capacités légères et limitées. Trente ans après, le Service historique de la Défense a eu la judicieuse idée d’organiser un colloque dont la RDN publie les actes dans ce numéro de rentrée. Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire de ce conflit, mais bien de présenter les enseignements tirés en particulier pour notre défense, et le lecteur retiendra que ceux-ci ont été particulièrement importants, amenant à une refonte quasi complète de notre organisation et du fonctionnement – hors dissuasion – amenant notamment à la professionnalisation et à l’interarmées. De nombreux organismes ou commandements ont été créés, alors, pour répondre aux défaillances constatées. Ce sont par exemple la DRM, le COS, la DAS devenue DGRIS, le COIA transformé en CPCO ou encore le CID rebaptisé École de Guerre, tous au cœur de notre système de défense aujourd’hui.

Autre point majeur qui ressort et qui fait écho à l’environnement géopolitique actuel : la guerre du Golfe a été un conflit de haute intensité et il importe maintenant de retrouver cette aptitude à combattre dans un environnement beaucoup moins permissif. La relecture des leçons tirées est donc plus que pertinente pour réfléchir aux nouvelles exigences pour notre défense et aux choix qui se présenteront dans les années à venir. Car ce trentième anniversaire est également complété par le vingtième anniversaire du 11 septembre, qui a ouvert une guerre de vingt ans en Afghanistan, et dont la conclusion a été dramatique et pitoyable cet été avec la chute de Kaboul. Là encore, il y aura beaucoup à étudier et comprendre – la RDN y reviendra bientôt – sur cet échec, alors même que nos forces poursuivent leur mission de lutte contre les groupes terroristes au Sahel tout en se réorganisant.

Réfléchir à la guerre du Golfe, analyser la guerre de vingt ans des États-Unis, mais aussi regarder froidement le panorama stratégique avec la compétition frontale entre Washington et Pékin (dont la France vient de faire les frais par le choix brutal de l’Australie de rompre le contrat des sous-marins « Shortfin Barracuda »), l’absence de volonté de dialogue de la part de Moscou, les évolutions internes à l’Union européenne, dont l’élection allemande marquant la fin de l’ère Merkel, alors même que la France entre en campagne présidentielle. Autant d’enjeux décisifs pour demain. ♦

Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Octobre 2021 - n° 843

Les leçons militaires de la guerre du Golfe

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