Juin 2021 - n° 841

La France, acteur stratégique ?

« La France ne peut être la France sans la grandeur. »

Charles de Gaulle
160 pages.

Le constat est hélas connu depuis longtemps sur l’Union européenne, qui hésite entre le kitsch de l’Eurovision et l’impuissance géopolitique face aux défis stratégiques marqués par le retour du rapport de force, de la violence interétatique et des États puissances aux ambitions désinhibées. La construction européenne est pourtant un des piliers de la politique française depuis plus de soixante ans. La France n’a en effet cessé de proclamer ses ambitions et de vouloir affirmer son rôle moteur, s’appuyant sur ses capacités militaires, dont la dissuasion nucléaire, totem emblématique de la Ve République. Mais entre l’autorité morale d’un général de Gaulle décidant de quitter l’Otan et la réalité d’aujourd’hui, la France est-elle encore la puissance qu’elle souhaite et prétend être ? Est-elle encore capable d’agir en totale souveraineté et indépendance ou est-elle accrochée à une vision nostalgique de son glorieux passé ? Telles sont les différentes questions et approches proposées dans le dossier de ce mois articulé autour de la Chaire des grands enjeux stratégiques contemporains de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dont l’édition 2021 porte sur « La France, acteur stratégique ? ». Lire la suite

  p. 1-1

La France, acteur stratégique ?

La France se veut être encore un acteur stratégique de premier rang. Or, les faits démontrent une réelle perte d’influence. La campagne présidentielle de 2022 devrait obliger à une réflexion en profondeur sur notre modèle de défense et sur la définition d’une vraie stratégie pour affronter les défis de demain et non ceux d’hier. Lire les premières lignes

  p. 9-14

L’Europe n’est pas à la hauteur des changements géopolitiques actuels, accélérés par la crise sanitaire. La France, qui maintient malgré tout un effort de défense conséquent, a besoin d’une union plus forte et volontaire qui doit comprendre l’importance de la sécurité, en investissant pour préserver ses libertés. Lire les premières lignes

  p. 15-23

L’Europe découvre qu’elle doit affirmer sa souveraineté et donc avoir une diplomatie moins irénique. La France reste méfiante vis-à-vis des initiatives européennes en matière de politique étrangère. Or, il est urgent que Paris démontre sa confiance par des gestes politiques plus européens. Lire les premières lignes

  p. 24-30

La relation entre la France et l’Europe a été depuis les débuts de la Ve République complexe et ambivalente. La revendication d’une Europe puissance a été perçue comme une remise en cause de l’Otan. La crise de la Covid-19 a obligé les Européens à repenser leur souveraineté dont une approche plus globale est indispensable. Lire les premières lignes

  p. 31-37

Dans un monde en pleine évolution géopolitique, les transformations sont devenues complexes et nécessitent une meilleure compréhension des mécanismes à l’œuvre. Cela oblige à disposer d’outils puissants permettant d’analyser la tectonique des plaques stratégiques. Lire les premières lignes

  p. 38-42

La France a-t-elle encore une « grande stratégie » ? Est-elle encore un acteur reconnu et crédible sur la scène internationale ou n’est-elle plus qu’une puissance largement déclassée, au grand dépit de ses dirigeants ? Autant d’interrogations essentielles aujourd’hui pour mieux affronter les défis de demain. Lire les premières lignes

  p. 43-51

La défense et en particulier l’aéronautique sont des champs de compétition industrielle intense où l’Europe est confrontée aux États-Unis et à la Chine. Face à cette concurrence, les entreprises françaises et européennes disposent d’atouts évidents, à condition qu’il y ait une réelle volonté politique d’investir pour préparer l’avenir. Lire les premières lignes

  p. 52-57

Les élections allemandes de septembre vont longuement figer la politique étrangère de Berlin et ses choix en termes de défense. La mise sur pied vraisemblable d’une coalition va peser sur les projets à conduire alors même que l’Europe a besoin d’un engagement fondé de la part de la première puissance économique de l’Union. Lire les premières lignes

  p. 58-64

Le président Macron a exprimé, dès le début de son quinquennat, ses ambitions stratégiques pour l’Europe. Avec cependant des difficultés à faire bouger les lignes et bousculer l’inertie européenne. La diplomatie globale ainsi souhaitée nécessite des efforts s’inscrivant dans la durée et avec des moyens conséquents. Lire les premières lignes

  p. 65-73

Les enjeux industriels contribuent directement à la défense et nécessitent plus que jamais une volonté politique forte conduite par l’État. Cela signifie une vision s’inscrivant dans la durée pour préparer l’avenir. Cela signifie aussi un État stratège et une vraie ambition européenne. Lire les premières lignes

  p. 74-80

Le Sahel est confronté à une guerre multiforme où s’entrechoquent conflits intercommunautaires et lutte contre le djihadisme. La France est engagée dans cette complexité avec une divergence stratégique croissante entre Paris et ses partenaires sahéliens. Il est nécessaire de revoir la stratégie française dans cette région. Lire les premières lignes

  p. 81-86

Les outils traditionnels de gestion des conflits ont montré leur limite dans la crise sahélienne. Inadaptation, lourdeur administrative, concurrence stérile, autant de difficultés qu’il convient de surmonter par une nouvelle approche. Cela implique que les acteurs africains et leurs partenaires formulent un vrai projet. Lire les premières lignes

  p. 87-94

Contrepoint

L’escadron « Béarn » a été de tous les théâtres de guerre et d’opération depuis le début de l’aviation de transport militaire. Son réveil d’ici peu, avec la mise en œuvre de l’A400M va lui permettre d’écrire de nouvelles pages avec un avion remarquable dont les capacités ne cessent de monter en performances. Lire les premières lignes

  p. 97-101

Un second escadron opérationnel mettant en œuvre l’A400M, le « Béarn », va reprendre du service. Cela traduit la montée en puissance de l’appareil dont les capacités opérationnelles ne cessent de se développer. Les équipages d’A400M sont ainsi pleinement engagés en opération, bénéficiant d’un appareil remarquable. Lire les premières lignes

  p. 102-106

Repères

L’Arabie saoudite a pris conscience de sa mauvaise image de marque et du besoin de réformes. Le prince héritier, Mohammed ben Salmane considère que des progrès ont été réalisés depuis le lancement de son plan « Vision 2030 » il y a cinq ans. Il reste cependant beaucoup de travail à réaliser pour consolider le projet saoudien. Lire les premières lignes

  p. 107-110

La directive sur le temps de travail en cours d’examen par la Cour de justice de l’UE est un contresens et une aberration sur le plan militaire. Hors de propos sur le plan opérationnel, un tel texte ne pourrait qu’affaiblir nos armées, mais aussi la légitimité de la Cour dans un champ où elle n’est pas compétente. Lire les premières lignes

  p. 111-114

Les implantations militaires sont de plus en plus contraintes par les questions environnementales, obligeant à s’adapter à de nouvelles exigences. L’histoire du Camp Century, une installation américaine construite au Groenland, est un exemple malheureux de la non prise en compte de l’environnement. Lire les premières lignes

  p. 115-120

Le conseil médical au commandement est une activité essentielle, mais méconnue du Service de santé des Armées. Reposant sur une relation de confiance entre médecin et commandement, il s’appuie sur l’expérience, le compagnonnage et une connaissance mutuelle qu’il convient de consolider pour gagner en efficacité. Lire les premières lignes

  p. 121-127

Opinions

L’Union européenne a constaté sa totale dépendance à la mondialisation sur le plan économique et sa très faible autonomie stratégique, l’Otan l’assurant sur le plan de la sécurité. Il est donc urgent et nécessaire de redéfinir ce que signifierait cette autonomie et donc de proposer ainsi un objectif politique. Lire les premières lignes

  p. 129-132

Des exemples récents dans des opérations navales ont montré l’usage de la lutte informationnelle à des fins politiques. Il est nécessaire d’y réfléchir activement et d’intégrer l’utilisation de l’information dans la manœuvre à conduire dès la phase de conception par le commandement. Lire les premières lignes

  p. 133-136

Chronique

La guerre d’Indochine a été très pénalisante pour l’Armée de l’air qui devait à la fois entamer une modernisation indispensable pour assurer sa mission au sein de l’Otan afin de défendre le continent européen et soutenir les troupes engagées dans la péninsule indochinoise avec du matériel dépassé et un personnel limité. Lire les premières lignes

  p. 137-140

Recensions

Benoist Bihan : La Guerre. La penser & la faire  ; préface de Michel Goya ; Éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2020 ; 320 pages - Serge Gadal

Les armées françaises sont confrontées de plus en plus fréquemment, considère Benoist Bihan dans son nouveau livre La Guerre. La penser & la faire, « au dilemme d’avoir davantage de missions stratégiques à remplir que de moyens pour les conduire simultanément dans de bonnes conditions opérationnelles et tactiques », alors que les conséquences politiques d’un revers seraient profondes. Or, « préparer des forces armées à la guerre future dans un contexte économique difficile, et ne disposer pour cela ni des effectifs ni des budgets minimaux nécessaires, est un scénario auquel les armées françaises seront très certainement confrontées d’ici peu », estime-t-il. Lire la suite

  p. 141-145

Maurice Vaïsse : Le Putsch d’Alger  ; Éditions Odile Jacob, 2021 ; 336 pages - Jérôme Pellistrandi

Le professeur émérite Maurice Vaïsse a consacré ses recherches à l’histoire contemporaine et tout particulièrement à la France du XXe siècle. C’est dire que la guerre d’Algérie et ses conséquences ont été au cœur de ses travaux. De plus, Maurice Vaïsse est né à Alger en 1942 et a été jeune témoin des événements survenus dans ce qui était considéré comme une partie du territoire français. D’où l’intérêt majeur de cet ouvrage, fruit de la maturité de l’historien, avec l’utilisation de nouvelles archives, mais aussi de l’émotion d’un homme à qui la terre algérienne n’était pas étrangère.  Lire la suite

  p. 145-147

François-Olivier Corman : Innovation et stratégie navale  ; Nuvis Éditions, 2021 ; 262 pages - Emmanuel Desclèves

À n’en pas douter, c’est un ouvrage de référence que nous offre le capitaine de frégate François-Olivier Corman. Il s’inspire et s’inscrit résolument dans la lignée des grands penseurs français de la stratégie navale au XXe siècle, avec notamment les amiraux Daveluy, Castex, Barjot, Labouérie, Lacoste et le professeur Coutau-Bégarie. Lire la suite

  p. 147-148

Daniele Ganser : Une Brève histoire de l’empire américain  ; Éditions Demi-Lune, 2021 ; 380 pages - Pascal Lecardonnel

L’auteur, historien et irénologue, qui n’en est pas à son premier ouvrage, annonce d’emblée la couleur en positionnant les États-Unis comme ayant « la plus forte influence déstabilisatrice », représentant donc « la plus grande menace pour la paix dans le monde » ; en appuyant sa démarche avec le sous-titre « Le mythe de l’exceptionnalisme ». Lire la suite

  p. 148-148

Thibaud Gibelin : Pourquoi Viktor Orbán joue et gagne. Résurgence de l’Europe centrale  ; Fauves Éditions, 2020 ; 248 pages - Philippe Boulanger

Depuis 2010, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán est inévitable en Europe. Né le 31 mai 1963, il incarne une orientation politique souverainiste qui a secoué les institutions de l’Union européenne en refondant les bases politiques et constitutionnelles de la Hongrie, et en proposant une autre solution au consensus libre-échangiste communautaire, au multiculturalisme et à la supranationalité bruxelloise. Lire la suite

  p. 149-150

Louis Neute : Monsieur le Maréchal – Le parcours militaire de Philippe Pétain (1878-1939)  ; Éditions de l’École de Guerre, 2020 ; 198 pages - Claude Franc

Cet ouvrage, qui relève plus de l’essai historique brillant, que de la biographie au sens strict du terme, trouve son origine dans les travaux de mémoire auxquels sont astreints les stagiaires de l’École de Guerre. Compte tenu de sa qualité, grâce à l’intervention de l’amiral Finaz, commandant l’École de Guerre, il a été demandé à l’auteur d’approfondir ses travaux initiaux pour déboucher sur cet essai. Lire la suite

  p. 151-153

Jean-Baptiste Ordas : Le Guide du Paris occupé  ; Éditions Memorabilia, 2020 ; 258 pages - Philippe Wodka-Gallien

Ce livre est un voyage au bout de la nuit, une insertion dans le Paris « des années terribles, sous l’occupation ». Le 14 juin 1940, « alléguant à la défaite de nos armées », Paris « ville ouverte » doit se conformer aux directives du gouverneur militaire allemand. Arrondissement par arrondissement, l’ouvrage devient l’album photos des soldats de la Wehrmacht occupant Paris. Illustrées par les plans des rues de l’époque, des centaines d’adresses composent cet ouvrage qui parvient à restituer toutes les ambiances du moment. Le lecteur français n’y trouvera que des images qui font mal, car pour l’occupant, Paris, conquête militaire et politique, doit être fidèle à sa réputation : une ville de détente et de plaisir. Une situation vécue à l’inverse du quotidien du petit peuple sur lequel s’abat un système de privations, d’exécutions et de déportations. Lire la suite

  p. 153-154

Patrick de Gmeline : Charles Nungesser – De l’as de la Grande Guerre au disparu de l’Atlantique  ; Éditions du Rocher, 2021 ; 318 pages - Pascal Lecardonnel

Charles Nungesser, un nom que l’on associe à celui de François Coli ; les deux pilotes disparus en 1927 pendant leur traversée de l’Atlantique en avion, l’Oiseau Blanc, avec pour destination l’Amérique du Nord. Lire la suite

  p. 154-156

Katsuhiko Tokunaga (Yorimasa Takeda pour les textes) : X Eks Unexplored Envelope  ; Hobby Japan, 2020 ; 230 pages - Philippe Wodka-Gallien

Séquence exaltation. Ce livre flamboyant s’est écrit dans le ciel du Japon. Nous devons cet album à Katsuhiko Tokunaga, l’un des meilleurs photographes aéronautiques au monde. Katsu, pour les intimes, est l’un des très rares photographes à avoir accès à un cockpit d’avion de chasse, en place arrière pour nous offrir, nous les Terriens, les sensations vécues par les aviateurs militaires. C’est un club restreint avec quelques personnalités bien connues des circuits internationaux, et parmi eux beaucoup de Français. Katsu est un artiste, ses boîtiers Nikon ont remplacé les pinceaux. Katsu est aussi un ami de la France, et il ne manquerait jamais un Bourget, une démonstration de la PAF ou, en toute simplicité, un meeting aérien. Lire la suite

  p. 156-156

Revue Défense Nationale - Juin 2021 - n° 841

La France, acteur stratégique ?

France, a Strategic Actor?

France still sees itself as a top-rank strategic actor, and yet the facts show a distinct loss of influence. An aim of the 2022 presidential campaign should be to require a genuine in-depth review of our defence model and definition of a real strategy to confront the challenges of the future and not those of the past.

Europe is unable to cope with current geopolitical changes that have been accelerated by the health crisis. Although the country continues to make considerable effort on defence, France needs a stronger and more willing Union which must take into account the importance of security through investment to preserve its freedom.

Europe is discovering that it needs to affirm its independence, and thus that it needs a less peace-oriented diplomatic policy, yet France remains wary of European foreign policy initiatives. There is an urgent need for Paris to demonstrate its confidence through more European political moves.

Since the very beginning of the Fifth Republic the relationship between France and Europe has been complex and ambivalent. The appeal for a powerful Europe has been seen as calling NATO into question. The Covid-19 crisis has forced Europeans to take a new look at their sovereignty, for which a more overall approach is essential.

In a world undergoing rapid geopolitical development transformations have become complex and necessitate better understanding of the mechanisms at work. That means we must have access to powerful tools for analysing the movement of the tectonic plates of strategy.

Does France still have a grand strategy? Is it still recognised as a credible actor on the international stage or is it, to the vexation of its leaders, no more than a largely downgraded power? Such questioning is needed today if we are to be better able to confront tomorrow’s challenges.

Defence, and particularly aeronautics, are areas of intense industrial competition in which Europe faces the United States and China. In the face of this competition, French and European companies can have clear advantages but only if there is a genuine political will to invest in preparation for the future.

September’s German elections will set Berlin’s foreign policy and defence decisions in stone for a long time to come. The probable establishment of a coalition will weigh upon the projects to be supported at a time when Europe needs the well-founded commitment of the top economic power of the Union.

Since the beginning of his five-year term, President Macron has expressed his strategic ambitions for Europe, though not without difficulty in getting lines to move and in overcoming European inertia. The overall diplomacy he would wish for requires long-term effort and considerable asset support.

Industry contributes directly to defence, and more than ever requires strong political will driven by the state. That means a long-term vision to prepare for the future. That also means a strategist state and a genuine European ambition.

The Sahel is confronted by a many-sided war in which inter-community conflicts become enmeshed with the fight against Jihadism. France is committed within this complex environment, yet there is growing strategic divergence between Paris and its partners in the Sahel. French strategy in the region needs to be reviewed.

Traditional instruments for conflict management have shown their limits in the crisis in the Sahel: lack of adaptation, excess administration and pointless competition are all difficulties that must be overcome through a new approach. This implies that African players and their partners have to build a genuine project.

Counterpoint

The Béarn squadron has been present in all theatres of war and operations since the advent of military transport aviation. Its re-establishment, planned for the near future, and the arrival of the A400M means it will open a new chapter of history with this remarkable new aircraft, whose capabilities and performance are continually improving.

A second operational squadron equipped with the A400M, the Béarn squadron, will soon be entering service. It bears witness to the increasing use of the aircraft, whose operational capability is undergoing constant development. The A400M crews are fully committed to operations, and draw full benefit from a remarkable aircraft.

Viewpoints

Saudi Arabia has taken note of its bad image and the need for reform. The heir apparent, Mohammed bin Salman, considers that progress has been made since his Vision 2030 plan was launched five years ago. There nevertheless remains much to do to consolidate this Saudi project.

The working time directive currently being studied by the EU court of justice is nonsensical and an aberration insofar as it affects military matters. Quite out of the question as regards operational issues, such a text would only serve to weaken our forces as well as the legitimacy of the court in a matter in which it is not competent.

Military establishments are increasingly constrained by environmental issues, which oblige them to adapt to new requirements. The story of Camp Century, an American base in Greenland, is a prime example of what might happen if the environment is not taken into account.

Medical advice to the command is an essential activity though one little known to the forces’ medical service. It relies upon a relationship of confidence between doctor and commander and draws on experience, mutual respect and knowledge of each other’s specialisation—all of which require consolidation in order to improve effectiveness.

Opinions

The European Union has taken note of its total dependence on globalisation regarding economic issues and of its very weak strategic independence, given that its security is assured by NATO. It is therefore urgent and necessary to redefine what might be meant by such independence and therefore to propose a political objective.

Recent examples of naval operations have shown the use of information warfare for political ends. We need to think actively about this and to integrate the use of information in manoeuvres right from the command’s initial planning phase.

Chronicle

The war in Indochina was seriously disadvantageous for the Air Force, which had to begin essential modernisation in order to conduct its NATO mission to defend the European continent, and at the same time support the troops committed on the Indochinese peninsula with outdated materiel and limited personnel.

Book Reviews

Benoist Bihan : La Guerre. La penser & la faire  ; préface de Michel Goya ; Éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2020 ; 320 pages - Serge Gadal

Maurice Vaïsse : Le Putsch d’Alger  ; Éditions Odile Jacob, 2021 ; 336 pages - Jérôme Pellistrandi

François-Olivier Corman : Innovation et stratégie navale  ; Nuvis Éditions, 2021 ; 262 pages - Emmanuel Desclèves

Daniele Ganser : Une Brève histoire de l’empire américain  ; Éditions Demi-Lune, 2021 ; 380 pages - Pascal Lecardonnel

Thibaud Gibelin : Pourquoi Viktor Orbán joue et gagne. Résurgence de l’Europe centrale  ; Fauves Éditions, 2020 ; 248 pages - Philippe Boulanger

Louis Neute : Monsieur le Maréchal – Le parcours militaire de Philippe Pétain (1878-1939)  ; Éditions de l’École de Guerre, 2020 ; 198 pages - Claude Franc

Jean-Baptiste Ordas : Le Guide du Paris occupé  ; Éditions Memorabilia, 2020 ; 258 pages - Philippe Wodka-Gallien

Patrick de Gmeline : Charles Nungesser – De l’as de la Grande Guerre au disparu de l’Atlantique  ; Éditions du Rocher, 2021 ; 318 pages - Pascal Lecardonnel

Katsuhiko Tokunaga (Yorimasa Takeda pour les textes) : X Eks Unexplored Envelope  ; Hobby Japan, 2020 ; 230 pages - Philippe Wodka-Gallien

Revue Défense Nationale - Juin 2021 - n° 841

La France, acteur stratégique ?

Le constat est hélas connu depuis longtemps sur l’Union européenne, qui hésite entre le kitsch de l’Eurovision et l’impuissance géopolitique face aux défis stratégiques marqués par le retour du rapport de force, de la violence interétatique et des États puissances aux ambitions désinhibées. La construction européenne est pourtant un des piliers de la politique française depuis plus de soixante ans. La France n’a en effet cessé de proclamer ses ambitions et de vouloir affirmer son rôle moteur, s’appuyant sur ses capacités militaires, dont la dissuasion nucléaire, totem emblématique de la Ve République. Mais entre l’autorité morale d’un général de Gaulle décidant de quitter l’Otan et la réalité d’aujourd’hui, la France est-elle encore la puissance qu’elle souhaite et prétend être ? Est-elle encore capable d’agir en totale souveraineté et indépendance ou est-elle accrochée à une vision nostalgique de son glorieux passé ? Telles sont les différentes questions et approches proposées dans le dossier de ce mois articulé autour de la Chaire des grands enjeux stratégiques contemporains de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dont l’édition 2021 porte sur « La France, acteur stratégique ? ».

Cette question est essentielle à double titre. D’abord, les mutations rapides des champs stratégiques obligent à s’interroger sur l’adéquation de nos moyens, de notre posture à nos ambitions politiques. Ensuite, parce que la campagne présidentielle pour 2022, qui est désormais pleinement engagée, doit être l’occasion d’un véritable débat sur ces ambitions et ne pas se limiter à un consensus mou avec des déclarations incantatoires, mais sans réelles réflexions. Ce dossier se veut ainsi une contribution importante et réaliste. À cet égard, la situation au Sahel mérite d’être abordée, car la dégradation constatée – malgré l’engagement déterminé de la France avec le courage de nos forces opposées à un ennemi sournois et polymorphe – démontre l’inadaptation des politiques conduites depuis plusieurs années et la complexité d’un théâtre où les intérêts des uns et des autres entrent en confrontation et interrogent sur les volontés africaines de sortir de la crise sécuritaire et politique.

Il n’en demeure pas moins vrai que nos armées déployées sur de nombreux théâtres n’ont jamais cessé de s’adapter aux exigences opérationnelles et de se moderniser même si les retards dans les programmes d’armement ont rendu la tâche difficile. L’exemple du programme A400M est emblématique à cet égard. Les premières études ont commencé en 1983 et le premier vol du prototype eut lieu le 11 décembre 2009. L’Armée de l’air reçut son premier appareil le 1er août 2013. Ses débuts furent laborieux et sa mise au point opérationnelle fut un long parcours d’obstacles avec de nombreuses critiques venant de toute part. Aujourd’hui, l’Armée de l’air et de l’espace s’apprête à réveiller le mythique escadron de transport « Béarn » pour mettre en œuvre l’appareil dont les équipages expriment leurs satisfactions à posséder un véritable game changer. L’A400M a gagné en maturité et apporte à nos forces de nouvelles capacités et le chemin ne fait que commencer.

Après des années difficiles où le vieillissement des matériels n’était pas compensé par le renouvellement des équipements, le changement est désormais pleinement engagé et concerne l’ensemble des forces. Il faut cependant rester plus que jamais vigilant, car l’accroissement des menaces est une réalité et il ne faudrait pas que 2022 se traduise par un lâche renoncement à nos ambitions stratégiques. ♦

Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Juin 2021 - n° 841

La France, acteur stratégique ?

La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.

Jérôme Pellistrandi, Sommet de l'Otan - 10 juin 2021

Première visite à l'étranger du président Biden avec le sommet du G7, ceux de l'Otan puis de l'UE et enfin une bilatérale avec Vladimir Poutine. Quels rôles et places pour la France ? À suivre.